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Trente fois merci

CHRONIQUE / Nous avions l’habitude de terminer nos textes par un - 30 - lorsque je suis devenu journaliste, en 1971. Peu importe l’origine de cette pratique, le moment est venu de signer mon - 30 - et de vous remercier, amis lecteurs et lectrices, qui m’avez suivi, encouragé ou critiqué pendant toutes ces années.

C’est votre lecture d’un journal quotidien qui m’a permis d’écrire et de laisser une petite empreinte personnelle dans notre histoire collective. Vos nombreux courriels ont nourri ma réflexion et m’ont souvent fait chaud au cœur, même lorsqu’ils se limitaient à un simple «merci».

J’ai encore en souvenir ces 49 messages en réaction à ma chronique du 7 septembre, intitulée : «Changements climatiques, pourrait-on se parler au lieu de débattre?» J’aurais aimé pouvoir vous publier intégralement tellement c’était réconfortant de voir un tel souci pour l’environnement. 

Ce jour-là, j’étais vraiment fier de vous. J’ai transcrit vos noms à la main, sur une feuille, et je les ai montrés à François Legault lorsque je l’ai rencontré en entrevue, espérant le convaincre de l’importance de cet enjeu planétaire. 

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Ça fait toujours un pincement au cœur de quitter un travail qu’on adore et des collègues appréciés dont plusieurs sont devenus des amis. Je leur serai toujours reconnaissant de m’avoir «enduré» comme rédacteur en chef pendant sept ans et de m’avoir si bien accueilli ensuite dans leur unité syndicale. Merci à tous les employés du Soleil qui contribuent à ce véritable miracle quotidien que sont la préparation, la production, la vente et la livraison d’un journal.

Merci de m’avoir confié ce privilège inouï de signer une chronique politique trois fois la semaine, avec pleine liberté d’opinion et parfois même d’émotion. Merci aussi aux quotidiens de Groupe Capitales Médias, Le Droit, Le Quotidien, Le Nouvelliste, La Tribune et La Voix de l’Est, qui m’ont ouvert leurs pages.

La politique m’a toujours passionné. Quand j’étais adolescent sur la ferme de mon père, à Rimouski, on en débattait régulièrement en faisant «le train», surtout après l’éditorial du regretté Sandy Burgess sur les ondes de CJBR. Devenu journaliste, j’appelais mon père à chaque campagne électorale pour avoir son opinion. Roland ne se trompait pas souvent… Libéral sous Jean Lesage, péquiste sous René Lévesque, conservateur sous Mulroney, il a toujours été dans les grands courants de pensée de son peuple. Notre seul différend portait sur la dette du gouvernement. «Comment va-t-on faire pour rembourser ça» disait-il? Je croyais qu’il avait tort. Les faits lui ont donné raison.

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Je pars pour goûter à autre chose, mais pas tout de suite. Je vous reviens samedi pour parler de journalisme et de politique, parce qu’on n’a pas le droit de laisser les forces du marché tuer à petit feu une profession aussi essentielle pour la survie de nos institutions et de nos libertés collectives. Et on n’a pas le droit d’accepter passivement ce glissement vers la droite populiste auquel les Donald Trump de ce monde tentent de nous habituer.

Et puis comme j’aime les voyages, je vous prépare le récit de mes deux dernières escapades : les Îles Galapagos et l’Argentine.

Je termine quand même par un «trente» parce que c’est une belle tradition, mais il y aura un ou deux 31 au cours des prochaines semaines.

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La chance au coureur

CHRONIQUE / En politique comme dans la vie, il faut savoir trouver les côtés positifs d’un changement important, qu’il soit désiré ou non. Voilà pourquoi il faut donner la chance au coureur à François Legault et à son équipe, parce que c’est à eux que l’électorat a confié la responsabilité de gouverner. Et si on y pense bien, il est heureux que ces élections ne se soient pas terminées sur une situation aussi incertaine que celle du Nouveau-Brunswick.

La majorité accordée à la Coalition avenir Québec (CAQ) ne laisse planer aucun doute sur la légitimité du prochain gouvernement. Que l’on soit ou non d’accord avec son programme, il a obtenu le droit et le privilège de nous en démontrer les mérites.

Dans le contexte incertain de l’économie mondiale et des politiques de Donald Trump, l’élection d’un gouvernement majoritaire au Québec envoie un signal de stabilité qui sera apprécié par les marchés et les principaux acteurs de l’économie. Ce n’est pas négligeable. 

Ça, c’est le bon côté des choses. De l’autre côté, il faut reconnaître que François Legault a pris des engagements qui se heurteront au dur test de la réalité. L’économie, l’éducation et la santé, ses trois grandes priorités énoncées en conférence de presse, mardi midi, ne se prêtent pas à des résultats facilement vérifiables. Le premier ministre désigné a déclaré qu’il «veut des résultats rapides» avec les médecins de famille pour améliorer l’accès des Québécois aux soins de santé. Même chose pour les pensionnaires des CHLSD. Il me semble que s’il était possible d’améliorer les choses aussi rapidement, les libéraux l’auraient fait depuis longtemps.

En anglais, M. Legault a déclaré qu’il veut «un Québec plus fort au sein du Canada». Ça aussi, ce n’est pas évident. Dans le domaine de l’immigration, il promet «des gestes pour montrer un Québec inclusif». C’est facile à dire, mais de quels gestes parle-t-on ici? 

Le chef de la CAQ n’a pas été plus précis lorsqu’on lui a demandé ce qu’il ferait en matière environnementale. Il a fait valoir qu’il a deux fils, et qu’il est «important de leur laisser une planète durable». Oui, mais encore? Sur ce point en particulier, François Legault sera jugé très rapidement sur l’importance qu’il accordera au ministère du Développement durable dans le choix de ses ministres. Manon Massé lui a annoncé lundi soir, dans son discours de victoire, qu’elle le talonnerait sans pitié sur l’environnement. Le premier ministre élu a tout intérêt à y désigner une personnalité forte et influente au sein de son conseil des ministres. Agir autrement équivaudrait à ignorer que si les Québécois et particulièrement les jeunes ont donné un appui aussi spectaculaire à Québec solidaire, c’est parce qu’ils réclament une volonté politique bien réelle sur l’enjeu des changements climatiques.

On dit souvent que les gouvernements ne sont pas élus, mais qu’ils sont défaits. Mardi midi, M. Legault a remercié l’électorat, et il a qualifié «d’historique» le fait que les Québécois n’aient pas opté pour le Parti libéral du Québec ou le Parti québécois lundi. C’est vrai qu’il y a un côté historique dans les résultats de ces élections, et c’est vrai qu’il y a eu une vague favorable à la victoire de la CAQ. Mais attention! Le résultat de ces élections révèle bien davantage un désir de changement après le long régime libéral, qu’un appui enthousiaste aux politiques de la CAQ. La lune de miel avec M. Legault, s’il y en a une, commandera beaucoup d’intelligence et de flair politique dans la formation du cabinet et les premières initiatives de ce gouvernement. Ce sera difficile avec autant d’élus qui n’ont aucune expérience politique. François Legault a droit à la chance au coureur, mais il devra la mériter.

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Les deux mains sur le volant

CHRONIQUE / François Legault a gagné son pari. Il a évité la situation vécue par Jean Charest qui s’est retrouvé minoritaire en 2007, et qui a dû retourner devant le peuple en 2008 pour avoir les deux mains sur le volant.

C’est une prouesse remarquable pour M. Legault qui devient premier ministre du Québec après seulement sept ans à la tête de la Coalition avenir Québec qu’il a fondée en 2011. Le chef de la CAQ a vécu des moments difficiles, mais il n’a jamais abdiqué. Finalement, c’est sa résilience qui lui a permis de surmonter les obstacles et d’attendre le vent de changement qui l’a porté au pouvoir.

Avec de tels résultats, M. Legault aura les coudées franches. Mais il n’aura aucun prétexte pour reporter ou oublier ses promesses électorales, d’autant plus que les libéraux lui ont laissé une situation budgétaire enviable.

Le nouveau premier ministre aura les deux mains sur le volant, mais sa gouverne ne sera pas reposante avec la montée spectaculaire de Québec solidaire. Comme l’a déclaré Catherine Dorion, la gagnante de QS dans Tachereau, «après une telle victoire, on va y prendre goût». L’arrivée de cette nouvelle cohorte de députés solidaires à l’Assemblée nationale annonce une gauche beaucoup plus militante, notamment sur les questions environnementales. Ce n’est là qu’un exemple, et il y en aura d’autres. Je vous parie que M. Legault sera beaucoup moins pressé d’aller de l’avant avec la réforme promise du mode de scrutin. 

L’ampleur de la victoire de la CAQ est aussi grande que celle de la déconfiture du Parti québécois. C’est un résultat catastrophique pour Jean-François Lisée, si on considère qu’André Boisclair avait conservé 36 députés lorsque le PQ a été relégué sur les banquettes du deuxième parti d’opposition en 2007. 

Ces résultats constituent un avertissement sévère pour les souverainistes après les malheurs du Bloc québécois à Ottawa. Est-ce à cause du report de l’échéance référendaire ? Serait-ce plutôt le résultat du vieillissement de l’option ? Peu importe. L’absence du vieux débat entre souverainistes et fédéralistes, a privé le PLQ de ses arguments habituels, et il a libéré de nombreux militants du PQ qui sont passés à la Coalition avenir Québec et à Québec solidaire.

À partir du moment où le désir de changement de l’électorat l’a emporté sur tout le reste, c’est la CAQ qui offrait la meilleure garantie à une bonne partie des électeurs. Les autres se sont tournés vers Manon Massé et Québec solidaire pour réclamer une nouvelle vision de l’avenir. 

Et que dire des libéraux après de tels résultats ? La défaite est cuisante, mais le parti conserve sa base électorale la plus fidèle, ce qui lui permettra de profiter de sa période au purgatoire pour se rebâtir, probablement sous un nouveau leadership. Parce que si on se fie aux propos de M. Couillard en soirée, il ne terminera pas son mandat. Comme le gouvernement caquiste sera majoritaire, les libéraux ne seront pas pressés par le temps et une échéance électorale plus courte que l’habituel mandat de quatre ans. M. Couillard pourrait prendre temps nécessaire pour préparer la députation libérale à ses nouvelles responsabilités, mais ses propos d’hier soir laissent présager d’un départ plus tôt que tard. Les libéraux pourraient se tourner vers un leadership intérimaire dans l’attente de la course à la direction. La défaite de Pierre Moreau les privera d’un candidat potentiel dans le choix du prochain chef. Tous les yeux se tourneront rapidement vers Sébastien Proulx et peut-être Dominique Anglade.

Un gouvernement de changement, deux courses à la direction, et Québec solidaire… La politique québécoise sera toujours aussi passionnante.

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Une campagne sans rêve, à l’image du Québec

CHRONIQUE / Vous avez été nombreux, depuis le début de la campagne électorale, à faire valoir que les engagements des partis politiques ne faisaient pas rêver, qu’ils avaient été marqués par le clientélisme. Une multitude de promesses visant à séduire les jeunes, les familles, les aînés, les gens d’affaires, les immigrants et j’en passe.

En entrevue, jeudi, Manon Massé a rappelé l’époque de la Révolution tranquille et de l’émergence du mouvement souverainiste, lorsque les Québécois voyaient grand. Ce qu’elle a oublié de mentionner, c’est que la société des années 60 et 70 était jeune. C’était l’ère des baby-boomers. Une génération dans la vingtaine et la jeune trentaine qui montait au front pour occuper les leviers du pouvoir, du savoir, de l’économie. C’était le temps des grands investissements publics. La dette n’était pas encore un obstacle. 

Le Québec d’aujourd’hui est beaucoup plus âgé. Il désire du changement, mais pas trop. Il recherche davantage la protection que le rêve. Nous avons eu peur des immigrants parce qu’ils venaient «voler nos jobs», et ensuite parce qu’ils ne partageaient pas notre langue, notre culture et notre religion. Aujourd’hui nous désirons les accueillir parce que nous avons peur de manquer de main-d’œuvre dans nos entreprises et nos CHSLD. Nous sommes soudainement devenus les champions de l’environnement, mais uniquement parce que nous avons peur des changements climatiques. Et encore…

Ce ne sont là que deux exemples, mais ils illustrent une société différente où tout le monde cherche à conserver ses acquis et à se protéger.

Est-ce à dire que le rêve est impossible aujourd’hui? Je ne crois pas. Mais les partis à l’Assemblée nationale, incluant Québec solidaire, se sont éparpillés dans une multitude de promesses au lieu de concentrer leurs efforts et leurs messages sur de grands objectifs qui auraient pu nous emballer.

Je crois sincèrement que Philippe Couillard aurait gagné à miser davantage sur l’environnement au lieu de s’engager à nous «faciliter la vie» maintenant que l’équilibre budgétaire a été atteint grâce à son gouvernement. Ce que j’ai retenu de la Conférence de Paris sur les changements climatiques, c’est que ce défi mondial ouvre la porte à de nouvelles façons de faire, à une nouvelle économie. Les enjeux environnementaux ne se limitent pas aux gaz à effet de serre. Il me semble qu’une véritable réflexion et une recherche poussée sur cette nouvelle ère auraient permis de dégager un projet global motivateur.

Je pense que François Legault aurait gagné en travaillant plus fort sur l’éducation, un projet qui lui tient à cœur depuis son passage à ce ministère en 1998. Ce n’est pas uniquement en martelant les bienfaits de la maternelle à quatre ans qu’on va faire rêver les Québécois.

Jean-François Lisée a abandonné le rêve souverainiste sous prétexte que le projet l’empêcherait de prendre le pouvoir. Il a agi comme s’il était la seule solution de rechange au gouvernement, alors qu’il ne l’était plus. Ce faisant, il a donné une partie de sa clientèle naturelle à Québec solidaire.

Manon Massé et Gabriel Nadeau-­Dubois aussi se sont égarés. Au lieu d’appuyer leur rêve sur quelques grands idéaux, ils ont agi comme s’ils avaient une chance réelle de prendre le pouvoir. Tout comme les vieux partis, ils se sont éparpillés sur une foule de promesses, dont plusieurs étaient totalement farfelues ou irréalistes.

Bref, cette campagne électorale fut une campagne sans rêve, à l’image d’un Québec plus vieux et de trois leaders sur quatre dans la soixantaine. Avec comme résultat qu’à deux jours du vote, les Québécois semblent incapables de se brancher sur un de ces leaders pour lui accorder un gouvernement majoritaire. 

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Manon Massé : la voix rassurante de la révolution solidaire

ENTREVUE / Manon Massé est à Québec solidaire ce que Léo Bureau-Blouin était aux carrés rouges pendant le printemps érable. Posée, rassurante, toujours calme, la co-porte-parole de QS offre une personnalité toute à l’encontre de la véritable révolution que son parti provoquerait au Québec s’il était porté au pouvoir. Comme elle n’a aucune chance de devenir première ministre du Québec cette année, elle n’est pas menaçante et son message passe bien, au point d’inquiéter le Parti québécois. Elle a été la surprise de cette campagne électorale.

J’ai rencontré Mme Massé au lendemain de l’attaque frontale lancée à son endroit par Gilles Duceppe, qui lui a reproché notamment la qualité de son français. «Ce qu’il dit, au fond, c’est que vous autres, le peuple, qui ne parlez pas la langue de l’école privée, du français international, vous n’avez pas votre place ici. Pour moi, c’est ça qui est le plus choquant», rétorque la co-porte-parole de Québec solidaire. «On arrive d’une banque alimentaire et un monsieur m’a dit : “Manon, je me suis senti insulté.”»

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Entrevue avec Couillard: oui au populisme, pas celui de Legault

CHRONIQUE / J’ai rencontré Philippe Couillard après son point de presse à l’Université Laval. L’affaire Guy Ouellette avait volé la vedette, au détriment de son annonce politique de la journée. Son bureau avait logé un appel chez Ouellette pour réclamer des explications, mais en vain. À cinq jours des élections où il doit faire le plein de toutes ses circonscriptions, le chef libéral a été bien obligé de dire que Ouellette avait encore sa confiance, même si son entourage cachait mal sa colère contre le député.

Comment passer son message avec de telles distractions? «Il faut rester concentré et le répéter à chaque fois qu’on a la chance» m’a répondu M. Couillard. «À chaque jour, j’ai fait des points de presse dont certains ont duré une heure et quart. Je n’ai pas vu M. Legault faire ça souvent».

Au cours des dernières semaines, le premier ministre répète qu’il demande «un deuxième mandat». Ses adversaires insistent sur les 15 années du régime libéral. «Je pourrais bien dire que M. Legault est en politique depuis plus longtemps que moi, il est arrivé en 98, rétorque M. Couillard. Alors pour moi, c’est un deuxième mandat comme premier ministre».

Il ne voit pas une montée du «populisme» dans la défaite des libéraux en Ontario et leurs difficultés au Nouveau-Brunswick. «Le populisme, si c’est parler au peuple, s’occuper du peuple, on fait tous ça. Pour moi, la mauvaise forme de populisme, c’est dire n’importe quoi aux gens. On prend un enjeu comme celui des Premières nations pour dire : c’est très simple, je vais faire la paix des braves. Ça sonne bien, mais dès que tu grattes un peu la surface, y a rien là-dedans. Ça c’est le populisme.»

Il signale que la montée du discours populiste dans le monde est tout aussi associée à la droite qu’à la gauche. «Dans un cas c’est pour répondre à un sentiment d’aliénation, et dans l’autre c’est sur le mauvais partage des bénéfices». Il refuse donc de faire porter une étiquette de droite à François Legault. Il répond que sur les questions budgétaires, les trois principaux chefs «sont pas mal tous dans le même univers», alors que dans l’immigration, ce n’est pas le cas.

Il explique la montée de Québec solidaire par l’aspect «sympathique» de sa porte-parole. «J’ai trouvé Mme Massé très courageuse au débat en anglais. Elle a très bien fait ça. Elle défend ses points de vue. Maintenant est-ce qu’ils sont réalistes? Non».

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Ça brasse au pays de la Sagouine

CHRONIQUE / Surprise, le Nouveau-Brunswick s’invite dans la campagne électorale québécoise. Les Néo-Brunswickois ont donné plus de votes aux libéraux, mais un siège de plus aux conservateurs. Est-ce que ça pourrait se produire au Québec? C’est peu probable, mais ça doit faire rêver nos libéraux.

Imaginez une telle situation chez nous le 1er octobre au soir… Philippe Couillard pourrait-il tenter de gouverner avec l’appui de Québec solidaire, ou même du Parti québécois (PQ)? Parce que Jean-François Lisée a semblé écarter toute entente possible avec François Legault mardi matin : «L’austérité caquiste qui s’en vient, on ne va pas s’associer à ça», a-t-il déclaré, en tenant la même ligne pour plusieurs autres engagements de la Coalition avenir Québec (CAQ).

Nous n’en sommes pas là, mais tout de même. En 1998, Lucien Bouchard avait gagné les élections alors que Jean Charest avait obtenu un plus fort pourcentage des voix. Sauf que l’écart entre les comtés péquistes et libéraux était très élevé (28), et que la supériorité des voix du Parti libéral du Québec (PLQ) n’était que de 27 618. Il aurait été impossible pour Jean Charest, de former un gouvernement avec l’aide d’un tiers parti, parce que l’Action démocratique du Québec de Mario Dumont n’avait gagné qu’une seule circonscription, celle du chef.

C’est différent cette année :  les libéraux et les caquistes sont au coude à coude dans les intentions de vote, mais la CAQ pourrait obtenir plus de sièges que le PLQ dont les votes sont trop concentrés dans la région montréalaise. S’il fallait que l’écart des voix et des circonscriptions entre les deux partis soit très serré, l’appui des deux autres partis prendrait une grande importance. 

Vous allez me dire que c’est de la politique-fiction? À cette étape-ci, vous avez raison parce que la situation peut encore bouger. Mais lundi soir? On verra, comme dirait François Legault…

De choses et d’autres

C’est compliqué les élections, cette année. C’était tellement plus facile dans le passé : vous étiez fédéraliste, vous votiez libéral. Vous étiez souverainiste, vous votiez pour le PQ. Pas besoin de se fendre en quatre pour comparer les programmes des partis politiques, votre décision ne tenait qu’à un oui ou un non en cas de référendum sur l’avenir du Québec. Tandis que cette année, ça commande un vrai cours de politique 101 et d’économie 202 pour comprendre les promesses des partis.

Mardi, l’humoriste Guy Nantel présentait les résultats d’un vox-pop effectué chez les militants des quatre formations politiques, pour vérifier leurs connaissances. Sans grande surprise, il a trouvé beaucoup de gens qui ne sont même pas capables d’identifier les chefs. C’était vraiment plus facile autrefois…

Autre sujet : les états financiers des chefs. J’ai trouvé que Philippe Couillard n’est pas riche pour un médecin spécialiste. Son compte en banque serait plus cossu s’il n’était pas venu en politique et s’il avait profité des politiques de Gaétan Barrette. 

François Legault est multimillionnaire. Dans son cas aussi, on se demande quelle mouche l’a piqué pour se lancer dans une vocation aussi ingrate que celle de la politique.

Jean-François Lisée est plus riche qu’on ne le croyait : 2 millions $, ce n’est pas rien. S’il a fait ça avec ses livres, ses piges, ses conférences et son côté économe, je l’appelle tout de suite pour avoir sa recette.

Manon Massé n’a qu’un petit REER et un mini compte d’épargne libre d’impôt (CELI). Pas surprenant que Québec solidaire veuille mettre la main sur les CELI des Québécois pour combattre les changements climatiques. La co-porte-parole n’a rien à perdre.

En passant, pourquoi Gabriel Nadeau-Dubois ne s’est-il pas prêté au même exercice? Après tout, lui aussi est co-porte-parole.

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Moi, je vote pour Mme Leclerc!

CHRONIQUE / Depuis le temps que les politiciens se plaignent du gouvernement par les juges, voilà qu’ils se tournent vers la vérificatrice générale (VG) du Québec, Guylaine Leclerc, pour décider à leur place. En fin de semaine, François Legault a déclaré qu’une fois élu, il lui demanderait de scruter les compétences des sous-ministres pour se débarrasser des incompétents.

Au Parti québécois, Jean-François Lisée a déjà dit qu’il confierait à Mme Leclerc la tâche de faire des recommandations sur le nombre d’immigrants à accueillir «en fonction de nos besoins d’emploi et de notre capacité d’intégration».

Coudonc! Tant qu’à faire, pourquoi ne pas demander à Mme Leclerc de se présenter dans une circonscription? La vérificatrice a déjà dit que l’idée de M. Legault n’était pas dans son mandat. «Ben, on va changer la loi», a dit M. Legault en fin de semaine. Franchement, ça ne fait pas sérieux. Pas plus, d’ailleurs, que l’idée de Lisée de lui demander combien d’immigrants le Québec peut accueillir. On élit les politiciens pour prendre ce genre de décision. Et jusqu’à preuve du contraire, leurs fonctionnaires sont aussi compétents que ceux de la vérificatrice pour faire des recommandations au gouvernement.

L’énoncé d’intention de François Legault est d’autant plus surprenant que le premier défi d’un nouveau gouvernement est de gagner la confiance de la haute fonction publique. Or, voilà que le chef du parti qui a le plus de chances actuellement de devenir premier ministre leur dit qu’il va les faire évaluer, et qu’il va chercher des moyens pour les convaincre de quitter la fonction publique. Le chef de la Coalition avenir Québec pointe même du doigt le ministère des Transports. Vous imaginez un peu le climat que ça va créer si M. Legault prend le pouvoir? Et pire encore, vous voyez d’ici la faible collaboration qu’il aura de ces hauts fonctionnaires, surtout s’il dirige un gouvernement minoritaire?Parce que l’évaluation de la compétence de ces fonctionnaires par la VG, ça prendrait un certain temps, surtout s’il faut changer la loi pour lui confier ce mandat!

Je comprends François Legault de désirer la compétence aux plus hauts niveaux de l’administration publique. Mais je pense qu’à cette étape, il devrait gagner la confiance des employés de l’État, au lieu de nourrir leur méfiance. Parce que veut, veut pas, il aura besoin d’eux.

Brasser les cartes

Question : est-ce que vous voteriez pour Québec solidaire (QS) si le parti avait une chance réelle de prendre le pouvoir? Pas nécessairement. QS a démontré son utilité à l’Assemblée nationale en soulevant des préoccupations qui échappent parfois aux autres partis. Et si Manon Massé a pris tellement d’importance dans cette campagne, c’est parce qu’elle a démontré un sérieux qui lui a valu un grand capital de sympathie. Elle offre donc une voix de protestation à ceux et celles qui ne se retrouvent plus dans les autres partis. C’est une avenue rassurante parce que tout le monde sait bien qu’elle ne prendra pas le pouvoir.

Mais c’est une avenue qui pourrait tout de même brasser les cartes si le prochain gouvernement est minoritaire et qu’il a besoin d’appuis dans les autres partis. Alors à ce chapitre, Jean-François Lisée a raison de nous demander de lire le programme politique de Québec solidaire.

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Lendemain de tornade chez Guy A.

CHRONIQUE / Il est impossible d’établir un lien direct entre les changements climatiques et la tornade qui a frappé Gatineau. Mais il s’agit là du genre de sinistres qui vont se multiplier sur la planète au cours des prochaines décennies à cause du climat. Ce à quoi s’ajouteront la montée du niveau des eaux dans les océans et la multiplication des sécheresses dans les pays du Sud, qui provoqueront de grands mouvements migratoires. Ces scénarios catastrophes ne sont plus de la fiction, sauf pour les climatosceptiques.

L’ampleur des événements de Gatineau a forcé les chefs des partis en campagne électorale à modifier leurs horaires et à visiter la zone sinistrée. Cette réaction se serait imposée même en dehors de la période électorale. L’heure était au rassemblement et non à la controverse.

La sévérité de cette tornade a ramené les questions environnementales au premier plan de l’actualité politique, mais pas pour longtemps. Jean-François Lisée a repris ses attaques contre Québec solidaire qu’il soupçonne de cacher son vrai chef, pendant que Philippe Couillard accusait François Legault de vouloir préparer un référendum.

Dimanche soir, sur le plateau de Guy A. Lepage, on a consacré un gros 12 minutes et 13 secondes… aux questions environnementales. En proportion avec le reste de la campagne électorale, c’est déjà mieux. Mais vous comprenez qu’on n’y a pas appris grand-chose, parce que le seul terrain couvert a été celui de l’exploitation des hydrocarbures en sol québécois. MM. Couillard, Legault et Lisée se sont réfugiés derrière l’accessibilité sociale. Le chef de la Coalition avenir Québec a même ouvert la porte à un retour du forage sur l’île d’Anticosti, si la population locale le désire, tandis que Jean-François Lisée a lié ses décisions aux études du BAPE et à des référendums locaux. 

C’est court, 12 minutes et 13 secondes pour parler d’environnement, alors que tout le monde s’entend pour dire que les changements climatiques sont le plus grand défi qui confronte l’humanité. On ne peut plus se croiser les bras sous prétexte que des leaders comme Donald Trump ou Doug Ford refusent d’agir.

La présence des chefs à Tout le monde en parle a permis de les voir évoluer dans un autre contexte que celui des débats télévisés. Ils n’avaient pas le droit de se chamailler dans le désordre, et ils n’avaient pas à répondre aux mêmes questions. On a souvent senti leur désaccord par des mouvements de tête ou des regards désapprobateurs, mais à l’exception d’un court affrontement entre Lisée et Legault, ils ont tous respecté les règles établies par Guy A. Lepage. Ce qui leur a permis de s’expliquer sur les contradictions ou les controverses soulevées par l’animateur. Franchement, ce n’était pas mauvais, même si c’était frustrant d’entendre des politiciens nous vendre leur salade sans se faire rappeler à la réalité lorsque leurs explications manquaient de crédibilité.

Surprise, on a vu Philippe Couillard faire de l’humour à deux ou trois reprises, et même rigoler avec François Legault en écoutant Jean-François Lisée. Le simple fait d’être assis côte à côte devant public et dans un petit studio leur imposait un comportement plus respectueux et même amical. Jean-François Lisée avait retrouvé son calme et sa bonne humeur des deux premiers débats, et il était assis à l’autre extrémité de la table, loin de Manon Massé… Les questions de l’animateur n’étaient pas complaisantes, et elles ont été distribuées équitablement aux quatre chefs, qui s’en sont bien sortis. 

Bref, c’était un événement plutôt sympathique qui a permis aux téléspectateurs de comprendre qu’au-delà de leurs désaccords et de leurs attaques partisanes, nos leaders politiques demeurent des gens civilisés. 

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Un rendez-vous avec l’histoire?

CHRONIQUE / Préparez-vous à l’entendre, on va vous le répéter dans les derniers milles de cette campagne : les élections du 1er octobre sont importantes parce que le Québec est arrivé à un point tournant de son histoire. Tous les politiciens tiennent ce genre de propos pendant les campagnes électorales, comme s’il y avait des élections plus importantes que les autres. En réalité, ce n’est pas vrai, du moins pas toujours.

J’admets que la prochaine campagne électorale aux États-Unis sera plus importante : nos voisins du sud auront enfin l’occasion de nettoyer la Maison-Blanche et de renvoyer son locataire dans sa Trump Tower. Mais chez nous, cette année, c’est différent.

D’une part, considérons-nous chanceux : je connais Philippe Couillard, François Legault et Jean-François Lisée depuis près de deux décennies, et aucun de ces trois chefs ne nous fera honte s’il prend le pouvoir. Quant à Manon Massé, c’est une femme intelligente et très engagée. Elle ne jouit pas encore de l’autorité morale d’une Françoise David, mais elle y travaille sérieusement. Elle a fait bonne figure depuis qu’elle a été élue à l’Assemblée nationale, et elle a démontré au débat de jeudi soir qu’elle méritait sa place sur la scène politique québécoise. C’est un véritable exploit si on se rappelle les préjugés colportés à son endroit à cause de son apparence lorsqu’elle est arrivée en politique.

Quant aux trois autres leaders, une fois les propos partisans mis de côté, ce sont des politiciens responsables qui portent assez bien les valeurs de la société québécoise. C’est pour ça qu’il y a tellement de points communs dans leurs promesses électorales. Nous ne courons pas le risque d’élire un Doug Ford.

Au fond, c’est beaucoup plus pour eux et leurs partis respectifs que cette campagne électorale est historique. Parce que dans les trois cas, les résultats pourraient marquer la fin de leur carrière, ou un nouveau début. 

Jean-François Lisée est peut-être celui qui a le plus gros fardeau à porter. Un échec cuisant à la tête du Parti de René Lévesque pourrait signifier la fin d’une époque et un sort similaire à celui réservé au Bloc québécois depuis le départ de Gilles Duceppe.

François Legault est à l’autre bout de l’équation. Après autant d’années et d’efforts consacrés à la mise en place de la Coalition avenir Québec, il voit enfin la porte du pouvoir s’entrouvrir. Pour lui, ce serait un moment historique. Un échec serait une énorme déception qui mettrait fin à sa carrière politique.

Philippe Couillard est dans une autre situation. Un échec serait douloureux, mais ne menacerait pas la survie du Parti libéral. À moins de se retrouver devant un gouvernement minoritaire, M. Couillard quitterait la vie politique. Il aurait quand même à son actif un mandat de quatre ans qui a permis notamment d’assainir les finances publiques du Québec. Ses adversaires auront beau critiquer les méthodes utilisées, il reste que le futur premier ministre héritera d’une situation budgétaire enviable. S’il n’est pas libéral, le prochain gouvernement pourra lui dire merci : Philippe Couillard aura fait la «sale besogne».

À compter de cette fin de semaine, de nombreux électeurs profiteront des élections anticipées pour inscrire leur décision. Les autres ont encore une grosse semaine pour soupeser le pour et le contre, prendre connaissance des programmes des partis, et évaluer lequel des trois chefs mérite le plus leur confiance. Ou lequel des candidats dans leurs circonscriptions respectives a montré le plus de sérieux et de compétence sur la scène locale. Mais peu importe les raisons. À partir de maintenant, c’est à vous de parler.