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Moi, je vote pour Mme Leclerc!

CHRONIQUE / Depuis le temps que les politiciens se plaignent du gouvernement par les juges, voilà qu’ils se tournent vers la vérificatrice générale (VG) du Québec, Guylaine Leclerc, pour décider à leur place. En fin de semaine, François Legault a déclaré qu’une fois élu, il lui demanderait de scruter les compétences des sous-ministres pour se débarrasser des incompétents.

Au Parti québécois, Jean-François Lisée a déjà dit qu’il confierait à Mme Leclerc la tâche de faire des recommandations sur le nombre d’immigrants à accueillir «en fonction de nos besoins d’emploi et de notre capacité d’intégration».

Coudonc! Tant qu’à faire, pourquoi ne pas demander à Mme Leclerc de se présenter dans une circonscription? La vérificatrice a déjà dit que l’idée de M. Legault n’était pas dans son mandat. «Ben, on va changer la loi», a dit M. Legault en fin de semaine. Franchement, ça ne fait pas sérieux. Pas plus, d’ailleurs, que l’idée de Lisée de lui demander combien d’immigrants le Québec peut accueillir. On élit les politiciens pour prendre ce genre de décision. Et jusqu’à preuve du contraire, leurs fonctionnaires sont aussi compétents que ceux de la vérificatrice pour faire des recommandations au gouvernement.

L’énoncé d’intention de François Legault est d’autant plus surprenant que le premier défi d’un nouveau gouvernement est de gagner la confiance de la haute fonction publique. Or, voilà que le chef du parti qui a le plus de chances actuellement de devenir premier ministre leur dit qu’il va les faire évaluer, et qu’il va chercher des moyens pour les convaincre de quitter la fonction publique. Le chef de la Coalition avenir Québec pointe même du doigt le ministère des Transports. Vous imaginez un peu le climat que ça va créer si M. Legault prend le pouvoir? Et pire encore, vous voyez d’ici la faible collaboration qu’il aura de ces hauts fonctionnaires, surtout s’il dirige un gouvernement minoritaire?Parce que l’évaluation de la compétence de ces fonctionnaires par la VG, ça prendrait un certain temps, surtout s’il faut changer la loi pour lui confier ce mandat!

Je comprends François Legault de désirer la compétence aux plus hauts niveaux de l’administration publique. Mais je pense qu’à cette étape, il devrait gagner la confiance des employés de l’État, au lieu de nourrir leur méfiance. Parce que veut, veut pas, il aura besoin d’eux.

Brasser les cartes

Question : est-ce que vous voteriez pour Québec solidaire (QS) si le parti avait une chance réelle de prendre le pouvoir? Pas nécessairement. QS a démontré son utilité à l’Assemblée nationale en soulevant des préoccupations qui échappent parfois aux autres partis. Et si Manon Massé a pris tellement d’importance dans cette campagne, c’est parce qu’elle a démontré un sérieux qui lui a valu un grand capital de sympathie. Elle offre donc une voix de protestation à ceux et celles qui ne se retrouvent plus dans les autres partis. C’est une avenue rassurante parce que tout le monde sait bien qu’elle ne prendra pas le pouvoir.

Mais c’est une avenue qui pourrait tout de même brasser les cartes si le prochain gouvernement est minoritaire et qu’il a besoin d’appuis dans les autres partis. Alors à ce chapitre, Jean-François Lisée a raison de nous demander de lire le programme politique de Québec solidaire.

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Lendemain de tornade chez Guy A.

CHRONIQUE / Il est impossible d’établir un lien direct entre les changements climatiques et la tornade qui a frappé Gatineau. Mais il s’agit là du genre de sinistres qui vont se multiplier sur la planète au cours des prochaines décennies à cause du climat. Ce à quoi s’ajouteront la montée du niveau des eaux dans les océans et la multiplication des sécheresses dans les pays du Sud, qui provoqueront de grands mouvements migratoires. Ces scénarios catastrophes ne sont plus de la fiction, sauf pour les climatosceptiques.

L’ampleur des événements de Gatineau a forcé les chefs des partis en campagne électorale à modifier leurs horaires et à visiter la zone sinistrée. Cette réaction se serait imposée même en dehors de la période électorale. L’heure était au rassemblement et non à la controverse.

La sévérité de cette tornade a ramené les questions environnementales au premier plan de l’actualité politique, mais pas pour longtemps. Jean-François Lisée a repris ses attaques contre Québec solidaire qu’il soupçonne de cacher son vrai chef, pendant que Philippe Couillard accusait François Legault de vouloir préparer un référendum.

Dimanche soir, sur le plateau de Guy A. Lepage, on a consacré un gros 12 minutes et 13 secondes… aux questions environnementales. En proportion avec le reste de la campagne électorale, c’est déjà mieux. Mais vous comprenez qu’on n’y a pas appris grand-chose, parce que le seul terrain couvert a été celui de l’exploitation des hydrocarbures en sol québécois. MM. Couillard, Legault et Lisée se sont réfugiés derrière l’accessibilité sociale. Le chef de la Coalition avenir Québec a même ouvert la porte à un retour du forage sur l’île d’Anticosti, si la population locale le désire, tandis que Jean-François Lisée a lié ses décisions aux études du BAPE et à des référendums locaux. 

C’est court, 12 minutes et 13 secondes pour parler d’environnement, alors que tout le monde s’entend pour dire que les changements climatiques sont le plus grand défi qui confronte l’humanité. On ne peut plus se croiser les bras sous prétexte que des leaders comme Donald Trump ou Doug Ford refusent d’agir.

La présence des chefs à Tout le monde en parle a permis de les voir évoluer dans un autre contexte que celui des débats télévisés. Ils n’avaient pas le droit de se chamailler dans le désordre, et ils n’avaient pas à répondre aux mêmes questions. On a souvent senti leur désaccord par des mouvements de tête ou des regards désapprobateurs, mais à l’exception d’un court affrontement entre Lisée et Legault, ils ont tous respecté les règles établies par Guy A. Lepage. Ce qui leur a permis de s’expliquer sur les contradictions ou les controverses soulevées par l’animateur. Franchement, ce n’était pas mauvais, même si c’était frustrant d’entendre des politiciens nous vendre leur salade sans se faire rappeler à la réalité lorsque leurs explications manquaient de crédibilité.

Surprise, on a vu Philippe Couillard faire de l’humour à deux ou trois reprises, et même rigoler avec François Legault en écoutant Jean-François Lisée. Le simple fait d’être assis côte à côte devant public et dans un petit studio leur imposait un comportement plus respectueux et même amical. Jean-François Lisée avait retrouvé son calme et sa bonne humeur des deux premiers débats, et il était assis à l’autre extrémité de la table, loin de Manon Massé… Les questions de l’animateur n’étaient pas complaisantes, et elles ont été distribuées équitablement aux quatre chefs, qui s’en sont bien sortis. 

Bref, c’était un événement plutôt sympathique qui a permis aux téléspectateurs de comprendre qu’au-delà de leurs désaccords et de leurs attaques partisanes, nos leaders politiques demeurent des gens civilisés. 

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Un rendez-vous avec l’histoire?

CHRONIQUE / Préparez-vous à l’entendre, on va vous le répéter dans les derniers milles de cette campagne : les élections du 1er octobre sont importantes parce que le Québec est arrivé à un point tournant de son histoire. Tous les politiciens tiennent ce genre de propos pendant les campagnes électorales, comme s’il y avait des élections plus importantes que les autres. En réalité, ce n’est pas vrai, du moins pas toujours.

J’admets que la prochaine campagne électorale aux États-Unis sera plus importante : nos voisins du sud auront enfin l’occasion de nettoyer la Maison-Blanche et de renvoyer son locataire dans sa Trump Tower. Mais chez nous, cette année, c’est différent.

D’une part, considérons-nous chanceux : je connais Philippe Couillard, François Legault et Jean-François Lisée depuis près de deux décennies, et aucun de ces trois chefs ne nous fera honte s’il prend le pouvoir. Quant à Manon Massé, c’est une femme intelligente et très engagée. Elle ne jouit pas encore de l’autorité morale d’une Françoise David, mais elle y travaille sérieusement. Elle a fait bonne figure depuis qu’elle a été élue à l’Assemblée nationale, et elle a démontré au débat de jeudi soir qu’elle méritait sa place sur la scène politique québécoise. C’est un véritable exploit si on se rappelle les préjugés colportés à son endroit à cause de son apparence lorsqu’elle est arrivée en politique.

Quant aux trois autres leaders, une fois les propos partisans mis de côté, ce sont des politiciens responsables qui portent assez bien les valeurs de la société québécoise. C’est pour ça qu’il y a tellement de points communs dans leurs promesses électorales. Nous ne courons pas le risque d’élire un Doug Ford.

Au fond, c’est beaucoup plus pour eux et leurs partis respectifs que cette campagne électorale est historique. Parce que dans les trois cas, les résultats pourraient marquer la fin de leur carrière, ou un nouveau début. 

Jean-François Lisée est peut-être celui qui a le plus gros fardeau à porter. Un échec cuisant à la tête du Parti de René Lévesque pourrait signifier la fin d’une époque et un sort similaire à celui réservé au Bloc québécois depuis le départ de Gilles Duceppe.

François Legault est à l’autre bout de l’équation. Après autant d’années et d’efforts consacrés à la mise en place de la Coalition avenir Québec, il voit enfin la porte du pouvoir s’entrouvrir. Pour lui, ce serait un moment historique. Un échec serait une énorme déception qui mettrait fin à sa carrière politique.

Philippe Couillard est dans une autre situation. Un échec serait douloureux, mais ne menacerait pas la survie du Parti libéral. À moins de se retrouver devant un gouvernement minoritaire, M. Couillard quitterait la vie politique. Il aurait quand même à son actif un mandat de quatre ans qui a permis notamment d’assainir les finances publiques du Québec. Ses adversaires auront beau critiquer les méthodes utilisées, il reste que le futur premier ministre héritera d’une situation budgétaire enviable. S’il n’est pas libéral, le prochain gouvernement pourra lui dire merci : Philippe Couillard aura fait la «sale besogne».

À compter de cette fin de semaine, de nombreux électeurs profiteront des élections anticipées pour inscrire leur décision. Les autres ont encore une grosse semaine pour soupeser le pour et le contre, prendre connaissance des programmes des partis, et évaluer lequel des trois chefs mérite le plus leur confiance. Ou lequel des candidats dans leurs circonscriptions respectives a montré le plus de sérieux et de compétence sur la scène locale. Mais peu importe les raisons. À partir de maintenant, c’est à vous de parler.

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Plus intéressant que la LNH

CHRONIQUE / Même s’il a chuté dans les sondages, François Legault a encore une chance de devenir premier ministre du Québec. Mais à moins d’un revirement spectaculaire, il dirigera un gouvernement minoritaire. Ce sera difficile pour un parti qui n’a jamais occupé le pouvoir et dont les principales recrues n’ont pas d’expérience politique. Même dans l’opposition, c’est un grand défi. Parlez-en à Mario Dumont qui a dirigé l’opposition officielle avec une équipe de recrues sans expérience en 2007… Ça lui a valu le surnom de «girouette» dans les débats parlementaires.

Lors de mon entrevue avec François Legault, le 14 septembre, je lui ai fait remarquer que sa promesse de modifier le mode de scrutin le mettrait en situation de minorité, même avec la confortable avance dans les sondages dont il disposait alors. Il a acquiescé, pour ajouter qu’il ne voyait pas de mal à cela. «Je pense qu’en ayant éventuellement des gouvernements de coalition ou des gouvernements qui ont besoin ponctuellement de l’appui des autres partis pour faire des changements, je pense que ça va changer la culture en politique pour le mieux.»

Et plus encore : «Il va falloir apprendre à travailler avec d’autres. Il faut arrêter ça, les bons et les méchants. Actuellement, c’est trop polarisé.»

Les sondages ont beaucoup changé depuis cette entrevue. Or, le gouvernement minoritaire que M. Legault a encore des chances de former, aurait beaucoup de difficultés à obtenir l’appui des autres partis sur les changements qu’il a promis en campagne électorale. Manon Massé et Jean-François Lisée ne seraient certainement pas au rendez-vous. Quant aux libéraux, oubliez ça. La probabilité d’un nouveau rendez-vous électoral dans moins de deux ans serait trop forte pour favoriser toute collaboration. 

M. Legault a peut-être commis une erreur au débat de Radio-Canada en faisant preuve d’agressivité à l’endroit de ses adversaires. Il aurait gagné en incarnant plutôt le rôle confiant et rassurant de premier ministre que les sondages lui donnaient alors. Les Québécois n’aiment pas la chicane entre les politiciens. Or, c’est cette image que M. Legault a projetée. Les difficultés qu’il a connues par la suite sur l’immigration n’ont fait qu’accentuer ses problèmes. Jean-François Lisée, par opposition, a mené une campagne sympathique et humoristique à l’occasion. Il a regagné le cœur d’une partie de l’électorat, notamment chez les souverainistes qui s’étaient réfugiés à la Coalition avenir Québec. 

Dans un tel contexte, le débat de jeudi soir à TVA revêt une grande importance. M. Legault doit savoir offrir la crédibilité attendue par les électeurs qui voyaient en lui un espoir de changement. Et pour ce faire, ses propositions doivent être claires, et subir avec succès le test que ses adversaires ne manqueront pas de lui faire subir. 

La prestation de Philippe Couillard est assez prévisible. Son meilleur argument est de mettre son adversaire au défi de préciser ses politiques.

Le comportement de Jean-François Lisée peut réserver des surprises. Le chef du Parti québécois voit enfin la possibilité de sauver l’héritage de René Lévesque et de conserver son leadership. Il voudra préserver le capital de sympathie engrangé depuis le début de sa campagne, en évitant d’être condescendant. Mais il ne peut se permettre d’épargner François Legault. Son adversaire est vulnérable, et c’est de ce côté qu’il a le plus de chances de grignoter des votes supplémentaires. Avec autant d’indécis, tout devient possible.

Que vous aimiez ou non la politique, cette campagne électorale est en train de devenir plus intéressante que les séries éliminatoires de la Ligue nationale de hockey, quand le Tricolore est encore dans la course.

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Qu’est-ce qui se passe?

CHRONIQUE / On finira peut-être par en tirer une leçon politique. En 2014, le Parti québécois a été plombé par son projet de Charte des valeurs québécoises. Cette année, c’est la Coalition avenir Québec (CAQ) qui se retrouve en difficulté avec son projet de test des valeurs. Dans un cas comme dans l’autre, les deux partis avaient misé sur les inquiétudes d’une partie de la population à l’endroit des immigrants. Et dans un cas comme dans l’autre, les avenues proposées ont été et sont encore mal accueillies, se heurtant à de nombreux obstacles.

Comment expliquer cette réaction de l’électorat? C’est peut-être que les Québécois ne veulent pas sacrifier leur réputation de générosité et d’hospitalité à des discours qui leur semblent parfois teintés de préjugés. On n’en parle plus aujourd’hui, mais le test des valeurs de la CAQ, présenté en août 2016, trouvait prétexte, par exemple, dans le désir d’interdire le burkini aux femmes de confessionnalité musulmane. François Legault disait alors «qu’il y a des vêtements qui sont un peu extrêmes qui, pour certaines femmes, peuvent être interprétés comme un geste de soumission. C’est important de s’assurer que les nouvelles personnes qu’on accueille au Québec croient à l’égalité entre les hommes et les femmes».

Deux ans plus tard, la CAQ n’exploite plus ces craintes. Mais la proposition d’expulser les gens qui ne passent plus son test des valeurs et de la langue est devenue un boulet au pied du chef, tout comme la Charte des valeurs de Bernard Drainville aux élections de 2014. 

Il reviendra aux sociologues et aux politicologues d’étudier ce phénomène, mais un changement important permettra peut-être de l’expliquer. La pénurie de main-d’œuvre qui frappe tout le Québec fait que les immigrants sont devenus essentiels pour combler des postes vacants dans tous les domaines d’activités, jusque dans les CHSLD où nos aînés manquent de soins. Elle est bien révolue, cette époque où les immigrants étaient perçus comme des «voleurs de jobs». Le débat ne porte donc plus sur l’opportunité d’accueillir des immigrants, mais sur la nécessité de mieux les intégrer, notamment en favorisant davantage leur apprentissage du français. C’est assez fascinant comme situation, et ça forcera le prochain gouvernement, quel qu’il soit, à y consacrer des énergies et des budgets supplémentaires. Et ça convaincra peut-être les politiciens à y penser deux fois plutôt qu’une la prochaine fois, avant de s’aventurer dans la démagogie facile sur l’immigration. C’est un dossier qui soulève les passions populaires, mais qui s’avère très complexe lorsqu’on y met le petit doigt.

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Legault malmené en anglais

CHRONIQUE / Philippe Couillard était en territoire ami, François Legault était inconfortable en anglais et Jean-François Lisée est allé à sa jugulaire à plusieurs reprises au grand plaisir du chef libéral. Quant à Manon Massé, elle s’en est sortie correctement.

Il a été intéressant et plus discipliné, ce débat en anglais présenté lundi soir sur les réseaux anglophones. Il a permis de mieux cerner les préoccupations et les frustrations de nos concitoyens de langue anglaise qui n’ont pas leur place dans la fonction publique et les sociétés d’État, qui veulent des services de santé en région, et qui voient leurs enfants quitter le Québec parce qu’ils ne sont pas à l’aise en français.

Sur le fond, le débat n’a rien apporté de nouveau dans l’actualité, mais il a certainement renforcé l’avance libérale auprès de cette clientèle. Contrairement au débat en français, où la cacophonie l’a emporté trop souvent, les modératrices ont tenu les brides très serrées. Ce qui a permis à Philippe Couillard et Jean-François Lisée, tous deux beaucoup plus à l’aise en anglais, de passer leurs messages. François Legault, qui s’était démarqué par ses attaques répétées dans le débat en français, n’était pas suffisamment à l’aise en anglais pour porter des coups à ses rivaux.

Jean-François Lisée à profité de ses mots d’ouverture pour se dédouaner auprès de sa clientèle. Il a clamé haut et fort sa foi souverainiste et il s’est réclamé de René Lévesque. Ce qui lui a permis ensuite de se montrer on ne peut plus civilisé envers l’électorat de langue anglaise sur toutes les questions soulevées. Mais c’est François Legault que Lisée avait ciblé en prévision de ce débat, et il n’a pas été tendre. Il lui a reproché d’être passé à coté de la question sur les services de santé en région, sur l’aide aux personnes âgées et d’avoir une position «épouvantable» envers les immigrants. Les modératrices ont du lever le ton pour rappeler les deux hommes à l’ordre à un moment donné. Ils n’ont pas récidivé, mais c’est entre Philippe Couillard et le chef de la CAQ que les échanges ont ensuite pris la même tournure, devant Massé et Lisée qui riaient tellement c’était ridicule.

Priés de dire par un oui ou un non s’ils mettraient en place une enquête sur le racisme systémique, les trois hommes ont dit non alors que Manon Massé a répondu par un oui.

Les échanges sur l’environnement et les changements climatiques ont été décevants, ce qui est compréhensible compte tenu du peu de temps laissé aux participants pour aller au delà de leurs slogans de campagne.

François Legault a passé un mauvais moment sur l’avenir des commissions scolaires, un thème cher aux communautés anglophones qui veulent conserver le contrôle de leurs institutions. Accusé de vouloir abolir les commissions, le chef de la CAQ a dit qu’il voulait les remplacer par des «centres de services», ce qui a permis au chef de libéral de rétorquer qu’il voulait les abolir.

C’est clair que François Legault serait le perdant s’il fallait donner des notes aux participants à ce débat, et c’est en grande partie à cause de la langue.

Philippe Couillard, par contre, a été très efficace dans son mot de sortie, pour convaincre cet électorat déjà acquis d’aller voter. Jean-François Lisée et Manon Massé ont conclu sur l’urgence des changements climatiques. Lisée a été habile en disant «qu’en français ou en anglais, c’est la seule planète que nous avons». Sur le même sujet, Manon Massé a déclaré que «c’est maintenant ou jamais». Sans grande surprise, François Legault a conclu en disant que «le vrai changement commençait maintenant».

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François Legault à l'école de Lucien Bouchard

Même s’il ne tient rien pour acquis, François Legault se prépare au pouvoir. Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) a confié à son directeur de cabinet, Martin Koskinen, le mandat de préparer la transition : «sous-ministres, sociétés d’État, personnel politique, je ne veux pas mettre d’énergie là-dessus», m’a-t-il expliqué vendredi en entrevue. Il se dit conscient que les attentes seront élevées, et il veut se concentrer sur ses priorités.

«Dans ma tête, il y a trois grands ministères, l’économie, avec les Finances et le Trésor, l’Éducation et la Santé. J’ai une bonne idée où je m’en vais, autant au niveau des ministres qu’au niveau des sous-ministres». Il entend bien cibler ses objectifs. «Je vais essayer de ne pas m’éparpiller. Lucien Bouchard avait dit une phrase qui m’a marqué, il avait dit : “Quand on est au gouvernement, y a une réserve de courage, puis on pige dedans et à un moment donné il n’y en a plus. Ça fait que éparpille-toi pas, concentre-toi là dessus.” Je lunche encore régulièrement avec Lucien… Concentre-toi, puis moi je veux me concentrer dans ces trois domaines-là.»

François Legault croit pouvoir montrer des résultats à la fin d’un premier mandat, notamment en matière économique à cause de la force de ses recrues : «Je suis tellement fier de mon coup en économie, c’est incroyable, Pierre Fitzgibbon, Christian Dubé, Gilles Bélanger, Éric Girard. Prends juste ces quatre-là. Demain matin, je leur dis : “Tu t’occupes des Finances, tu t’occupes du Conseil du trésor, on revoit complètement la façon de travailler d’Investissement Québec.” En économie, dans quatre ans, ça va paraître. Juste avec ces quatre personnes-là, plus moi, tu sais moi aussi je suis un deal maker.»

Le chef de la CAQ promet aussi des résultats dans le premier mandat avec la maternelle 4 ans : «On va les agrandir les écoles, et on va y mettre les ressources. Ça, c’est sur que dans quatre ans, ça va être fait.»

Et les premiers 100 jours? «Je sais qu’il faut poser des gestes dans les 100 premiers jours, ça donne un mouvement, mais je reviens à mes trois priorités. Il va falloir que ça bouge dans les maternelles 4 ans, il va falloir commencer les négociations avec les deux groupes de médecins, les omnipraticiens pour changer le mode de rémunération, et les spécialistes pour revoir leur rémunération, puis l’économie avec la révision du rôle d’Investissement Québec.»

M. Legault promet aussi de ne pas décevoir sur les questions d’intégrité. «Moi, j’ai un immense avantage : je ne dois rien à personne. Je suis indépendant financièrement et je ne dois rien à personne. J’ai toujours fait attention de ne pas demander de faveur et je n’en donnerai pas. Ça va être la compétence.»

Il a déjà identifié les deux personnes de son équipe qui piloteront ce dossier : «J’ai deux gros atouts, Sonia LeBel et Simon Jolin-Barrette. Je veux m’assurer qu’on prenne toutes les mesures pour qu’il n’y ait pas de corruption, de collusion, qu’on arrête de nommer des petits amis, qu’on arrête de donner des contrats à des petits amis. Si on veut rebâtir la confiance et réduire le cynisme de la population, il faut être irréprochable et il faut mettre les mécanismes aux bonnes places. Je pense que Simon et Sonia vont être géniaux pour faire ça.»

François Legault donne son plein appui au Marché du carbone, qu’il estime préférable à une taxe sur le carbone parce qu’il a un effet motivateur pour les entreprises performantes qui peuvent vendre des crédits. Mais c’est du côté de l’hydroélectricité que va sa préférence. «Moi, je me dis que la plus grande contribution que pourrait faire le Québec pour sauver la planète, ce serait d’exporter de l’électricité dans le Nord-Est américain et remplacer des centrales au gaz et au charbon. Beaucoup plus que tous les systèmes de transport en commun, beaucoup plus que toutes les autos électriques, beaucoup plus que tout ce qu’on pourrait faire pour l’environnement.»

Il rêve de la mise en place d’un grand projet commun avec l’Ontario, le Nouveau-Brunswick et peut-être Terre-Neuve.

«Je ne comprends pas que l’Ontario s’apprête à investir 20 milliards $ pour rénover des centrales nucléaires. Leurs entreprises seraient plus compétitives et plus productives avec l’électricité du Québec.»

M. Legault estime que la collaboration souhaitée pourrait passer par «une alliance énergétique», une «entreprise canadienne, possédée en partie par le Nouveau-Brunswick, en partie en partie par l’Ontario et peut-être d’autres provinces. Les activités actuelles d’Hydro-Québec restent dans Hydro-Québec, mais on pourrait s’associer avec l’Ontario, le Nouveau-Brunswick, pour les nouvelles activités.»

Pour le chef de la CAQ, ce genre de collaboration contribuerait à tout le Canada. «Le Canada aussi est moins riche que les États-Unis. Il y a un problème de productivité aussi au Canada. Alors de travailler avec le gouvernement fédéral sur le développement économique du Canada, j’aimerais ça parce qu’on a des défis communs.»

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Pas tellement?

CHRONIQUE / «Pas tellement…»

Cette répartie de Raymonde Chagnon à qui l’animateur Patrice Roy a demandé si elle était satisfaite de la réponse des chefs à sa question a fait le tour des médias. Mais entre vous et moi, à quoi s’attend-on d’un débat télévisé où les politiciens ont 45 secondes chacun pour répondre à des questions complexes, avant d’en débattre dans une cacophonie désagréable?

L’intervention de Mme Chagnon n’était pas une question, c’était un appel de détresse. Après avoir vu la situation pénible de son mari dans un CHSLD, la dame a dit avoir «peur» de terminer ses jours dans ce genre d’établissement parce qu’elle n’a pas les moyens d’aller dans une résidence privée. Mais à quoi s’attendait-on? Que les chefs promettent un transfert à son mari dans une «maison des aînés» de la CAQ ou une résidence privée aux frais de l’État? Que Jean-François Lisée dise que ça irait mieux dans un Québec souverain? Que Manon Massé ajoute un autre milliard $ au cadre financier de Québec solidaire?

Nous avons tous peur de la perte d’autonomie qui afflige l’être humain avant son décès. Et ce n’est pas le changement de nom des CHSLD qui va changer les choses. Ce dont les gens ont besoin à cette période de leur vie, c’est de services attentifs et efficaces pour les accompagner. Et ça, ce n’est pas simple quand le vieillissement de la population impose un fardeau accru aux institutions, et que la pénurie de main-d’œuvre, associée à des conditions de travail difficile, fait qu’on manque de bras dans ce genre de résidence.

Le «pas tellement» de Mme Chagnon illustre une chose : ce ne sont pas les débats télévisés des chefs qui vont offrir des solutions satisfaisantes à un électorat désabusé. Ces rencontres hautement médiatisées sont des spectacles où le but des participants est de faire bonne impression et de dénigrer les adversaires. Je ne dis pas que c’est inutile. Ça montre la personnalité des chefs, leur capacité de débattre et surtout de convaincre. Mais la formule utilisée jeudi soir d’inviter des gens à venir exposer leurs problèmes personnels et d’exiger une réponse en 45 secondes n’était pas idéale. Pas plus, d’ailleurs, que celle de laisser les chefs s’entrecouper continuellement, sans avoir le temps de terminer leurs phrases. Ça donne peut-être des spectacles plus divertissants, mais ça n’ajoute rien à l’information transmise.

Est-il possible de revoir la formule? Dans un monde politique où les enjeux sont généralement très complexes, on gagnerait à laisser aux chefs le temps de s’expliquer convenablement, pour permettre ensuite à des experts de faire le point sur ce qu’ils nous présentent.

Pour le reste, j’ai trouvé bizarre, jeudi soir, d’entendre autant de références au modèle ontarien. On semble avoir oublié bien rapidement que le gouvernement de Kathleen Wynne vient de subir une cuisante défaite aux mains d’un Doug Ford populiste et démagogue. Faut croire que ça n’allait pas si bien que ça chez nos voisins ontariens… 

Par ailleurs, j’ai été déçu de constater à quel point les questions environnementales avaient été escamotées pendant ce débat. En fin de semaine dernière, ma chronique sur le sujet m’a valu 50 courriels de lecteurs inquiets des changements climatiques et désireux de voir nos politiciens s’y intéresser davantage. Cinquante courriels pour une seule chronique, c’est énorme. Mais c’est comme si nos politiciens tenaient pour acquis qu’il n’y a rien de plus à faire. Combien d’ouragans, d’incendies et de vagues migratoires de plus faudra-t-il pour nous convaincre que le temps presse?

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Couillard et non Legault sur la sellette

CHRONIQUE / Contrairement à une vieille habitude, je n’ai pas cherché à déterminer les gagnants et les perdants au débat des chefs, parce que c’est à la perception des téléspectateurs que ce verdict devrait être laissé. J’ai préféré évaluer la performance des participants sur la base de leurs défis respectifs, en commençant par François Legault parce qu’il mène dans les sondages.

Le principal enjeu du chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) n’était pas de gagner ce débat, mais d’en sortir indemne et conserver son avance. Pour ce faire, M. Legault devait éviter de se retrouver trop souvent sur la défensive. Il devait demeurer souriant, et projeter la confiance de quelqu’un qui sait où il s’en va. Bref, offrir l’image de crédibilité d’un premier ministre compétent, respectueux et responsable.

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Chronique somnifère

CHRONIQUE / Désolé les amis, je ne vous parlerai pas du cadre financier du Parti libéral parce qu’il y a un débat, ce jeudi soir, et que vous aurez l’occasion de comparer avec ceux des autres. Les cadres financiers des partis au pouvoir semblent parfois plus crédibles parce que leurs auteurs disposent d’une expertise à laquelle les autres partis n’ont pas accès. Mais ça ne veut pas dire qu’une fois élu, un gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) ou du Parti québécois serait incompétent ou irresponsable avec les finances de l’État. Le ministre serait vite rappelé à la réalité par les experts du ministère des Finances.

Il y a toutefois un point dont je veux vous causer, parce que je fais des boutons chaque fois que les politiciens se tournent de ce côté. C’est le Fonds des générations.

Petit rappel : c’est un fonds créé en 2006 pour rembourser la dette, et qui dépasse 13 milliards $ cette année. Au lieu de l’appliquer à la dette chaque année, le gouvernement envoie cet argent à la Caisse de dépôt. Les revenus de ces placements sont supérieurs aux intérêts économisés si l’argent était appliqué immédiatement à la dette. Bref, on fait de l’argent avec la dette…

Sous Pauline Marois, les péquistes ont appliqué 1 milliard $ de ce fonds à la dette. Le dernier budget libéral annonce qu’on appliquera dorénavant 2 milliards $ par année. La valeur du Fonds continuera quand même d’augmenter parce que ses revenus et les montants qu’on y verse chaque année sont de 2,7 milliards $.

J’ai toujours pensé qu’il était sage de ne pas laisser ce fonds devenir trop gros, pour éviter que les politiciens n’y mettent le nez pour financer leurs promesses électorales.

Cette année, la CAQ propose d’appliquer immédiatement 10 milliards $ de ce fonds à la dette, pour éviter une baisse de la valeur de ses placements en cas de récession. Je pense que c’est trop, mais ça se défend. Encore faut-il que ce soit possible!

À ma grande surprise, c’est impossible. Pourquoi? Parce que le Fonds des générations, ce n’est pas de l’argent en banque que l’on peut retirer comme au guichet automatique. Les documents budgétaires nous montrent sa composition : 

  • 37,5 % d’obligations gouvernementales ou de titres à revenus fixes.
  • 16 % d’actifs réels comme des infrastructures ou des immeubles.
  • 46,5 % d’actions dans les marchés boursiers ou des placements privés. 


Ce que veut faire la CAQ, c’est comme si j’appelais mon courtier pour lui dire que je veux liquider mon compte d’épargne libre d’impôt (CELI) pour rembourser mon hypothèque. Il me dirait dans un premier temps qu’au taux d’intérêt actuel, je fais plus d’argent avec mon CELI que ce qu’il m’en coûte en frais d’intérêts sur mon hypothèque. Il me rappellerait ensuite que certains placements de mon CELI sont du long terme, et que je ne peux pas les retirer d’un seul coup, sans encourir de pénalités financières.

J’ai appelé à la Caisse de dépôt et au ministère des Finances pour savoir si j’avais raison. Vous comprenez que personne n’a voulu se mouiller en campagne électorale… Mais les experts du privé que j’ai consultés ont confirmé mon opinion. Je ne sais pas comment Christian Dubé, le candidat de François Legault qui vient de quitter la Caisse de dépôt, se débrouillera avec tout ça. J’attends son appel.

***

Parlant de finances publiques, je tiens à saluer Luc Monty, le sous-ministre des Finances depuis 2011, qui quittera son poste pour devenir directeur général de la Ville de Québec. Un gars responsable, ce Monty, qui a piloté les Finances sous trois gouvernements différents, alors qu’il aurait été beaucoup mieux payé dans le secteur privé. On appelle ça «le service public».