Chronique

Enfin des bonnes nouvelles!

CHRONIQUE / On accuse souvent les médias de ne s’intéresser qu’aux mauvaises nouvelles. Ce n’est pas aussi simple… À preuve, l’importance accordée à l’élection au Sénat américain du démocrate Doug Jones, aux dépens du poulain de Donald Trump, Roy Moore. C’est une mauvaise nouvelle pour Trump, mais quelle bonne nouvelle pour l’humanité!

«Votez pour Roy Moore, avait tweeté Donald Trump la veille du scrutin. Doug Jones [le candidat démocrate] est en faveur de l’avortement, mou sur la criminalité, l’armée et l’immigration, mauvais pour les propriétaires d’armes à feu, les vétérans, et opposé au mur [à la frontière du Mexique]. Roy Moore va toujours voter avec nous».

Ce que le président aurait pu ajouter, c’est que son candidat fait l’objet d’allégations de harcèlement sexuel, qu’il a déjà dit que l’homosexualité devrait être déclarée illégale, que la dernière fois que l’Amérique a été «grande» c’est durant la période de l’esclavage, et qu’il a déjà comparé le Coran à Mein Kampf.

Si la défaite d’un tel homme n’est pas une bonne nouvelle pour vous, elle en est une pour moi. Parce qu’avec une majorité réduite à une voix au Sénat, Donald Trump ne pourra plus faire ses quatre volontés.

*****

Autre bonne nouvelle? Cette déclaration-choc du président français Emmanuel Macron : «On est en train de perdre la bataille» contre les changements climatiques. 

Je sais bien que ça n’a pas l’air d’une bonne nouvelle, mais c’en est une. Parce que c’est le seul moyen de sortir l’humanité de sa torpeur et d’accélérer les efforts pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

*****

Encore une bonne nouvelle : la décision du gouvernement Trudeau d’acheter des avions de chasse usagés de l’Australie. De prime abord, ça fait république de bananes, c’est vrai! Mais ça nous donne l’occasion de faire un doigt d’honneur à la compagnie Boeing qui voulait nous vendre son Super Hornet, tout en nous poignardant dans le dos avec des tarifs exorbitants sur la CSeries de Bombardier.

Espérons cependant que les CF-18 usagés de l’Australie ont été bien inspectés. Parce que l’achat de quatre sous-marins usagés du Royaume-Uni pour 750 millions $, en 1998, nous a coûté une fortune en réparations. Et les sous-marins ont presque toujours été à quai parce que ce sont des citrons.

*****

Vous en voulez une autre? Philippe Couillard s’est rangé une fois de plus derrière le projet de train à grande fréquence de VIA Rail, pour relier Québec à Montréal. Le premier ministre n’a pas abandonné son appel à la créativité québécoise pour les transports, mais il a mis un bémol sur les idées de monorail Québec-Montréal soulevées à l’issu du congrès libéral à la fin de novembre.

Je ne sais pas qui avait mis cette idée dans le discours de M. Couillard, et surtout, pourquoi? Je veux bien que le programme électoral des libéraux nous offre un «nouveau Québec», mais ce n’est pas avec la science-fiction qu’on va convaincre les Québécois. Autant aller voir le nouveau Star Wars. C’est divertissant, mais personne ne croit que c’est vrai.

*****

Puisqu’on parle de l’espace, Donald Trump a donné mandat à la NASA d’accélérer les travaux en vue de l’établissement d’une base lunaire. Ça coûtera sans doute les yeux de la tête, mais ce serait une bonne nouvelle si on y installait Trump et son entourage.

Chronique

Bons pauvres, mauvais pauvres

CHRONIQUE / Il est difficile d’être contre la vertu en politique quand les gouvernements annoncent de nouvelles mesures pour aider les moins bien nantis. La réaction habituelle des partis d’opposition et des lobbies est de dire qu’on aurait dû être plus généreux ou plus attentif aux besoins des gens.

C’est ce qu’a fait Manon Massé de Québec solidaire en reprochant aux libéraux d’avoir départagé les gens entre «bons pauvres» et «mauvais pauvres». Les «bons pauvres» étant ceux qui sont inaptes à l’emploi et pour qui on sera plus généreux, et les «mauvais pauvres», ceux qui sont aptes à l’emploi et qui sont pénalisés s’ils ne s’inscrivent pas dans des mesures de retour au travail.

Ce débat a tellement fait l’objet de discussions et de controverses, dans le passé, qu’on a tendance à oublier un élément important :  les prestataires de l’aide sociale sont l’objet de beaucoup de préjugés. Tout le monde admet que les gens inaptes au travail ont besoin d’une aide financière améliorée. Mais la générosité collective est beaucoup moins grande à l’endroit des prestataires qui sont aptes au travail et qu’on accuse souvent d’abuser du système. 

La distinction entre aptes et inaptes qu’a fait le gouvernement dans son annonce de dimanche n’est donc pas une surprise. Mais si ça peut sembler facile d’amener les prestataires aptes au travail à se trouver un emploi, ce n’est pas aussi simple dans la vraie vie. C’est peut-être le député Harold Lebel du Parti québécois qui a le mieux illustré ce défi dans sa réaction de lundi. «Quand tu arrives à la pauvreté, quand tu arrives à l’aide sociale, souvent, tu as emprunté à beaucoup de monde, tu es en période de dépression, et ce n’est pas évident d’embarquer dans un parcours [de réintégration]».

Le député Lebel a raison. La personne qui bascule dans la pauvreté et qui doit faire appel à l’aide sociale vit souvent une détresse et une humiliation qui handicapent ses recherches d’emplois et sa capacité de s’en sortir seule. Elle a besoin d’un accompagnement beaucoup plus intense qu’une simple rencontre avec un fonctionnaire chargé de l’évaluer. 

L’autre point soulevé par Harold Lebel touche les disparités régionales. «Le marché du travail n’est pas la même chose en Beauce qu’en Gaspésie, ce n’est pas la même chose en Outaouais que dans le Bas-Saint-Laurent ou en Abitibi».

Bref, la lutte à la pauvreté ne se limite pas aux millions de dollars annoncés dimanche par le gouvernement Couillard. Il y aura beaucoup de travail à faire pour les parlementaires qui étudieront dans quelques mois le projet de loi annoncé par le ministre François Blais. C’est dommage que cela se fasse aussi tard, à l’approche des prochaines élections. Mais cela impose en même temps une plus grande ouverture gouvernementale aux critiques et aux suggestions qui seront formulées à l’endroit de cette politique. Québec solidaire et le Parti québécois ont offert dimanche une première réaction à cette annonce gouvernementale. On aurait aimé connaître l’opinion de la CAQ. Son absence des tribunes sur le sujet sera sans doute utilisée par Philippe Couillard qui accuse François Legault de ne pas s’intéresser à la pauvreté.

LE CARNET SANTÉ

Ainsi donc, les Québécois pourront bientôt avoir accès à leur dossier médical sur un nouveau portail baptisé Carnet santé Québec. J’imagine que c’est une bonne nouvelle, mais j’y mets un bémol : sera-t-on en mesure de protéger la confidentialité de ces dossiers? Parce que si les hackers parviennent à percer les barrières des sites les mieux protégés, imaginez ce qu’ils feront de votre dossier médical s’ils y ont accès. Le premier ministre a promis dimanche que le Carnet santé serait sécurisé. Je veux bien le croire, mais je me garde un petit doute.

Gilbert Lavoie

Campagne de peur contre l'ennemi commun

CHRONIQUE / Si j’avais à parier sur les liens d’amitié potentiels entre les chefs de partis à l’Assemblée nationale, je miserais davantage sur Philippe Couillard et Jean-François Lisée. Parce qu’indépendamment de la campagne électorale à venir et du débat sur la souveraineté, les chefs du PLQ et du PQ sont des intellectuels qui ont probablement plus d’intérêts en commun qu’avec François Legault.

Le chef de la CAQ est un comptable qui se dit pragmatique et qui n’a certainement pas les mêmes lectures que ses deux adversaires. J’irais même jusqu’à dire que malgré les différences d’âge, MM. Couillard et Lisée ont probablement plus d’atomes crochus avec Gabriel Nadeau­-Dubois qu’avec M. Legault.

Mais indépendamment de la chimie entre ces politiciens, c’est la bataille électorale en cours qui définira leurs rapports. Et pour l’une des rares fois dans l’histoire du Québec, libéraux et péquistes ont le même intérêt :  bloquer François Legault. Je dis bien «pour l’une des rares fois», parce que les libéraux et les péquistes ont vécu la même chose aux élections de 2007, quand Mario Dumont a fait une percée et amené l’ADQ aux portes du pouvoir. 

Réélu à la tête d’un gouvernement minoritaire, Jean Charest avait su exploiter le manque d’expérience de l’équipe adéquiste en répétant ad nauseam que Mario Dumont était une «girouette» qui changeait constamment d’avis. 

Sans tomber dans le même sobriquet banni du langage parlementaire, Philippe Couillard utilise la même arme cette année. Dans son bilan de fin d’année, il a réitéré à plusieurs reprises que François Legault change constamment d’idée, selon l’humeur du jour. Pas un mot ou presque contre Jean-François Lisée… On se serait cru dans un univers limité à deux formations politiques. La veille, les deux hommes avaient fait copain-­copain dès le début de la période de questions, Lisée demandant au premier ministre de condamner une déclaration de François Legault sur l’intégration linguistique des immigrants. Une requête à laquelle Philippe Couillard s’est fait un plaisir d’acquiescer…

Ces anecdotes de fin de session annoncent des débats acrimonieux. La meilleure répartie de François Legault vendredi, en réponse à Philippe Couillard, a été la suivante :  «Pourquoi a-t-il volé autant d’idées de la CAQ si ce qu’on propose n’est pas bon?»

L’autre aspect inusité de ce début de campagne est de voir le PQ se lancer dans le même genre de campagne de peur que les fédéralistes utilisaient contre les souverainistes dans le passé. La CAQ est «dangereuse», a répété Jean-François Lisée dans son bilan de fin de session. Il a fait valoir que ce parti n’a jamais gouverné, qu’il fait courir des risques au français, aux programmes sociaux, etc. 

Et quand on lui fait remarquer que François Legault a dirigé deux ministères importants, dont la Santé, sous Bernard Landry, Lisée riposte avec le même argument que Philippe Couillard. Tous deux reprochent au chef de la CAQ d’avoir dilapidé les fonds publics à l’époque, en donnant trop d’argent aux médecins spécialistes.

À moins de changements importants dans les sondages, la campagne électorale se fera donc à deux contre un, et même trois si on tient compte de Québec solidaire. François Legault a donc raison de dire qu’il ne tient pas la victoire pour acquise. Jean­-François Lisée a peut-être un point en disant que c’est la victoire de la CAQ dans Louis-Hébert qui a donné des ailes aux caquistes dans les sondages, rien de plus. Et c’est sans compter les dizaines de millions $ que le gouvernement va dépenser en publicité avant les prochaines élections. La partie n’est pas jouée.

Chroniques

Les deux patates chaudes

CHRONIQUE / Lorsque le premier ministre Justin Trudeau posera les pieds en sol canadien de retour de Chine, il ne pourra échapper à l’urgence de deux dossiers qui menacent la popularité de son gouvernement, Netflix et la Davie.

Le congé de taxes donné à Netflix est le plus lourd à porter. Il mobilise tous les acteurs de la société non seulement au Québec, mais partout au pays. La mobilisation massive, mercredi, d’une centaine de personnalités québécoises contre la politique culturelle de Mélanie Joly et le refus de taxer Netflix, n’est qu’une illustration de la révolte contre cette décision du gouvernement fédéral.

Alors que tout le monde dénonce le recours aux paradis fiscaux par des entreprises ou des biens nantis qui veulent échapper à l’impôt, il est inconcevable que le gouvernement fédéral accorde un tel privilège aux géants d’Internet. 

Ce privilège découle d’un engagement de M. Trudeau pendant la campagne électorale. Mais c’est la ministre Joly qui l’a présenté et défendu jusqu’à Tout le monde en parle, avec une maladresse inégalée. C’est également elle qui défend, avec la même maladresse, la passivité de son gouvernement devant la crise qui menace la presse partout au pays. Sa crédibilité dans les milieux culturels et d’affaires est entachée.

En général, quand un premier ministre se heurte à une telle mobilisation, il remplace le porteur du dossier afin de permettre à son remplaçant de modifier le tir. C’est un classique en politique. La perte de confiance envers Mme Joly forcera inévitablement le premier ministre à lui trouver d’autres responsabilités. La ministre prononcera un discours important ce vendredi à Montréal. Il ne lui appartient pas de corriger l’erreur Netflix avec l’annonce de nouvelles mesures fiscales. C’est le dossier du ministre des Finances. Mais le discours de la ministre, qui a probablement été vérifié et relu au bureau de M. Trudeau, doit démontrer une ouverture. Si Mme Joly va là pour défendre à nouveau l’indéfendable, M. Trudeau devra procéder à un «ajustement» ministériel plus tôt que tard.

Et la Davie...

L’autre patate chaude est le dossier de la Davie. La présence de Philippe Couillard au rassemblement de Lévis, dimanche, a mis beaucoup de pression sur le gouvernement Trudeau. On y répète toujours que la Marine n’a pas besoin d’un deuxième ravitailleur pour le moment, mais on dit travailler sur la conversion de quatre brise-glaces usagés, sur lesquels Davie a une option, et qui pourraient répondre aux besoins urgents de la Garde côtière. C’est la Davie qui a fait cette proposition au gouvernement. Le contrat garantirait du travail à «quelques centaines d’employés» du chantier maritime, pour environ deux ans, afin de faire le pont avec d’autres contrats.

Pressé de toute part, le gouvernement Trudeau aimerait en faire l’annonce avant Noël. C’est d’autant plus important que les Russes viennent eux aussi de prendre une option pour l’achat des mêmes brise-glaces qui intéressent la Davie.

Entre temps, le lobby du chantier maritime de Lévis se déplace la semaine prochaine à Montréal, pendant que les mises à pied des travailleurs se poursuivent. À défaut d’un contrat rapide, le premier ministre Trudeau n’a qu’une autre option :  annoncer clairement, dans ses entrevues de fin d’année, que le Canada a besoin du chantier de la Davie pour répondre aux besoins de sa flotte, et qu’il agira en conséquence. Ça irait à l’encontre des prétentions d’Irving Shipbuilding d’Halifax et de Seaspan à Vancouver qui soutiennent que le pays n’a besoin que de deux grands chantiers maritimes. Mais puisqu’il y en a trois, autant l’admettre et agir en conséquence.

Chronique

Inutile de tirer sur le chef

CHRONIQUE / Jean-François Lisée a peut-être raison de prédire… ou d’espérer… que «la boule de neige» caquiste de François Legault va fondre au printemps. Mais là n’est pas la question. C’est le noyau dur des partisans du PQ qu’il faut regarder. Les partis politiques ont besoin d’une base électorale solide sur qui compter, beau temps mauvais temps. C’est ce qui fait défaut au PQ.

Les libéraux ne sont jamais descendus en bas de 1,313,666 votes depuis 20 ans. C’était en 2007, quand Mario Dumont a failli leur voler le pouvoir. Leur noyau dur demeure le vote anglophone et ethnique, mais ils ont tout de même maintenu des appuis chez les francophones. Leur meilleur résultat électoral est celui de 1998, alors qu’ils avaient obtenu 1,771,858 voix. Le Parti québécois de Lucien Bouchard avait quand même gagné plus de sièges avec 1,744,240 votes, soit 30,000 de moins que les libéraux.

Ce score du Parti québécois a été son meilleur depuis deux décennies. Depuis 1998, les appuis des péquistes ont connu des hauts et des bas à plusieurs reprises, pour obtenir leur plus mauvais résultat en 2014, avec 1,074,120 votes. 

Comment expliquer de telles variations? L’explication se trouve du coté de l’ADQ et de la CAQ. Le parti de Mario Dumont n’avait que 11% des voix en 1998. Mais il a continué de faire des gains dans le vote populaire, laissant un héritage significatif à François Legault qui a pris la relève avec la Coalition Avenir Québec.

Ces chiffres démontrent que quelque soit le leader, le noyau dur des péquistes est moins élevé que celui des libéraux. Le PQ a donc besoin de l’appui des indécis ou des «mous» pour espérer prendre le pouvoir. Or depuis 1998, c’est vers l’ADQ et maintenant la CAQ que ces électeurs se sont tournés.

Au cours de la fin de semaine, les regards accusateurs se sont tournés vers Jean-François Lisée pour expliquer la baisse du PQ à 19% dans les intentions de vote. Le chef a peut-être sa part de blâme, mais ce serait simpliste de lui attribuer toutes les causes de la descente aux enfers du parti. C’est l’option qui est problématique. Elle ne recueille plus suffisamment d’appuis pour être un atout électoral fort. Même Québec solidaire a fait ce constat. QS est indépendantiste, mais ses dirigeants misent d’abord et avant tout sur leurs politiques de gauche pour gagner des votes.

Les péquistes peuvent toujours rêver d’un leadership plus charismatique ou plus jeune sous Alexandre Cloutier par exemple, mais ils se leurrent. Si le désir de changement des Québécois a raison des libéraux aux prochaines élections, c’est le parti le mieux préparé à prendre le relai qui en profitera. Les Québécois ne voudront pas miser sur une formation politique qui hésite encore, après 40 ans tergiversations, sur les moyens à prendre pour mener le Québec vers la souveraineté. Quand on a besoin de changement, on ne veut pas ressasser les vieux débats. 

Quant à Québec solidaire, ce n’est pour faire la souveraineté que les péquistes déçus se tourneront vers Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois. Même chez les militants les plus convaincus, personne n’est dupe. Avec ou sans Option nationale, QS n’a aucune chance de former le gouvernement. Si le parti a des appuis chez les souverainistes, c’est parce qu’il a trouvé un créneau que tout le monde respecte, celui de la justice sociale. C’est une voix importante dans le débat politique. Mais tout le monde sait bien que le rêve solidaire est beau sur papier ou dans les discours, mais qu’il serait lui aussi confronté à la dure réalité budgétaire s’il devait assumer le pouvoir. 

Gilbert Lavoie

Fier en «tabarnouche»!

CHRONIQUE / Philippe Couillard s’est dit «fier en tabarnouche» lorsqu’il est allé encourager les travailleurs de Bombardier le 28 septembre dans leur usine à Mirabel. Fera-t-il de même pour ceux de la Davie? Je pose la question parce qu’il y a un grand rassemblement dimanche pour sauver les emplois du chantier maritime de Lévis.

Le danger qui nous guette dans ce dossier est de voir le Québec accepter la thèse du gouvernement fédéral. Ottawa prétend que la Marine n’a pas besoin d’autres ravitailleurs pour le moment, et qu’il y aura d’autres contrats pour la Davie, notamment pour la Garde côtière.

Si le premier ministre vérifie ce qui se passe dans la capitale fédérale, il constatera que personne ne travaille sérieusement sur ces autres contrats. Ce qui veut dire qu’il faudra attendre des années avant que de tels projets ne rappellent les travailleurs de la Davie sur leur chantier. En d’autres mots, le Québec est en train de se faire «passer un sapin» par les hauts fonctionnaires de la Défense nationale qui privilégient Irving Shipbuilding d’Halifax et Seaspan de Vancouver.

Jeudi, le ministre délégué aux Affaires maritimes, Jean D’amour, a levé le ton pendant la période de questions. Il a interpelé Justin Trudeau et son ministre Jean-Yves Duclos. Mais vu d’Ottawa, un ministre délégué comme M. D’Amour, ça ne pèse pas très lourd. 

Si le gouvernement du Québec veut envoyer un message fort au gouvernement Trudeau, il doit venir de Philippe Couillard en personne. Le premier ministre devrait participer à la grande marche en faveur de la Davie, qui réunira patronat, syndicat et politiciens locaux dimanche à Lévis. Même chose d’ailleurs pour François Legault et Jean-François Lisée. Ils ont délégué des députés à cet événement... Pourquoi ne pas y aller eux-mêmes?

S’il jette un coup d’œil à la carte électorale de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick, le château fort de l’empire Irving, M. Couillard constatera que les libéraux ont gagné tous les sièges aux dernières élections fédérales. Un grand total de 21 députés qui sont sans doute plus sympathiques à la cause du chantier maritime de la compagnie Irving, qu’à celle de Davie. Le Québec a fait élire 41 députés libéraux, mais on ne les entend pas.

L’intérêt de la compagnie Irving, c’est de fermer la Davie.

Lorsque le patron de l’entreprise a débarqué dans les bureaux du député conservateur Pierre Paul-Huss, le printemps dernier, il a lancé quelques idées de remplacement… Il a même suggéré que le gouvernement subventionne la construction de camions sur l’emplacement du chantier de Lévis.

Je comprends l’entreprise Irving de vouloir écarter la Davie du lucratif marché de constructions navales du gouvernement canadien. Boeing a fait la même chose pour tuer le programme CSeries de Bombardier. Mais est-ce une raison pour baisser les bras? Tout comme dans le cas de Bombardier, l’enjeu n’est pas simplement de sauver quelques centaines d’emplois à Lévis. C’est la place du Québec dans la construction navale qui est en cause, tout comme pour Bombardier dans l’aéronautique. 

Le cabinet de Justin Trudeau connaît l’ampleur de la grogne qui a cours au Québec. Mais on voit mal le premier ministre faire comme Stephen Harper et intervenir personnellement. Ce n’est pas son style. Et le ministre de la Défense, Harjit Singh Sajjan, est un député de Vancouver où se trouve Seaspan, l’autre compétiteur de la Davie. 

Si nos leaders politiques du Québec se contentent des belles promesses d’Ottawa, les 800 travailleurs de la Davie qui se retrouvent au chômage juste avant Noël, le seront pendant longtemps. Eux aussi seront «fiers en tabarnouche» si Philippe Couillard participe à leur rassemblement, dimanche.

Chronique

Je ne comprends pas...

CHRONIQUE / Je ne prends plus mon auto pour aller à Montréal pendant la semaine depuis plusieurs années. Parce qu’à moins de faire la route à quatre heures du matin, on se heurte à un ralentissement au pont qui enjambe la rivière Richelieu à la hauteur de Saint-Marc. Passé la sortie pour Sainte-Julie, ça ne va plus du tout.

Ce qui prenait autrefois deux heures et 15 minutes pour relier la capitale nationale à la métropole prend maintenant un bon trois heures quand on est chanceux. Et c’est sans parler du trafic sur l’île et des problèmes de stationnement. Ce n’est pas plus facile en provenance d’Ottawa.

Voilà pourquoi le train est devenu la meilleure alternative. Le confort des autobus laisse à désirer, et les véhicules utilisent les mêmes routes congestionnées que les automobiles. Quant à l’avion, on n’y pense même pas s’il s’agit de sauver du temps ou de l’argent. Parce qu’au départ comme à l’arrivée à l’aéroport, il faut prendre le taxi pour aller en ville, sans compter une longue attente pour prendre son vol.

Les déplacements sont plus faciles et agréables en train, même s’ils sont lents. On peut y travailler tout à son aise, et on nous amène d’un centre-ville à l’autre. Si Via Rail offrait une nouvelle liaison Québec-Montréal ou Montréal-Ottawa en moins de deux heures, sans arrêt pour laisser passer les trains de marchandises, il y aurait affluence! Il suffit de prendre le train actuellement entre Québec et Montréal, pour s’en convaincre: malgré une liaison très imparfaite, la clientèle a atteint près de 400 000 voyageurs en 2016.

Or c’est justement ce service amélioré dont le président de Via Rail, Yves Desjardins-Siciliano, fait la promotion depuis maintenant trois ans. Un modèle d’affaires entre Québec, Montréal, Ottawa et Toronto, ainsi qu’un projet de remplacement des wagons ont été soumis au gouvernement fédéral en décembre 2016. Les études sont en cours au ministère des Transports. Voilà pourquoi je ne comprends pas que le premier ministre Philippe Couillard ait semblé écarter cette option en fin de semaine, en demandant aux Québécois de lui proposer «un projet de liaison rapide entre Montréal et Québec, aussi emballant que le REM. […] Une liaison moderne, durable, futuriste».

Je veux bien rêver, mais ce «défi d’élaborer» et de réaliser un tel projet prendrait une décennie et comporterait des coûts et des risques énormes. Alors que la proposition de Via Rail pourrait se faire beaucoup plus rapidement et à des coûts moindres, assumés par le gouvernement fédéral. 

À moins que le défi lancé par M. Couillard ne soit qu’un simple mirage électoral, il me semble qu’il serait beaucoup plus productif de faire des pressions, en collaboration avec le gouvernement de l’Ontario, pour que le gouvernement Trudeau donne le feu vert au projet d’un train à grande fréquence (TGF).

On sait déjà qu’il y a des obstacles à un tel projet, notamment à l’arrivée au centre-ville de Montréal. Mais avant de se lancer dans des projets «futuristes» comme le monorail, il serait sage de tirer des conclusions éclairées sur le TGF.

Mercredi, le ministre des Transports, André Fortin, a semblé mettre un petit bémol sur les propos de Philippe Couillard. Il a dit que si le fédéral veut investir dans le projet de Via Rail, «tant mieux». Il ne pouvait quand même pas contredire le scénario futuriste de son chef, mais quand même! Au lieu de parler de monorail ou d’Hyperloop, le gouvernement Couillard devrait d’abord attendre de voir ce qui va se faire dans le triangle Toronto-Ottawa-Montréal, qui servira de modèle jusqu’à Québec et Windsor par la suite. Une bonne dose de réalisme serait utile dans ce dossier, même en période électorale…

Chronique

Le lobby personnel de James K. Irving

CHRONIQUE / Au moment même où le Comité de la défense nationale étudiait les besoins de la Marine canadienne, au printemps 2017, le patriarche de la compagnie Irving, James K. Irving, a débarqué dans le bureau du député conservateur Pierre Paul-Hus, pour le convaincre de laisser tomber le chantier de la Davie.

«Il m’a dit qu’on devrait plutôt construire des condos sur l’emplacement de la Davie», raconte le député, qui siégeait à l’époque sur le Comité de la défense nationale de la Chambre des communes.

C’est ce même comité qui a publié un rapport de 112 pages en juin dernier, recommandant que le gouvernement du Canada «envisage des chantiers navals additionnels» au pays, pour répondre aux besoins de sa Stratégie nationale en matière de construction navale. Cette recommandation allait dans le sens d’une utilisation accrue du chantier maritime de la Davie, une recommandation à laquelle s’opposaient les chantiers de Vancouver et d’Halifax.

Le rapport du Comité de la défense nationale confirme d’ailleurs ce lobby : «Les représentants d’Irving Shipbuilding et de Seaspan ont affirmé qu’il n’y a pas suffisamment de travail de construction navale pour la Marine et la Garde côtière afin d’alimenter plus de deux chantiers». Pourtant, les besoins de la Marine en ravitailleurs avaient été également constatés par le Comité du Sénat sur la Défense, deux mois plus tôt : «Il est urgent que le Canada dispose de quatre pétroliers ravitailleurs d’escadre, deux sur chaque côte, pour assurer le ravitaillement en carburant et en matériel des navires de guerre» avaient conclu les sénateurs.

Le gouvernement Trudeau a toutefois décidé de ne pas combler les besoins de la Marine en ravitailleurs, tant que le renouvellement de la flotte de navire de guerre ne serait pas plus avancé. Ce qui prendra plusieurs années. En attendant, le fédéral a jugé qu’il serait moins coûteux de louer au besoin des ravitailleurs de l’Espagne et du Chili.

Lundi, des représentants du fédéral ont communiqué avec le gouvernement Couillard pour expliquer qu’il n’est pas question de donner le feu vert à l’Obelix, le deuxième projet de ravitailleur du chantier de Lévis. L’entourage de Justin Trudeau a également communiqué avec Le Soleil pour faire valoir que des décisions pourraient venir assez rapidement sur la restauration de deux ou trois traversiers, et la construction des nouveaux navires de La Garde côtière. Le 16 novembre, le conseiller principal de Justin Trudeau pour le Québec, Mathieu Bouchard, a participé à une rencontre avec les patrons et les représentants syndicaux de la Davie. Jacques Létourneau, le président de la CSN, était à la rencontre. Comme les autres chantiers maritimes sont surchargés, on a fait valoir que la Davie sera en bonne position pour décrocher des contrats. Mais il faudra attendre longtemps avant que ces décisions ne se transposent en heures de travail sur le chantier de la Davie.

La controverse autour de ces ravitailleurs a été la scène d’un énorme jeu de lobby. On me confirme, à Ottawa, que les fonctionnaires fédéraux impliqués dans ce dossier «n’aiment pas» la Davie. L’arrivée de Marcel Aubut parmi les lobbyistes de l’entreprise n’a pas aidé, m’a-t-on confié…

Mais plus encore, c’est la mauvaise réputation passée de la Davie qui a nui. Comme par hasard, le Globe and Mail de Toronto a publié une enquête sur le chantier de Lévis, pendant que le Comité de la défense préparait son rapport. On reconnaît, dans les officines fédérales, que ce genre d’enquête journalistique a pu avoir été alimentée par le lobby des chantiers de Vancouver et Halifax. Un peu comme dans le dossier de Bombardier ou du projet Énergie Est, la presse torontoise est souvent critique lorsque le Québec devient un concurrent ou un obstacle aux intérêts économiques des autres provinces.

Quoi qu’il en soit, le dossier de la Davie est à ce point politiquement chargé que le gouvernement fédéral ne peut pas l’ignorer. On m’assure qu’on presse le pas. Mais ce ne sera jamais assez rapide pour éviter la mise à pied des travailleurs annoncée la semaine dernière.

Chronique

Le nouveau Québec du Couillard nouveau

CHRONIQUE / Autrefois, c’est du territoire actuel du Nunavik qu’on parlait lorsqu’on mentionnait le Nouveau-Québec. D’ici les élections d’octobre 2018, c’est du programme politique du Parti libéral dont il sera question sous cette appellation. Convaincus que les gouvernements sont rarement réélus sur leurs bilans, les libéraux nous ont présenté leur vision du Québec de demain, le «nouveau Québec».

Un Québec qui fait rêver, où les familles ont plus de temps pour profiter de la vie, où les aînés sont mieux traités, où l’Éducation et la Santé répondent mieux à tous nos besoins. Et en prime, un nouveau Québec où la capitale et la métropole seraient reliées par un lien de transport rapide conçu chez nous et respectueux de notre environnement.

Trop beau pour être vrai? Probablement. Mais nous sommes en campagne électorale. Et cette fois, les libéraux n’auront plus la souveraineté dans leur mire pour gagner des votes. C’est François Legault et la menace caquiste dans les circonscriptions du 450 dans la couronne de l’agglomération montréalaise qui les inquiète. L’accent mis par Philippe Couillard sur les familles dans son discours de dimanche est une réponse directe aux propositions de la CAQ.

La présence de Jean Charest aux célébrations du 150e anniversaire du parti, samedi, a attiré l’attention des médias. L’affaire aurait pu mal tourner. Mais l’accueil chaleureux des militants et l’organisation bien rodée du congrès en ont fait un succès. À moins d’un an des élections, les libéraux avaient besoin de motiver leurs militants et de les rassurer. Si on se fie à l’atmosphère dans la salle, ils ont réussi. Le Philippe Couillard nouveau et plus agressif qu’on leur a présenté semble les avoir convaincus. Son discours de dimanche a plu.

On en a mis un peu trop en évoquant le désir de créer un nouveau lien rapide entre Québec et Montréal. Un lien qui ne serait pas un train, qui serait inventé par nos meilleurs cerveaux, mais que les apparatchiks du parti avaient bien de la difficulté à décrire. On sait que Via Rail propose depuis deux ans de lancer un TGF (train à haute fréquence) entre Québec, Montréal, Ottawa et Toronto. Mais il faudrait une nouvelle voie ferrée réservée aux voyageurs et interdite aux trains de marchandises. C’est le gouvernement fédéral qui doit statuer sur le sujet et ça pourrait prendre du temps… Quelle avenue nouvelle pourrait être élaborée et réalisée par le gouvernement du Québec? Philippe Couillard a laissé la réponse à l’imagination des Québécois.

En campagne électorale, tout devient possible. Autant s’y faire, l’avenir sera beaucoup plus rose au cours des prochains mois. On a beau ne pas aimer ça, mais c’est dans la nature de la bête. Pour se faire élire en démocratie, il faut amener les gens à espérer, et même à rêver. Pour y parvenir, il faut d’abord convaincre les militants pour les envoyer au combat. C’est ce qu’a fait Philippe Couillard en fin de semaine.

Chronique

C'est la fête aux libéraux

CHRONIQUE / Les libéraux ont pavoisé en annonçant des baisses d’impôts et des chèques de 100 $ par enfant d’âge scolaire. Mais le passé les a vite rattrapés. La dernière chose dont ils avaient besoin à la veille de leur congrès à Québec, c’était la publication du rapport de la vérificatrice générale sur le scandale de la vente des immeubles de la Société immobilière du Québec (SIQ) à des collecteurs de fonds du Parti libéral sous le gouvernement Charest.

«C’est clair que ce n’est pas une bonne journée pour nous», a admis jeudi le président du Conseil du trésor, Pierre Arcand, en annonçant les mesures prises pour éviter de tels scandales à l’avenir. Il ne pouvait mieux dire.

On ne compte plus les situations où les libéraux croyaient avoir effacé l’ardoise de l’héritage Charest, pour se retrouver le lendemain devant de nouvelles révélations relançant la controverse. Même si le scandale de la SIQ était connu depuis longtemps, le rapport de la vérificatrice Guylaine Leclerc est venu gratter le bobo. 

Mme Leclerc a été d’une prudence extrême en précisant qu’il n’était pas dans son mandat de déterminer s’il y avait eu des intentions criminelles dans ce dossier. Il est clair, à la lecture de son rapport et à l’écoute de ses propos, qu’il y a eu des fautes graves et beaucoup plus encore, dans cette affaire. Il appartiendra à la police de fouiller cet aspect de la chose, a-t-elle précisé. Son bureau collabore avec l’enquête de l’UPAC, ce qui en dit long sur ce qu’on a trouvé, mais qu’on n’a pas pu révéler pour le moment.

Malheureux hasard pour les libéraux, le 150e anniversaire de leur parti commandait d’inviter les anciens chefs à leurs célébrations de samedi soir. L’organisation du congrès voudra sans doute encadrer la présence de M. Charest, mais l’ancien premier ministre ne voudra certainement pas se cacher des médias comme s’il était un criminel. Bref, il y aura encore des relents de la commission Charbonneau et du copinage libéral dans l’air du temps au congrès du PLQ. Encore chanceux que Monique Jérôme-Forget passe ses hivers au Mexique… C’est elle qui avait la responsabilité de la SIQ sous Jean Charest.

L’équipe libérale cachait mal sa nervosité à l’approche de ce congrès, appréhendant un mauvais sondage ou une autre trouvaille des bureaux d’enquête de Québecor, à qui Philippe Couillard et ses ministres imputent un agenda malicieux et revanchard de Pierre-Karl Péladeau. 

Du côté de l’opposition officielle, ce sera le calme plat. À moins d’avis contraire, Jean­-­François Lisée conservera le silence pendant que Philippe Couillard et François Legault se feront la guerre à partir de leurs congrès respectifs et simultanés à Québec et à Sherbrooke. Les péquistes estiment qu’il vaut mieux afficher leur différence et laisser aux libéraux et aux caquistes le soin de démontrer qu’ils se querellent autour des mêmes programmes politiques. 

Cette stratégie de la chaise vide est un pari risqué. Le PQ attire beaucoup moins l’attention des médias et de la population depuis que les sondages placent François Legault en première position.

En fait, la dynamique actuelle montre un positionnement jamais vu en politique québécoise :  pendant que les libéraux font campagne contre la deuxième opposition dirigée par François Legault, l’opposition officielle péquiste doit se défendre sur sa gauche contre Québec Solidaire. Mince consolation pour Jean-François Lisée, Philippe Couillard a lui aussi les intérêts du PQ à cœur. Conscients qu’ils ont besoin d’un PQ suffisamment fort pour diviser le vote et stopper la CAQ, les libéraux seront moins agressifs à l’endroit de Jean-­François Lisée. On aura tout vu.