François Bourque
Le Soleil
François Bourque
Paul Bégin s’adressant aux médias en 2002
Paul Bégin s’adressant aux médias en 2002

Paul Bégin: mémoires d’un militant turbulent

CHRONIQUE / L’ex-ministre du PQ Paul Bégin, qui a été un acteur impétueux de la cause de l’indépendance du Québec, de l’union civile et autres enjeux sociaux depuis le milieu des années 60, fait paraître ces jours-ci ses mémoires de militant aux Éditions GID.

M. Bégin fut au cœur du pouvoir à une période où le Parti québécois était encore une force politique majeure dans la région de Québec. 

Son texte, À la recherche d’un pays, fait plus de 750 pages. Il couvre la période de son adhésion au Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN) en 1962 à sa démission du PQ en octobre 2002.

Élu pour la première fois en 1994 dans Louis-Hébert et réélu en 1998, M. Bégin fut tour à tour ministre de la Justice, de l’Environnement, du Revenu et responsable de la région de Québec dans les cabinets Parizeau, Bouchard et Landry.

Son récit, basé sur des souvenirs et archives personnelles, est découpé en une centaine de courts chapitres chronologiques.

J’en ai parcouru toutes les pages sans toutes les lire. Je n’y ai pas trouvé de faits ou secrets incitant à réécrire l’histoire du PQ ou du Québec. 

La plupart des événements relatés et des rôles joués par les uns et autres avaient déjà eu un écho public dans la famille du PQ ou dans les médias. Ce que les mémoires ajoutent, c’est le regard et ses sentiments du moment de M. Bégin. 

En entretien avec Le Soleil, l’ex-ministre confirme ne pas avoir cherché à faire de grandes révélations. 

Les ex-collègues, adversaires ou compagnons d’armes y retrouveront avec plaisir (ou pas) des détails de la vie intestine du PQ et du gouvernement. 

J’ai parfois eu l’impression d’en trouver à la fois trop et pas assez. J’aurais aimé plus de confidences, témoignages ou analyses qui auraient jeté des éclairages nouveaux.

M. Bégin détaille par exemple le membership du PQ dans la région de Québec de 1981 à 1989, mais prévient qu’«il n’est par conséquent pas question du “mystère Québec”». 

Dommage. Il aurait été intéressant de savoir ce qu’il en pense, lui qui a vécu à Québec toute sa vie professionnelle d’avocat, de militant et d’élu. 

Peu de grandes révélations donc, mais beaucoup d’anecdotes amusantes. 

Celle-ci par exemple où il raconte avoir placé une «vulgaire cenne» sur la table devant lui au moment d’entreprendre des débats radio et télé contre André Arthur, son adversaire de 1994 dans Louis-Hébert. 

«Et là André Arthur a bondi et a dit : “Qu’est-ce que c’est que ça? Ça veut dire quoi ça?” Souriant de mon plus beau sourire, je ne répondis rien». M. Bégin a perçu que son vis-à-vis en fut déconcentré. 

Pourquoi cette cenne noire? «Il s’agissait tout simplement d’un truc qu’aurait utilisé Jean-Paul L’Allier lors d’une campagne municipale antérieure», relate-t-il. Un truc pour lui rappeler de sourire. 

L’ouvrage, on n’en sera pas surpris, donne le beau rôle à son auteur qui a effectivement été associé à des causes importantes dont la reconnaissance des droits des conjoints de même sexe et la Loi sur l’union civile. 

Le texte est honnête en ce qu’il ne cherche pas à cacher le caractère de l’ex-ministre, réputé pour son intensité et pour ne pas avoir été un patron toujours facile et agréable.

On y reconnaît un Paul Bégin irascible, impulsif, intransigeant et belliqueux, qui s’offusque à tout moment de ce qu’il perçoit comme les trahisons de ses pairs.

Mais on y reconnaît en même temps le Paul Bégin inspiré, pressé et énergique, se refusant aux compromis et compromissions, fidèle quoi qu’il advienne aux valeurs et causes auxquelles il croit.

Il écorche successivement tous les premiers ministres du PQ, René Lévesque inclus. Seul Jacques Parizeau semble avoir trouvé grâce à ses yeux.

Cette impulsivité l’aura parfois bien servi, et nous aussi. 

«Un beau matin ensoleillé» de mai 2000, il entre en ville par le boulevard Champlain dans sa limousine de ministre de l’Environnement. Il remarque tout à coup cette affiche «condos à vendre», pas loin du quai Irving, aujourd’hui le quai des Cageux.

«Plus nous avancions vers Québec, plus la suite des choses m’apparaissait claire, simple et évidente… il fallait que je fasse cesser immédiatement ce projet...» 

Ces terrains doivent être achetés par le gouvernement et redonnés à la population, plaidera-t-il le jour même au Conseil des ministres. Les premiers jalons de la future promenade Samuel-De Champlain étaient jetés.

Le début de la fin de sa vie politique s’enclenche au retour d’un voyage à la fin de l’été 2002. 

M. Bégin s’attend à ce que Bernard Landry, alors premier ministre, annonce qu’un nouveau référendum sera tenu dans les premières années après les élections.

M. Landry le lui avait personnellement annoncé lors d’une rencontre quelques semaines plus tôt à La Malbaie.

L’annonce doit avoir lieu début septembre au Conseil national du PQ à Gatineau. La veille au soir, M. Bégin croise dans le lobby de l’hôtel un jeune militant qui le prévient que ça ne tient plus. 

«Je ne sais pas si c’est la colère ou la déception qui l’emportait chez moi, mais je n’arrivais pas à croire à l’échec si près du but...

J’étais hors de moi, j’avais envie de crier ma colère d’être ainsi dupé par Bernard Landry qui avait été trop lâche pour me prévenir de son virage en U, ne serait-ce que par politesse… Je me sentais humilié, ridiculisé...»

Il rentre alors à Montréal et s’installe à la terrasse d’un café, coin Cherrier et Saint-Denis, où il rumine des lettres de démission qu’il finira par déchirer. Mais sa décision est prise. Il ne se représentera pas aux prochaines élections de 2003.