Manon Massé, co-porte-parole de Québec solidaire, pense que le secret de son parti, c’est qu’il permet aux Québécois de rêver à nouveau.

Manon Massé : la voix rassurante de la révolution solidaire

ENTREVUE / Manon Massé est à Québec solidaire ce que Léo Bureau-Blouin était aux carrés rouges pendant le printemps érable. Posée, rassurante, toujours calme, la co-porte-parole de QS offre une personnalité toute à l’encontre de la véritable révolution que son parti provoquerait au Québec s’il était porté au pouvoir. Comme elle n’a aucune chance de devenir première ministre du Québec cette année, elle n’est pas menaçante et son message passe bien, au point d’inquiéter le Parti québécois. Elle a été la surprise de cette campagne électorale.

J’ai rencontré Mme Massé au lendemain de l’attaque frontale lancée à son endroit par Gilles Duceppe, qui lui a reproché notamment la qualité de son français. «Ce qu’il dit, au fond, c’est que vous autres, le peuple, qui ne parlez pas la langue de l’école privée, du français international, vous n’avez pas votre place ici. Pour moi, c’est ça qui est le plus choquant», rétorque la co-porte-parole de Québec solidaire. «On arrive d’une banque alimentaire et un monsieur m’a dit : “Manon, je me suis senti insulté.”»

Dans son livre Parler vrai, publié au début de l’été, Mme Massé parle de la «petite voix» en elle qui lui dit qu’elle n’a pas sa place, là, dans le monde des décideurs. En entrevue, elle raconte qu’à l’instar de beaucoup de femmes ou de gens qui viennent de la classe populaire, elle aussi a connu le «syndrome de l’imposteur». Tout particulièrement lorsqu’elle a été appelée à prendre la relève de Françoise David. «Je me posais des questions, mais j’ai une super équipe et un co-porte-parole qui a confiance en moi. Ça m’a beaucoup aidé à faire taire ces petites voix-là».

Contrairement à d’autres politiciens, ce n’est pas son ego qui la protège des critiques comme celle de Gilles Duceppe. C’est sa confiance en elle façonnée par un parcours personnel difficile. «À partir de sept ou huit ans, j’ai commencé à subir de l’homophobie. J’étais tomboy. Après ça, je suis devenue une activiste, et là aussi je ne l’ai pas eue facile. Comme lesbienne aussi j’ai reçu mon lot. Donc, ça m’a obligée assez rapidement à retourner en moi et à trouver ma valeur.»

Manon Massé reconnaît que son ton et ses propos rassurants contribuent peut-être à la remontée de Québec solidaire dans cette campagne électorale. «Les gens me disent souvent : “Toi, Manon, quand tu parles, on te comprend.” Pour moi, c’est la raison pour laquelle les gens me font confiance, ils me comprennent.» Elle insiste aussi sur le travail de son équipe : «Depuis quatre ans, on a fait nos devoirs. On a dit aux gens : “Regardez ce parti-là, il est pour vous, pour répondre à vos besoins et à vos aspirations.”»

Elle pense que le secret de son parti, c’est qu’il permet aux Québécois de rêver à nouveau. «Je n’ai pas vécu tout le grand mouvement qui a suivi la Révolution tranquille et l’émergence de l’affirmation nationale. Mais, je sais que les gens rêvaient de ce qu’il y avait de meilleur pour eux, pour leur famille, pour leurs enfants. Ils rêvaient d’un pays, d’exister et d’être reconnus pour ce qu’ils sont. Et je pense que c’est ça que porte Québec solidaire. Ça donne le goût aux gens de rêver.»

Manon Massé explique que si elle est venue en politique, c’est parce que la réponse aux inégalités et aux défis environnementaux doit venir de la politique. Autrement, dit-elle, c’est dans la rue que le peuple cherche le pouvoir s’il ne l’a pas au Parlement.

Quand je lui dis qu’elle n’a aucune chance de gouverner, elle rétorque qu’elle n’en doute pas. «Sinon, je n’aurais pas pris le chemin de la politique partisane et je serais restée dans les groupes communautaires où j’arrivais aussi à faire du bien. Si j’ai pris ce chemin-là, c’est parce que je savais que le système ne fonctionnait plus et que ça prenait du courage politique pour faire les transformations nécessaires. Et moi, je suis convaincue qu’on va gouverner.»

Lorsque j’exprime un doute à nouveau, elle me promet que je verrai de mon vivant. Je lui réponds que ça me donne au moins la garantie de vivre très vieux. Elle réagit par un grand éclat de rire.

Manon Massé a soigné son image depuis le début de la campagne électorale. Elle s’attache les cheveux, parce qu’après les avoir fait couper, ils étaient trop courts pour les laisser flotter. «Ce que j’ai fait surtout, c’est de lâcher les foulards. J’ai discuté avec des gens, mais tu sais, j’ai toujours mes jeans.»

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CE QU'ELLE A DIT

Jean-François Lisée

«Je confirme que je ne suis pas capable de faire confiance à ce gars-là. Il va au gré du vent, il avance, il recule, il veut le pouvoir à tout prix et ça fait qu’il n’est pas fiable.»

François Legault

«Dans cette campagne, je découvre un gars qui ne maîtrise pas tant que ça ses dossiers. C’est comme si je découvre quelqu’un que je ne connaissais pas vraiment. Il demeure un bon vivant. À chaque fois que je me pose la question à savoir avec qui j’irais souper, c’est toujours François. C’est un homme très agréable.»

Philippe Couillard

«Ce que je vois c’est le poids des choix qu’il a fait, il le porte, et il le porte lourd. Je ne peux pas voter pour M. Couillard, voyons donc! Ça fait quatre ans que je le dénonce et ça fait 15 ans que je dénonce les choix des libéraux.»

Si Québec Solidaire n’existait pas

«Je voterais pour le Parti vert.»