Le 29 janvier, un an exactement après la fusillade à la Grande Mosquée de Québec, la loi sur l’immatriculation des armes à feu entrera en vigueur. Tous les Québécois seront dorénavant tenus d’enregistrer leurs armes à feu sans restriction.

À la mémoire de toutes les victimes

CHRONIQUE / Avec ou sans journée nationale contre l’islamophobie, le 29 janvier marquera un changement important à la mémoire des victimes de la Grande Mosquée à Québec et de l’École polytechnique à Mont­réal. Tous les Québécois seront dorénavant tenus par la loi d’enregistrer leurs armes à feu sans restriction. Ils auront un an pour le faire.

C’est un changement controversé, mais significatif. Il concerne principalement les armes de chasse, ce qui a provoqué un tollé dans les milieux comme celui des chasseurs. Même l’ancien ministre Lucien Lessard, du Parti québécois, a fait une sortie publique pour dénoncer cette mesure, qu’il estime inutile et coûteuse. 

Les gens qui achètent des armes à feu au Canada doivent déjà obtenir un permis d’acquisition, ce qui leur impose un cours de sécurité sur le maniement et l’entreposage des armes. Ils doivent remplir un formulaire sur leurs antécédents personnels et celui de leur partenaire conjugal. Le conjoint et deux autres répondants doivent aussi appuyer la demande. Bref, la police peut déjà savoir rapidement, sur un site informatique centralisé, si un individu détient un permis de possession d’armes à feu. Ce qu’elle ne sait pas cependant, c’est si la personne concernée possède une arme, si elle en a plusieurs, et surtout de quelle sorte d’arme il s’agit. Ce qui fait dire aux policiers que l’immatriculation leur donnera un outil plus efficace pour savoir qui a des armes et qui n’en a pas dans le cas d’une intervention. L’immatriculation forcera également les détenteurs d’un permis de possession de révéler combien ils en ont, de quelle sorte d’armes il s’agit, et à quel endroit elles sont conservées.

Un tel registre n’aurait probablement pas évité le drame à la mosquée de Québec. Mais ce n’est pas le seul but de la mise en place du registre. Selon l’Institut national de santé publique, 127 personnes par année sont décédées à la suite d’un suicide par arme à feu entre 2009 et 2013. C’est 5 fois plus élevé que le nombre d’homicides par le même moyen. L’institut fait valoir que dans la moitié des cas, la crise suicidaire est de courte durée, soit moins de 10 minutes. Ce qui fait dire à l’organisme que la seule présence des armes dans une maison augmente les risques de suicide ou de violence conjugale, et que les mesures de contrôle comme l’immatriculation obligatoire constituent des freins désirables à la possession de telles armes. 

Au 28 février 2015, on dénombrait 1 654 239 armes à feu sans restriction au Québec. C’est peu par rapport aux statistiques sur le même sujet aux États-Unis où il y en aurait 310 millions. Mais justement : les Québécois et la majorité des Canadiens ne veulent pas vivre le cauchemar des Américains. Un grand total de 987 personnes ont été tuées par balles au cours d’interventions policières aux États-Unis l’an dernier, selon une compilation publiée mardi par le Washington Post. C’est énorme. Et vous savez pourquoi les policiers américains ont la gâchette aussi rapide? Parce qu’il y a des armes à feu dans plus du tiers des foyers américains, et que les policiers ont peur. Ils tirent les premiers…

La seule réserve sérieuse à la création d’un registre québécois des armes à feu porte sur les coûts. Après le fiasco du registre fédéral, qui devait à l’origine coûter 2 millions $, mais dont la facture a grimpé à 1 milliard $, il est normal de poser la question. Les derniers estimés du gouvernement Couillard tournaient autour de 21 millions $. Mais sur ce point, on n’a aucune garantie. Maintenant que la décision est prise d’aller de l’avant avec ce projet, le défi est de le faire dans un cadre budgétaire raisonnable.