Chronique

Nous sommes tombés dans le panneau

CHRONIQUE / Le rapport de la Vérificatrice générale sur les allégations de collusion et de corruption faites par Annie Trudel à l’endroit de l’Autorité des marchés financiers (AMF) et l’Unité permanente anticorruption (UPAC) nous interpelle tous, élus, non élus et médias d’information. Nous vivons dans un monde surmédiatisé où la moindre dénonciation devient trop souvent vérité, avant même que les faits ne soient vérifiés. Un monde où les médias et les élus devraient s’informer davantage avant de tomber aussi rapidement dans le lynchage public.

Le cas d’Annie Trudel est troublant. En suivi au rapport de la commission Charbonneau, l’Assemblée nationale a adopté en 2012 une loi forçant les entreprises engagées dans un processus d’appel, à obtenir préalablement une autorisation de l’AMF. Or, selon Mme Trudel, ce processus d’autorisation aurait donné lieu à une collusion entre l’UPAC et l’AMF, visant à favoriser une firme de consultants qui conseillait les entreprises dans leurs démarches. 

C’était grave comme accusation, parce qu’elle visait des organismes chargés précisément de surveiller l’intégrité du suivi donné à la commission Charbonneau. D’autant plus grave que les propos de Mme Trudel ont trouvé écho dans tous les médias, jusqu’à la tribune de Tout le monde en parle.

L’ampleur de ces accusations a amené la vérificatrice à faire un audit particulier après des organismes concernés, à examiner l’information détenue par ces organismes, à questionner les firmes de services professionnels et les entreprises impliquées dans le processus d’autorisation. On y a consacré 5500 heures de travail!

Conclusion : «Nos travaux d’audit n’ont pas permis de confirmer la présence d’un stratagème entre l’AMF et l’UPAC visant à favoriser une firme de consultants», a conclu le rapport. Annie Trudel a été rencontrée, mais elle a refusé de préciser ses accusations sous prétexte que ses renseignements auraient été obtenus «alors qu’elle collaborait avec un avocat». Elle a refusé d’identifier cet avocat.

Une lettre a été envoyée à 316 entreprises leur demandant si des employés de l’AMF ou de l’UPAC leur avaient recommandé une firme de consultants. Rien là non plus. Les courriels de ces deux institutions ont également été vérifiés.

Bref, il a fallu dépenser une fortune pour vérifier les allégations d’une personne dont la crédibilité avait déjà été mise à mal dans un autre dossier concernant le ministère des Transports. Une personne qui s’est lancée sur Twitter dès mercredi, pour dénoncer tout le monde : le Vérificateur général, le journal La Presse, et le gouvernement. Demain, ce sera sans doute à mon tour d’y passer. 

Il y a des gens qui voient des conspirations partout dans nos sociétés. Dans ce cas-ci, on en a fait une vedette pour constater une deuxième fois son manque de crédibilité.

Un jour, il se trouvera bien quelqu’un dans le monde universitaire pour faire le bilan de toutes ces allégations lancées régulièrement dans l’espace public. Combien de cas ont été confirmés et combien se sont avérés totalement faux, erronés, ou tirés par les cheveux? Un beau sujet de recherche.

Il y a eu de grands moments dans le travail journalistique au cours des dernières années. Le scandale sur la gestion de certains baux conclu par la Société immobilière du Québec, maintenant Société québécoise des infrastructures, en est un bon exemple. Même chose pour les compteurs d’eau à Montréal. Le questionnement sur les dépenses de la présidence de l’Assemblée nationale dans le cadre des délégations de députés à l’étranger est tout aussi légitime. 

Le cas de Mme Trudel n’est pas de cette nature. Nous sommes tombés dans le panneau.

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Pas question de présenter l’autre joue…

CHRONIQUE / L’abandon du G7 par Donald Trump en l’espace de deux tweets a été spectaculaire et insultant, mais il n’est guère différent de toutes les autres controverses que ce président a créées depuis son arrivée à la Maison-Blanche. La planète n’arrêtera pas de tourner à cause de lui. Les tractations entre ses négociateurs et ceux du Canada se poursuivront probablement, et Trump continuera de twitter. Quant aux effets de son retrait du communiqué du G7, il ne porte pas à conséquence parce que le texte n’engageait en rien les États-Unis sur les sujets chers au gouvernement Trudeau.

La véritable inquiétude au lendemain de sa sortie de samedi soir porte davantage sur la possibilité qu’il a évoquée d’une nouvelle ronde de tarifs sur l’industrie de l’automobile cette fois. La simple évocation d’une telle menace a semé l’émoi en Ontario, où les emplois de centaines de milliers de travailleurs sont directement liés à cette industrie. Si les Canadiens dans leur ensemble appuient le gouvernement canadien dans sa détermination de tenir la ligne dure sur l’ALENA, le nouveau gouvernement Ford serait très pénalisé par une telle guerre commerciale qui aurait des conséquences désastreuses sur son économie.

Dimanche matin, sur les ondes de Radio-Canada, le professeur Yan Cimon de l’Université Laval a fait valoir qu’il serait très difficile pour Washington d’appliquer des tarifs sur les automobiles assemblées au Canada et au Mexique, en raison de la forte intégration de cette industrie. Une auto construite au Canada, a-t-il expliqué, compte plus de 60 % de composantes en provenance des États-Unis. En d’autres mots, des tarifs sur l’industrie automobile du Canada priveraient également des milliers de travailleurs américains de leur emploi. 

Que feront les conseillers du président lorsqu’ils constateront la complexité d’un tel scénario? C’est difficile à dire parce que personne n’est en mesure de comprendre et encore moins de prédire ce qui se passe à Washington sous Donald Trump.

Une chose qui saute aux yeux cependant, c’est que les relations «cordiales» que le premier ministre Trudeau croyait pouvoir entretenir avec cet homme, malgré son imprévisibilité, sont définitivement ternies. Justin Trudeau a beau se montrer gentil, souriant et diplomate, il y a une chose que les Canadiens ne lui pardonneraient pas, c’est d’offrir l’autre joue à Trump après une gifle aussi cinglante. Et même si le président revient avec d’autres propos sympathiques envers Trudeau ou encourageants sur nos relations bilatérales, personne ici ne voudra le croire. L’homme est un menteur compulsif et une brute.

Ce sera fascinant de voir comment Kim Jong Un composera avec un tel personnage. Trump sera doucereux et flatteur en sa présence et une fois partie, il l’accusera d’être une menace pour l’humanité. C’est le scénario le plus plausible. 

Donald Trump me fait penser à ces conducteurs qui souffrent de la rage au volant quand ils montent dans leur automobile, et qui deviennent de petits moutons lorsqu’ils en sortent. C’est ce qu’on a vu dans Charlevoix: un Trump blagueur et accommodant, qui a retrouvé sa rage lorsqu’il est retourné à son clavier et qu’il a repris ses tweets

Bref, un personnage qui n’a pas le courage de vous dire en pleine face ce qu’il pense, et qui se défoule sur son clavier lorsqu’il est seul. Le seul espoir du Canada et de ses alliés est que Trump et les républicains soient punis aux élections de mi-mandat, et que l’électorat américain signe son congédiement aux prochaines élections présidentielles. En attendant, c’est Vladimir Poutine qui doit rire dans sa barbe.

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Kim ne pourra croire Trump après ça

CHRONIQUE / Justin Trudeau croyait avoir sauvé la journée, mais ça n’a pas duré 12 heures: Donald Trump l’a laissé tomber. Comment Kim Jong Un pourra-t-il prendra la parole de cet homme après une telle trahison du président envers son plus proche voisin et allié? Une fois encore, Trump a agi comme un bébé à qui on vient d’enlever sa suce.

Pourtant, les dirigeants du G7 étaient parvenus à s’entendre sur un communiqué final au lieu de s’en remettre à une déclaration de la présidence. Mais Donald Trump a renié sa signature en accusant Justin Trudeau d’avoir menti sur le commerce avec les États-Unis.

Pourtant, ce n’était pas un communiqué très engageant qu’avaient accepté les leaders du G7. Un communiqué à sept, à six et même à cinq. Le Japon et les États-Unis avaient refusé de s’engager dans un effort collectif sur le plastique pour protéger les océans. Les Américains n’avaient pas bougé sur l’accord de Paris concernant le climat. Ils n’avaient pas accepté d’être partie prenante à l’entente visant à améliorer le sort des femmes.

Sur le commerce, le texte négocié par les sherpas permettait à tous de rester sur leurs positions. D’ailleurs, avant de quitter samedi matin, le président avait demandé des échanges commerciaux «sans tarifs, sans barrières et sans subventions», tout en menaçant de couper les liens avec les pays qui refuseraient de se plier à ses exigences. 

Pour les Japonais, qui ont fait un point de presse avant le communiqué final, les deux mots les plus importants à surveiller porteraient sur un commerce mondial «libre et équitable, et le maintien des règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Bref, tout le monde pouvait s’entendre sur ce genre d’objectif, même s’ils savaient tous qu’il serait impossible de s’entendre avec les Américains sur ce qui est équitable. D’ailleurs avant même de quitter Charlevoix, Donald Trump avait claironné à nouveau que son pays avait été floué par ses partenaires commerciaux depuis longtemps. Le seul changement dans son discours avait été de dire que les déficits commerciaux des États-Unis n’étaient pas la faute des leaders des autres pays, mais celle des présidents américains des 50 dernières années. 

Même Emmanuel Macron croyait qu’on avait sauvé la journée. Il avait convenu qu’il faudrait améliorer l’OMC et que le travail ne faisait que commencer. Mais l’important, selon lui, c’est qu’on avait «évité les déclarations qui nous auraient fait revenir en arrière. Il avait déclaré que les discussions à venir devraient se faire «avec les faits sur la table». Des faits, a-t-il dit, dans une allusion directe aux déclarations de Donald Trump, «qui ont été complètement déformés».

Conclusion: rien n’était réglé, les tarifs allaient rester en place, et Donald Trump recommencerait rapidement à blâmer le Canada et ses partenaires, mais on avait un communiqué final. Comme s’il avait pressenti ce qui s’en venait en soirée, le premier ministre Trudeau a déclaré à plusieurs reprises pendant sa conférence de presse que le président américain «va continuer à dire ce qu’il dit» et que le Canada ne se laisserait pas «bousculer». «J’ai dit au président que les Canadiens ne prennent pas cela à la légère» et qu’ils trouvent un peu «insultant» de se faire traiter de cette manière pas leur voisin du sud. M. Trudeau avait réitéré que le Canada appliquerait dès le 1er juillet des droits de douane en représailles à ceux imposés par Washington sur l’acier et l’aluminium. Emmanuel Macron avait annoncé la même intention au nom de l’Union européenne.

L’important, selon M. Trudeau, était que le G7 de Charlevoix se soit terminé par un communiqué sur les défis qui confrontent les pays membres. 

Il s’était montré particulièrement fier d’avoir obtenu un engagement de 3,8 milliards $ pour l’éducation des femmes et des filles en situation de crise et de conflit. Donald Trump ne lui a même pas laissé le temps de savourer le moment. Il lui a volé la manchette en deux tweets de trois lignes, sans même l’en prévenir à l’avance.

Quel jugement porteront les Américains sur une telle trahison? Et surtout, quelle opinion Kim Jong Un aura-t-il de cet homme? Si j’étais lui, j’annulerais la rencontre de Singapore et je garderais mon arsenal nucléaire. Parce qu’avec Trump, il n’y a pas d’honneur. 

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Aucun progrès sur le commerce au G7

CHRONIQUE / Cette première journée du G7 dans Charlevoix ressemblait à une rencontre familiale où on a invité la parenté par politesse, mais où tout le monde a hâte de voir «l’oncle chicanier» s’en aller pour que la fête puisse enfin commencer.

Normalement, les leaders auraient pris ombrage de voir le président des États-Unis arriver en retard et quitter dès le samedi matin. Mais comme la présence de Donald Trump ne servait qu’à confirmer la querelle sur le commerce et à rééditer le blocage américain de 2017 sur le climat, son départ a soulagé tout le monde. À compter de samedi matin, les six pourront discuter librement de leurs objectifs et des défis auxquels ils sont confrontés.

Que ce soit à Québec ou dans Charlevoix, les informations ont filtré au compte-gouttes sur la teneur des discussions de la journée. Même la presse américaine, généralement friande du moindre détail, n’a pas eu de point de presse de la Maison-Blanche pendant la journée. Les représentants du service de presse de Donald Trump n’ont même pas été en mesure de me dire s’il y aurait une séance de breffage pour leurs médias d’ici la fin du G7.

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Les ministres canadiens Bill Morneau et Chrystia Freeland ont rencontré les médias en fin d’après-midi pour dire qu’il y avait des divergences d’opinions, mais aussi des points d’entente. Plus général que ça comme information, c’est difficile à battre. À Mme Freeland, qui a déclaré que les discussions avaient été «cordiales», j’ai demandé si Donald Trump avait «véritablement» participé à ces discussions et si oui, quelle avait été la nature de ses préoccupations. Parce qu’après ses tweets incendiaires de la veille, il était difficile d’imaginer une discussion cordiale. La ministre a répondu qu’elle «essaie de dire seulement la vérité», mais elle n’a pas dit si Trump avait participé aux discussions, et encore moins quelles avaient été ses préoccupations. Elle a toutefois été catégorique sur le rejet, par le Canada, de la proposition faite par le président de ramener la Russie au sein du G7. Elle a rappelé que l’invasion de l’Ukraine et l’annexion de la Crimée avaient éloigné la Russie des valeurs démocratiques défendues par les membres du G7.

En début de soirée, la séance d’information des représentants du gouvernement canadien ne nous a rien appris. J’ai demandé si on pouvait au moins écrire qu’il y avait eu des progrès sur le commerce et les tarifs. On n’a pas été en mesure de me répondre par l’affirmative. Cette séance de travail n’aura finalement servi qu’à permettre aux participants de réitérer leurs positions déjà connues, sans plus.

Il est clair que la présence de Trump à cette première journée ne visait qu’à montrer les muscles pour faire plaisir à son public. Le président quitte samedi en matinée, sans même assister à la rencontre organisée par le Canada entre les membres du G7 et les 12 leaders des pays invités ainsi que les quatre chefs des organisations internationales, dont les Nations Unies, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international. C’est dire le peu d’intérêt que Donald Trump accorde à ce forum et aux sujets discutés.

Peut-être que j’ai la nostalgie du passé, mais je n’ai jamais vu de G7 où il y a si peu de développements. J’ai encore en mémoire ces réunions où il y avait tellement de points de presse des pays concernés qu’il fallait collaborer entre médias concurrents pour partager les informations. Cette année, tous les journalistes ont eu le temps de prendre un bon lunch et de participer au cocktail de 18 heures pour goûter aux petites bouchées de Charlevoix. C’était délicieux, et on nous a servi un vin blanc québécois. 

J’ai dit «tous les journalistes…» C’est faux. J’aurais dû dire: sauf mon voisin de pupitre qui célébrait le ramadan, qui a fait sa prière à 17 heures, et qui avait fait le plein de nourriture
sous son pupitre afin de pouvoir manger dès le coucher du soleil.