Chroniques

Guy Leclair doit envier Guy Ouellette

CHRONIQUE / On s’attendait tous à ce que les nombreux scandales qui ont assombri le ciel libéral au cours de la dernière décennie viennent hanter la campagne de Philippe Couillard. Assez curieusement, on n’a rien vu de tel depuis le déclenchement des élections. Les enquêtes policières se poursuivent, Nathalie Normandeau attend encore son procès, Marc-Yvan Côté attend la décision de la Cour suprême sur son litige avec Radio-Canada, et le député libéral Guy Ouellette est encore sous la loupe de l’Unité permanente anticorruption (UPAC).

Bref, il ne se passe rien de ce côté, et ce sont les partis d’opposition qui se retrouvent sur la défensive dans des dossiers portant sur l’éthique ou le respect de la loi. François Legault avec Éric Caire, Stéphane Le Bouyonnec et Stéphane Laroche, son ex-candidat dans Saint-Jean.

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«Un débat sympathique»

CHRONIQUE / Le ministre Gaétan Barrette a dû se «tortiller» sur sa chaise à plusieurs reprises, mercredi, s’il a écouté le débat sur la santé organisé par la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ). Parce que c’est lui qui devait représenter le Parti libéral du Québec à ce débat. Et Gertrude Bourdon, qui a dit en blague qu’elle avait «tassé» le ministre pour y présenter les politiques libérales, n’a pas remporté le match.

Il faut dire que c’est difficile de parler de santé en 2 minutes 30 secondes, le temps alloué aux participantes pour répondre aux quatre sujets proposés par la FIQ. Mais Mme Bourdon, qui connaît bien le réseau, a répondu trop souvent dans le jargon administratif du milieu, alors que c’est avec des exemples concrets et des termes simples qu’on passe ses messages en politique.

La découverte dans ce débat a été la candidate de la Coalition avenir Québec, Danielle McCann, qui est arrivée bien préparée, avec des notes et des lignes de presse. Mme McCann est peut-être moins flamboyante que Mme Bourdon, mais elle a démontré une combativité surprenante :  à chacune de ses réponses sur trois des enjeux soulevés, elle a terminé avec une question à l’endroit de Gertrude Bourdon. Exemple : comment pouvez-vous tolérer que les médecins du Québec gagnent plus que ceux de l’Ontario, alors que nos infirmières sont moins bien rémunérées que leurs consœurs de cette province? Autre exemple : pourquoi les libéraux se sont-ils «traîné les pieds» dans le dossier des personnes âgées, alors que leur ministre du temps, Marguerite Blais, proposait plein de solutions? Mme Bourdon n’a pas riposté à ce genre d’intervention. Gaétan Barrette aurait sorti ses statistiques et ses exemples concrets pour défendre son bilan. Remarquez bien qu’il était peut-être préférable que M. Barrette ne soit pas là parce que le débat aurait été probablement été moins sympathique…

Si Danielle McCann a été une découverte par sa combativité, c’est à Diane Lamarre que je donnerais la première place sur le podium à cause du sprint final. «On est dans un débat sympathique, mais quand même, ce que j’entends de Mme Bourdon, c’est que tout va bien dans le meilleur des mondes, alors qu’on a encore 35 % des gens sur l’île de Mont­réal qui n’ont pas de médecin de famille. J’entends Mme McCann qui dit vouloir 36 heures pour voir un médecin, mais je n’ai pas entendu de solution pratique». Diane Lamarre en a profité pour faire état des propositions du Parti québécois.

Si j’avais une autre étoile à offrir à l’issue de ce débat, c’est à Vanessa Roy, une physiothérapeute qui se présente pour Québec solidaire (QS) dans Verdun. Elle connaissait ses dossiers et elle a su offrir des avenues intéressantes sur les enjeux soulevés. Bref, elle serait un bel ajout à l’équipe de QS à l’Assemblée nationale.

Le mérite de ce débat a été de lever le voile sur la situation difficile des infirmières, sur le fardeau des heures supplémentaires obligatoires, le manque de personnel, et les congés de maladie qui sont à la hausse. La plupart des interventions ont montré aussi un désir quasi unanime de changer les règles de la profession afin de laisser plus d’autonomie aux infirmières. On veut briser «le goulot d’étranglement» causé par le recours continuel aux médecins pour des actes qui pourraient être laissés à d’autres professionnels de la santé.

Dommage que les réseaux de télévision n’aient pas jugé utile de diffuser ce débat. Après tout, la santé, c’est la moitié du budget du Québec. Heureusement qu’il y a Internet… 

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Et la planète, messieurs dames?

CHRONIQUE / C’est bien beau de vouloir protéger la gestion de l’offre et l’industrie agricole du Québec des menaces de Donald Trump, mais ça sert à quoi si on ne fait rien pour protéger la planète? Il me semble que dans l’ordre des priorités, le deuxième enjeu est le plus urgent. Or, il n’est pas très présent dans le débat électoral en cours au Québec, ainsi qu’au Nouveau-Brunswick.

La semaine dernière, nos leaders politiques ont fait front commun pour dénoncer les visées du président américain sur la gestion de l’offre. C’est bien, mais pourquoi une telle discrétion sur les menaces que les gens comme Trump font peser sur l’avenir de la planète? Je sais, on en parle un peu, mais si peu…

Vous allez me dire qu’une campagne électorale provinciale ne pèse pas lourd sur les grands enjeux internationaux, mais ce n’est pas vrai. Le prochain gouvernement du Québec aura à prendre position rapidement sur les changements climatiques en raison de ce qui se passe actuellement au Canada. Justin Trudeau prévoit imposer une taxe nationale sur le carbone dès le 1er janvier aux provinces qui n’en ont pas. Mais deux provinces importantes, soient l’Ontario et l’Alberta, viennent d’annoncer leur retrait de telles mesures. L’Ontarien Doug Ford compte même contester cette taxe jusqu’en Cour suprême.

Et Justin Trudeau, qui portait fièrement le flambeau canadien de la lutte contre les gaz à effet de serre à la Conférence de Paris sur le climat, a perdu de son verni environnemental depuis sa décision d’acheter le pipeline Trans Mountain. De plus, le gouvernement Trudeau demandera un deuxième mandat à l’automne 2019. La tentation de céder du lest sera forte, parce que les conservateurs d’Andrew Scheer sont du côté des climatosceptiques dans ce débat.

Bref, ça ne va pas très bien ici même au pays, et les adversaires d’une taxe sur le carbone utilisent un argument de taille : nos entreprises canadiennes ne seraient plus compétitives sur le marché nord-américain, à cause de la baisse des impôts corporatifs consentie au sud de la frontière par Trump.

Que fera le prochain gouvernement du Québec dans ce contexte? Voilà la question. On connaît déjà les politiques des libéraux, mais il en faudrait davantage. Les enjeux aussi importants méritent une attention rigoureuse et détaillée en campagne électorale. Que ferait un gouvernement Legault? Le chef de la Coalition avenir Québec avait des réserves sur le marché du carbone en 2015. Il craignait alors que ce marché nuise à la compétitivité des entreprises québécoises. Il s’est ravisé le printemps dernier, mais il avait jugé préférable que ce marché s’étende à un plus grand nombre d’États et de provinces. Or, c’est l’inverse qui s’est produit, avec la victoire de Doug Ford en Ontario.

Nous en sommes là, et ce n’est pas très rassurant. Il y aura de nombreux débats d’ici le 1er octobre. Aujourd’hui, on parlera de la santé à l’invitation de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec. Le 11 septembre, la Chambre de commerce de Montréal organise un débat sur l’économie. Pourquoi pas un événement similaire sur l’environnement? Il me semble que l’enjeu en vaut la chandelle, non? 

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Un coup fumant pour Legault

CHRONIQUE / C’est souvent risqué de mener dans les sondages, mais il y a aussi de grands avantages. Comme de pouvoir recruter un Christian Dubé, premier vice-président de la Caisse de dépôt, qui laisse tomber un salaire de plusieurs centaines de milliers de dollars pour revenir en politique à la demande expresse de son ami François Legault. Philippe Couillard, qui aime beaucoup la pêche, admettra que c’est une grosse prise.

Le chef de la CAQ m’avait déjà confié avoir trouvé pénible le départ de Christian Dubé, en 2014. Tout comme Legault, Dubé adorait parler d’économie et de finances publiques. Il portait ce chapeau avec compétence, à un point tel qu’à l’époque, le PQ avait accusé le gouvernement d’avoir acheté son départ de la Coalition avenir Québec pour un million de dollars en l’envoyant à la Caisse de dépôt. 

Et voilà que Dubé quitte la caisse pour se présenter dans La Prairie. Celle-là, personne ne l’avait vu venir et c’est ce qu’on appelle un coup fumant. Chapeau à François Legault, c’est une grosse addition dans son équipe. On pourrait même dire que coup pour coup, c’est aussi gros que la décision de Gertrude Bourdon de passer chez les libéraux, après avoir flirté longuement avec la CAQ. Sauf que le «magasinage» de Mme Bourdon est vite devenu un sujet de controverse, alors que Dubé ne fait que revenir dans sa famille politique. Et qui plus est, il a toujours été d’un commerce agréable avec les médias, ce qui est un gros atout en campagne électorale.

Une chose est certaine, Christian Dubé ne revient pas en politique pour occuper un poste de simple député si la CAQ prend le pouvoir. Ministre des Finances? Du Développement économique? Il aura l’embarras du choix. Baccalauréat en administration des affaires et comptable agréé depuis 1981, il a passé sa vie dans les grandes corporations comme Price Waterhouse Cooper & Lybrand, Domtar et Cascade, avant d’aboutir à la Caisse de dépôt. En fait, je le vois davantage au développement économique, mais il ne fait aucun doute que Legault lui a promis un ministère important. Son retour en politique est aussi important que l’arrivée de Carlos Leitão chez Philippe Couillard en 2014. Pas surprenant que François Legault se soit dit très «reconnaissant», lundi matin, en annonçant sa candidature.

Jean-François Lisée lui a reproché de ne pas avoir terminé son mandat en 2014 et il a dit douter de ses intentions si la CAQ reste dans l’opposition. Dubé a vu venir le coup et il a promis de terminer son mandat cette fois-ci. C’est vrai qu’on peut lui reprocher d’avoir provoqué une élection partielle à 600 000 $ en quittant avant la fin de son mandat de 2014. Mais si on faisait la liste de tous les élus qui ont fait de même dans le passé, on en trouverait dans tous les partis. Et puis contrairement à plusieurs autres, Dubé n’a pas touché son allocation de transition. Remarquez qu’avec le salaire qui l’attendait à la Caisse de dépôt…

De son coté, Philippe Couillard a prédit qu’il y aurait une «zone de fracture» entre les positions de Dubé, qui a appuyé la cimenterie McInnis de Port Daniel, alors que François Legault n’y a vu que du gaspillage. Là encore, M. Couillard doit admettre que certains de ses nouveaux candidats ont eux aussi dénoncé les positions libérales. C’est le cas notamment d’Enrico Ciccone que le PLQ présente dans Marquette, après avoir tassé le député François Ouimet.

Bref, ce lundi 3 septembre aura été celui de François Legault qui en avait bien besoin après ses difficultés de parcours de la semaine dernière. Le chef de la CAQ doit se dire que si «le trois fait le mois», ça augure plutôt bien.