Chronique

Les pieds dans l’eau du Saint-Laurent…

CHRONIQUE / Vous cherchez la raison pour laquelle Martin Coiteux quittera la politique à la fin de son mandat? N’allez pas très loin : à la même date l’an dernier, le ministre avait les deux pieds dans l’eau des inondations qui ont fait des milliers de sinistrés au Québec.

Vous pensez que c’est agréable de passer ses journées et ses fins de semaine à visiter des gens dans le malheur? Et d’encaisser ensuite leurs critiques parce que l’argent et l’autorisation de reconstruire ne viennent pas assez rapidement?

C’est terriblement exigeant la politique, surtout quand on a connu auparavant les joies de l’enseignement universitaire. Nicolas Marceau, dont on dit qu’il est également en réflexion, m’a déjà confié, il y a quelques années, à quel point il était bien à l’université.

Alors, vous comprenez que pour un économiste comme Coiteux, qui a une famille et qui pourrait tripler son salaire dans le privé, la politique a probablement perdu de son charme.

La véritable surprise, c’est de voir des gens comme Pierre Arcand, Carlos Leitão et même Gaétan Barrette demander un autre mandat alors que les chances du Parti libéral du Québec de conserver le pouvoir sont tellement minces. Mais s’il fallait qu’ils quittent eux aussi, ce serait la débandade. Remarquez bien que s’ils se retrouvent sur les banquettes de l’opposition, ils pourront toujours démissionner… Dans leur cas, l’abolition des indemnités de transition n’est pas un véritable problème. Même s’ils ne font pas partie du club des grandes fortunes du Québec, ils ne sont pas démunis…

Puisque les nombreuses annonces de départ font tellement les manchettes, ces temps-ci, permettez-moi une remarque : même s’il était vrai que tous ces départs sont en partie causés par le désir des élus de toucher leur allocation de transition, leur annonce constitue néanmoins une belle économie pour les contribuables. Je m’explique : avant 2016, les élus qui ne terminaient pas leur mandat touchaient quand même leur allocation de transition d’environ 150 000 $, alors que leur départ forçait le déclenchement d’élections complémentaires évaluées chacune à 600 000 $. Il était devenu scandaleux de voir des élus faire la campagne électorale pour aider leur parti, et démissionner quatre mois plus tard sans aucun respect pour le mandat que l’électorat leur avait confié, et sans tenir compte des coûts de l’élection complémentaire à venir.

L’adoption de la loi 78, en décembre 2015, a corrigé la situation. Les députés actuels, qui ne sont pas certains de vouloir compléter un autre mandat de quatre ans, renoncent donc à se présenter afin de toucher leur allocation. Mais ce faisant, ils nous évitent les coûts d’élections complémentaires inutiles entre les élections générales de cet automne, et celles de 2022. Seule exception à la règle, ceux et celles qui seront forcés de démissionner pendant leur mandat pour des raisons sérieuses, comme de graves problèmes de santé pour eux-mêmes ou leurs proches, conservent leur droit à l’allocation de transition. Mais avec les nouvelles règles, on ne revivra pas de cas comme celui de Monique Jérôme-Forget qui a touché sa prime en démissionnant quatre mois après sa réélection aux côtés de Jean Charest en décembre 2008.

Retour sur tous ces départs chez les libéraux. La véritable question qui se pose pour Philippe Couillard est de savoir s’il a des bons candidats dans sa poche arrière. Actuellement, c’est François Legault qui multiplie les annonces. Mais le vrai test se fera au mois d’août, quand les grosses pointures, qu’on ne peut annoncer tout de suite à cause de leur emploi, sortiront de l’ombre. Si grosses pointures il y a, évidemment.

Chronique

Ottawa attend encore la facture!

CHRONIQUE / Rappelez-vous la montée de lait de Jean-Marc Fournier et de David Heurtel concernant les frais engendrés par l’entrée des migrants irréguliers sur le chemin Roxham. Les manchettes étaient spectaculaires: «Facture de 146 millions $: Québec réclame à Ottawa tous les frais encourus pour la crise des migrants». La réaction du gouvernement Trudeau semblait tout aussi énergique: «Migrants: Ottawa ne remboursera pas les 146 millions $ réclamés par Québec».

Tous les titres nous menaient vers un beau conflit fédéral-provincial, comme on les aime. Mais le ton a changé du tout au tout à la suite de la rencontre du 18 avril de David Heurtel avec Marc Garneau: «Ottawa va examiner la demande de remboursement du Québec» avait annoncé La Presse canadienne, en faisant dire au ministre Heurtel qu’il avait senti «une plus grande ouverture» du gouvernement fédéral. «Les experts du fédéral vont s’asseoir avec nos experts, on va parler notamment de la ventilation des coûts [de la facture]» avait déclaré le ministre.

C’est bien beau tout ça, mais encore faut-il que le travail se fasse. À la mi-avril, François Légault avait dénoncé l’amateurisme du gouvernement Couillard dans ce dossier. Il avait fait valoir que dans l’entreprise privée, on ne paie jamais une facture sans en avoir les détails.

Du coté gouvernemental, on avait rétorqué que les 146 millions $ réclamés étaient une évaluation préliminaire et qu’il faudrait attendre la fin de l’année financière 2017-2018, au 31 mars, pour connaître le détail de la réclamation. Or un mois après la fermeture des livres, les experts du fédéral attendent toujours les chiffres du Québec. C’est ce qu’on m’a répondu lundi, quand j’ai vérifié à Ottawa. Du coté de Québec, on ne savait même pas si le groupe de travail fédéral-provincial annoncé le 18 avril avait été créé, s’il avait commencé ses travaux, et quelle en était la composition.

Vous allez me dire que ce n’est pas tragique, que c’est de l’argent en banque... Mais est-ce vraiment le cas?

Il faut battre le fer quand il est chaud, dit-on souvent. Or si la machine administrative du Québec n’est pas en mesure de suivre le discours pressé de ses ministres, le gouvernement Couillard sera accusé de se traîner les pieds. Et de façon générale, tout ce qui traîne se salit.

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Les justiciers

François Legault croyait avoir frappé un grand coup en 2012, en recrutant Jacques Duchesneau, l’ancien chef de police de Montréal. L’aventure ne s’est pas très bien terminée. M. Legault y est allé d’un autre grand coup en embauchant Sonia Lebel, l’ancienne procureure en chef de la Commission Charbonneau. Mme Lebel sera candidate pour la CAQ en Mauricie. Elle a annoncé qu’elle y va notamment pour faire le suivi aux recommandations de la commission, et pour contribuer à l’éthique et à l’intégrité de nos institutions politiques. M. Legault a même déclaré qu’elle était «ministrable».

Les justiciers en politique, c’est très bien. Mais il est toujours plus facile de promettre un comportement éthique exemplaire quand on est dans l’opposition. Le simple fait de recruter des policiers comme Jacques Duchesneau ou des procureurs comme Mme Lebel, élève les attentes et impose plus de rigueur et de transparence dans les dossiers controversés. Cette transparence peut devenir bien déplaisante lorsqu’il s’agit de confesser un collègue qui fait l’objet d’allégations sérieuses. Peut-être que Mme Lebel sera la femme de la situation... Mais elle devra être aussi insistante dans sa recherche de l’éthique et de l’intégrité, qu’elle l’a été avec Julie Boulet à la Commission Charbonneau. Au point de ne pas être très «sympathique…»

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Ouellet gagne une bataille, mais pas la guerre

CHRONIQUE / «Plus ça s’étire, plus ça va être difficile», a lancé Mario Beaulieu, le président du Bloc québécois, à sa sortie du conseil général du parti qui a donné raison à Martine Ouellet. Les délégués ont retenu la proposition de leur chef et du bureau national pour un vote de confiance au début de juin, assorti d’un référendum sur la mission indépendantiste du parti.

Ce qu’aurait souhaité Mario Beaulieu, c’est de crever cet abcès le plus tôt possible, au lieu de prolonger la crise jusqu’en juin. Martine Ouellet a donc gagné du temps et une bataille, mais pas la guerre. Parce que s’il est une chose qui ressort de cette assemblée, c’est que les bloquistes demeurent profondément divisés sur le leadership et la stratégie de leur chef. Le simple fait que 42 associations de circonscription aient tenté en vain de devancer la tenue du vote de confiance montre à quel point les militants sont fatigués de cette querelle interne qui n’en finit plus.

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Mme Ouellet a également obtenu gain de cause sur le niveau de confiance requis pour conserver son poste : ce sera 50 % plus un. S’il est vrai que techniquement une majorité simple est une victoire, la réalité n’est pas aussi simple. Un leader qui s’acharnerait à diriger sa formation politique avec 50 % plus un des voix n’aurait aucune autorité sur ses troupes. L’autre moitié du parti et de ses membres ne serait pas motivée. Le financement en souffrirait, tout comme le travail des bénévoles pendant les campagnes électorales.

Compte tenu de l’ampleur de la crise au Bloc québécois, il serait fantaisiste de fixer à 75 % le niveau de confiance requis pour Martine Ouellet à la direction de ce parti. 

Mais il est tout aussi fantaisiste d’affirmer qu’elle pourra continuer à diriger le Bloc québécois si elle obtient 50 % plus un des voix. Elle a beau faire valoir que Justin Trudeau a été élu premier ministre du Canada avec le tiers des votes enregistrés, on ne parle pas de la même chose. Les campagnes électorales opposent plusieurs partis et divisent les voix. Tandis qu’un vote de confiance ne donne que deux options aux militants : oui, ou non.

Ce qui s’est passé à Drummondville n’est pas de nature à ramener les députés démissionnaires au bercail, d’autant plus que Mme Ouellet les a critiqués à nouveau devant les membres… avant de leur tendre la main. Comme diplomatie, ce n’est pas très éloquent. 

Amende honorable…

L’erreur est humaine, mais c’est toujours un peu humiliant d’avoir à l’admettre. Dans mes «clins d’œil de la semaine», publiés dimanche, j’ai fait état de la présence de six universitaires québécois à un colloque sur les questions constitutionnelles à Bruxelles, aux côtés du ministre Jean-Marc Fournier. 

J’étais dans l’erreur: le ministre était bien là, mais pas les professeurs mentionnés, sauf François Rocher de l’Université d’Ottawa.

Ma recherche sur Internet à l’origine de ce texte m’a dirigé vers un autre colloque… en 2008, et je suis tombé dans le panneau comme un débutant. 

Mes excuses aux universitaires concernés, soit Réjean Pelletier, José Woehrling, Nelson Michaud, Stéphane Paquin et Éric Montpetit. 

Mais d’autres professeurs ont bel et bien participé au colloque de 2018. Il s’agit plutôt de Patrick Taillon, Dave Guénette et Amélie Binette de l’Université Laval, de Johanne Poirier de McGill, François Rocher de l’Université d’Ottawa, Valérie Lapointe-Gagnon de l’Université de l’Alberta, Kate Glover de Western University, et Félix Mathieu de l’Université du Québec à Montréal.

M’appuyant sur la transparence requise pour les élus, j’avais demandé des détails sur le financement de ces colloques. La réponse a été tout, sauf transparente.

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Mes clins d'œil de la semaine

«La voix de la nation québécoise à Bruxelles»

Quelques jours à peine après avoir sermonné le gouvernement Trudeau sur sa pratique du fédéralisme dans le dossier Kinder Morgan, le ministre Jean-Marc Fournier a pris la route de Bruxelles pour participer à un colloque international sur le fédéralisme comparé…

Est-ce utile de se comparer avec la Belgique? Me semble que c’est plutôt le bordel là bas, non? À tout hasard, le communiqué de presse du Secrétariat aux relations canadiennes ne péchait pas par l’humilité en parlant de la politique d’affirmation du Québec. Citation du ministre: «La place significative qu’y consacre un colloque international à Bruxelles reflète l’intérêt marqué que la proposition du Québec pour le Canada de demain suscite au sein des différents groupes de la société civile à travers le Canada, mais également sur la scène internationale.»

La voix des profs…

Et tant qu’à aller vanter le Québec à Québec, autant le faire aux côtés des experts. Huit universitaires canadiens ont participé à ce colloque. Il s’agit de Patrick Taillon, Dave Guénette et Amélie Binette de l’Université Laval, de Johanne Poirier de McGill,  François Rocher de l’Université d’Ottawa, Valérie Lapointe-Gagnon de l’Université de l’Alberta,  Kate Glover de l’Université Western, et Félix Mathieu de l’Université du Québec à Montréal.

Ils sont généreux de leur temps, nos professeurs. J’espère qu’ils n’ont pas été forcés de sécher leurs cours pour participer à ces discussions savantes.

Transparence oblige

Puisqu’on réclame plus de transparence sur les dépenses de nos élus, j’ai demandé la même chose pour les professeurs concernés. Voici la réponse du gouvernement : «Les professeurs […] ont été invités par les organisateurs de l’activité [Université Laval et Université catholique de Louvain]. Le Secrétariat du Québec aux relations canadiennes (SQRC) n’a pas assumé leurs frais de déplacement.

«Par contre, le Secrétariat du Québec aux relations canadiennes a soutenu financièrement l’Université Laval pour l’organisation du colloque, à hauteur de 10 455 $. Cette somme d’argent a été octroyée en 2017-2018 par l’intermédiaire du Programme de soutien à la recherche en matière d’affaires intergouvernementales et d’identité québécoise. D’autres organismes subventionnaires du Canada et de la Belgique ont aussi soutenu financièrement cette activité».

J’ai demandé plus de détails. On ne m’en a pas donnés.

Le vote des indécis

Vous voyez venir les élections et vous ne savez toujours pas pour qui voter? Rassurez-vous, c’est normal. Même les dirigeants de nos centrales syndicales, dont la majorité appuyaient le Parti québécois dans ses bonnes années, sont incapables de se brancher. À leur sortie d’une rencontre avec Philippe Couillard, jeudi, Daniel Boyer (FTQ), Jacques Létourneau (CSN) et Louise Chabot(CSQ), ont déclaré qu’ils n’auraient pas de recommandations à faire à leurs membres en vue des élections, sauf de s’y intéresser.

Le temps des impôts

Le chef du Parti conservateur, Andrew Sheer, a profité de sa tournée de séduction au Québec pour déclarer qu’il serait ouvert à discuter d’un rapport d’impôt unique pour les Québécois. Même chose pour le leader du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh. Je veux bien croire qu’ils soient ouverts à en «discuter», mais j’arrête là. Parce qu’un seul rapport d’impôt, ça voudrait dire un rapport au provincial qui redistribuerait au fédéral la part due par les contribuables. C’est le genre de belles intentions que les politiciens émettent lorsqu’ils sont dans l’opposition. Mais une fois au pouvoir, ils ont vite fait de céder aux pressions de la machine bureaucratique fédérale qui ne va jamais céder tous ces emplois au provincial.