Patrick Duquette
Le Droit
Patrick Duquette
Les gels de taxes font le bonheur des contribuables, mais les infrastructures municipales continuent de vieillir.
Les gels de taxes font le bonheur des contribuables, mais les infrastructures municipales continuent de vieillir.

Geler ou ne pas geler les taxes?

CHRONIQUE / Geler ou pas les taxes municipales? Moi qui croyais ce bon vieux débat mort et enterré…

L’Union des municipalités du Québec et la Fédération canadienne des municipalités ont bien documenté les effets pervers des gels de taxes à répétition des années 1990.

Pendant que des maires se faisaient du capital politique à coût de gel de taxes, les rues, les conduites souterraines et les équipements municipaux se détérioraient lentement mais sûrement…

Si bien que lorsque j’ai commencé à couvrir la nouvelle Ville de Gatineau, au début des années 2000, le «déficit» d’infrastructures atteignait déjà le milliard de dollars. Les nids-de-poule pullulaient et les vieilles conduites d’égout pétaient les unes après les autres par les froides nuits d’hiver.

Encore aujourd’hui, Gatineau peine à rattraper son déficit dans l’entretien des infrastructures. Il atteignait 1,3 milliard, selon les dernières évaluations.

Réalisant que les gels de taxes à répétition ne menaient nulle part, les maires ont changé leurs discours. Sauf exception, ils défendent le plus souvent des hausses de taxes au niveau du coût de la vie. Une approche plus responsable.

À ma connaissance, parmi les maires des grandes villes, il n’y a eu que le maire Régis Labeaume pour succomber à l’appel du gel de taxes. C’était en 2017 — année électorale, comme par hasard.

Encore une fois, la pandémie change tout. Et semble annoncer un retour massif des gels de taxes. Montréal, Québec, Saguenay, Laval, Longueuil envisagent toutes de geler l’impôt foncier. La COVID leur fournit le prétexte idéal. Les temps sont durs, font valoir les maires, donnons une pause au contribuable. Je note au passage, mais c’est sûrement un hasard, que 2021 est aussi une année électorale.

Hausser les taxes est un geste politique courageux, mais nécessaire, affirme le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin.

Plus surprenant encore, même la ministre des Affaires municipales, Andrée Laforest, applaudit l’idée du gel de taxe. Une mesure que les villes pourront se permettre grâce aux généreuses compensations versées par le gouvernement du Québec pour les aider équilibrer des budgets infectés au coronavirus.

Bref, avec la ministre Laforest et les maires de la plupart de grandes villes qui jonglent avec l’idée d’un gel de taxes, le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin a l’air bien seul dans son coin ces jours-ci.

Lui maintient exactement le même discours qu’avant la pandémie. Geler les taxes est irresponsable. Hausser les taxes est un geste politique courageux, mais nécessaire, plaide-t-il.

Ainsi, fait-il valoir, un gel de taxes représente une économie d’à peine 5 $ par mois pour le contribuable de Gatineau, mais une perte de 11,5 millions dans les coffres de la municipalité.

Autrement dit: «Un petit 5 $ pour le contribuable, un 11,5 millions géant pour la municipalité»… On croirait entendre Neil Armstrong poser le pied sur la Lune.

Alors voilà, je trouve surprenant – pour ne pas dire suspect – ce retour en popularité du gel de taxes auprès des maires des grandes villes et de la ministre des Affaires municipales. Les maires s’en vont bientôt en élection. Et la CAQ, sous la critique constante des partis de l’opposition pour sa gestion de la pandémie, a aussi besoin d’amour.

La question qu’il faut se poser, c’est s’il vaut mieux décréter un gel de taxes et soulager les contribuables de quelques dollars. Ou plutôt hausser les taxes et réinvestir les sommes dans des travaux d’infrastructures, ce qui aura pour effet de faire rouler l’économie et de créer de l’emploi. C’est de cela que devraient débattre les élus municipaux, avec l’éclairage des économistes.

Et puis, juste histoire de mettre les choses en perspective: le déficit fédéral va défoncer les 328 milliards cette année. À côté de ça, un gel de taxes municipales, c’est du brassage de cennes noires…