Si on se projette dans 25 ans, le taux de natalité sera si bas que la hausse quotidienne de la population de Québec pourra tenir dans une Toyota Corolla de cinq passagers.

Québec grandit un petit autobus à la fois

CHRONIQUE / La hausse quotidienne de la population de la grande région de Québec pourrait tenir dans un petit autobus hybride du Réseau de transport de la Capitale (RTC) et il resterait encore quelques places assises.

Tout au plus une vingtaine de «nouveaux» citoyens par jour. Quinze sur la rive nord et cinq sur la rive sud. Pas de quoi remplir un petit autobus. On est loin des affluences grouillantes des navettes articulées des gros soirs de Festival d’été.

Si on se projette dans 25 ans, la hausse quotidienne de la population de Québec pourra tenir dans une Toyota Corolla de cinq passagers, estime l’Institut de la statistique du Québec. 

Cela inclut les naissances, les nouveaux arrivants en provenance des régions de l’est et les immigrants, auxquels on devra soustraire les décès et les départs. 

Parler d’une croissance au ralenti dans un tel contexte est un pâle euphémisme. 

On parle ici d’un territoire allant de Charlevoix à Portneuf sur la rive nord et de Lotbinière à Saint-Roch-des-Aulnaies, en incluant Lévis, la Beauce et Bellechasse jusqu’à la frontière américaine.

L’économie de la région de Québec va bien mais sa démographie tourne au ralenti. 

Notre rythme de croissance est moindre que la moyenne nationale, observe la démographe Chantal Girard, de l’Institut de la statistique du Québec. 

On ne parle cependant pas d’une région extrême comme on a pu être tenté de le faire à l’époque de la grande déprime de la fin des années 1990. 

La réalité est que la région de la Capitale-Nationale n’est presque pas nommée dans le long rapport rendu public la semaine dernière, constate Mme Girard. 

Son nom n’y est pas parce qu’il n’y avait rien ou peu à en dire. Au plan statistique, Québec est devenue une région très moyenne, cela dit de façon non péjorative. 

J’ai pris le temps d’examiner les chiffres bruts annuels des arrivées et départs dans la grande région de Québec tirés du recensement 2016.

Cela permet de relativiser et nuancer les perceptions (erronées) voulant que Québec soit en pleine explosion démographique ou envahie par des migrants de la périphérie ou de l’étranger. 

Vous trouverez ces chiffres dans le tableau ci-contre. 

Je me suis aussi amusé à transposer ces données annuelles sur une base quotidienne en les divisant par 365. Cela donne une échelle humaine qui aide à saisir les mouvements démographiques.

Si les projections de l’Institut de la statistique se concrétisent, le portrait de la grande région de Québec va se transformer au cours des 25 prochaines années pour ressembler à ceci en 2041. 

On voit que le nombre de naissances ne change à peu près pas par rapport à 2016, mais que celui des décès progresse de façon significative. On y voit le signe du vieillissement accéléré de la population. 

Le point de bascule de la démographie «naturelle» arrive en 2026. Demain donc. C’est l’année où le nombre de décès dépassera celui des naissances dans la grande région de Québec. 

Les données par jour sont des moyennes. La réalité est que le nombre des naissances et des arrivées fluctue selon les jours et les saisons. 

Les naissances par exemple. Statistique Canada a noté qu’il y a au pays plus de naissances pendant les mois d’été (juillet à septembre) que pendant l’hiver (janvier à mars). 

La pointe annuelle (statistiques 2001 à 2016) est la mi-septembre avec un sommet le 24 septembre. Pour ceux d’entre vous qui s’apprêtent à faire le calcul, cela correspond à 37, 38 ou 39 semaines après le temps des Fêtes. 

Inversement, les naissances sont toujours à leur plus bas les 24, 25 et 26 décembre, suivis du Jour de l’An. 

En fait, partout où des recherches similaires ont été menées, il y a des creux marqués lors des jours fériés et grandes fêtes. Dans notre cas, les fêtes du Canada, l’Action de grâce, le jour du Souvenir, etc. 

Cela suggère que nombre d’accouchements sont planifiés/déclenchés pour tenir compte de la plus faible disponibilité du personnel d’hôpital les fins de semaine et les jours fériés. 

Les mêmes tendances ont été notées dans d’autres pays occidentaux. Je suis porté à croire que ce doit être vrai pour la région de Québec aussi.

Dans le cas des nouveaux arrivants, le rythme varie en fonctions des décisions administratives ou politiques. Un gouvernement peut décider de fermer brusquement les portes et de geler les dossiers, pour ensuite les rouvrir. 

L’arrivée de réfugiés peut fluctuer au gré des crises internationales, des choix politiques et délais administratifs du fédéral.

Une croissance de population quotidienne pouvant tenir dans un petit autobus. 

Si les statistiques étaient des personnes, cela veut dire que quelqu’un qui s’y mettrait pourrait chaque jour aller à la rencontre de chacun des nouveaux citoyens de cette ville pour lui tendre la main et lui souhaiter bienvenue.