Monsieur, madame, dieux et déesses…

CHRONIQUE / Depuis déjà quelque temps, les candidats à la magistrature fédérale doivent cocher «homme», «femme», ou «autre» sur leur formulaire d’application. Une deuxième question, facultative celle là, leur demande de choisir entre autochtone, minorité visible, groupe ethnique culturel ou autre, déficience, LGBTQ2, ou femme…

Où sont les gars là dedans? Peu importe. Tout ce que je veux dire, c’est que je n’ai pas été surpris d’apprendre qu’Ottawa interdisait maintenant l’utilisation des termes monsieur, madame, père et mère dans sa correspondance avec les gens. Tout ça, pour «éviter de donner l’impression que les fonctionnaires fédéraux entretiennent un biais envers un genre ou un sexe», selon Radio-Canada. 

Je me suis demandé, en écoutant la période de questions au Salon bleu, ce que donnerait une telle règle chez nos élus. Parce qu’à l’Assemblée nationale tout comme au Parlement d’Ottawa, les députés et ministres doivent s’adresser au président lorsqu’ils posent des questions ou donnent des réponses. Alors vous comprenez que des «monsieur le président, madame la ministre et monsieur le député», vous en avez à la tonne.

Que faire? Faudrait-il dire : «Hey le président, pourquoi le gouvernement a-t-il donné trop d’argent aux médecins spécialistes?» Et quelle formule devrait utiliser le président, par exemple, pour passer la parole à Gaétan Barrette? «À toi, Jean-Maurice»? Comme dans le sport? 

Vous allez dire que mon propos n’est pas très sérieux, mais pensez-y un peu : ce n’est pas simple d’enlever le sexe des gens surtout lorsqu’il s’agit de marques de respect associées à l’âge ou aux fonctions occupées. Remarquez que je me passerais bien du «monsieur Lavoie» lorsqu’on s’adresse à moi, parce que ça fait vieux… Mais je me vois mal interpeler Justin Trudeau par son prénom, même s’il est à peine plus âgé que mes fils. 

Ça prend bien le gouvernement fédéral pour se lancer dans un tel exercice de neutralité des genres. La note envoyée par Service Canada à ses employés va jusqu’à bannir l’utilisation des termes «père» et «mère». Il faut dorénavant parler de «parent». Service Canada est en train de réformer ses systèmes informatiques en conséquence, pour demander le numéro d’assurance sociale des gens, par exemple. 

Ça, mes amis, c’est le même gouvernement fédéral tellement peu versé en informatique qu’il n’est même pas capable de régler le système de paie de ses fonctionnaires.

Je comprends que la société doive évoluer, mais il ne faut pas virer fou. Un tel changement visant à répondre aux demandes de la communauté trans est beaucoup plus complexe que d’éliminer simplement les monsieur, madame, père et mère de la langue française. J’ai retrouvé, sur Internet, dans un texte signé Geneviève Proulx, l’opinion de la coordonnatrice du Centre de lutte contre l’oppression des genres, à Concordia, Mme Gabrielle Bouchard. Elle y fait état du taux de tentatives de suicide élevé chez les personnes trans, et elle demande d’adapter la langue à leur situation. Mais les exemples de mots et d’accords proposés ne sont pas simples. Il faudrait, par exemple, parler de «frœur» au lieu de frère ou sœur, ou de «tancle» pour oncle ou tante.

Dieu merci, Service Canada n’est pas rendu là. Oh, s’cusez la… Dieux et déesses, on fait quoi avec ça?

Bon! Blague à part, ce n’est pas en forçant les fonctionnaires de Service Canada à demander aux gens le nom de leur «parent #1» et de leur «parent #2), qu’on va faire évoluer la langue française. Comme l’a dit le linguiste Guy Bertrand, «ce n’est pas un changement en profondeur de la langue qu’on va être plus respectueux. C’est dans l’attitude et l’inclusion sociale que ça se fait».