Il y a un an, la rumeur courait que l’appui gouvernemental au projet de tramway de Québec s’émoussait. Le budget 2019-2020 avait dissipé le doute par la mise en réserve de sommes consacrées au tramway. Un an plus tard, on a l’impression par moments d’y être encore. À la radio et ailleurs, certains font courir le bruit que le gouvernement pourrait reculer.

Derrière les chiffres du budget

CHRONIQUE / S’ il y a un moment où il faut se méfier des chiffres, c’est bien au dépôt d’un budget.

Surtout quand celui-ci cherche à projeter jusqu’à 10 ans d’avance les dépenses pour des projets qui n’en sont encore qu’à l’étape des études préliminaires.

Quand je regarde les jolis tableaux du Plan québécois des infrastructures (PQI), j’ai donc envie de rester prudent.

Ces tableaux suggèrent que pour la première fois de l’histoire, le Québec s’apprête à investir davantage dans le transport collectif que dans les infrastructures routières : 43,8 milliards $ pour les réseaux collectifs et «seulement» 42,5 milliards $ pour des routes.

Ce ratio 51 %-49 % envoie une image forte. Celle d’une révolution dans les habitudes de mobilité au Québec.

Le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ), pour qui la lutte contre les changements climatiques n’était pas à première vue la matière forte, va ici plus loin que tous ceux qui l’ont précédé.

Montréal, Québec, Longueuil, Gatineau, Laval. Il n’y a jamais eu au Québec autant de projets de transport collectif à l’étude ou en voie de réalisation. C’est une réalité objective incontestable.

Mais attention aux chiffres.

Dans les faits, les «vraies» projections de dépenses inscrites au PQI 2020-2030 sont deux fois plus importantes pour les projets routiers (30,4 milliards $) que pour le transport collectif (15,8 milliards $).

On note que la majorité des dépenses «annoncées» en transport collectif (28 milliards $) ne sont pas inscrites officiellement au PQI. On parle de projets en démarrage pour lesquels il n’y a pas d’estimations solides ni d’échéancier de réalisation.

Des projets dont on ne sait pas encore si les partenaires pressentis pour partager la facture seront au rendez-vous (Caisse de dépôt, fédéral, villes, sociétés de transport, etc).

Des projets que le gouvernement, celui-là ou celui qui lui succédera un jour, pourrait décider de ne pas réaliser en prenant connaissance des coûts réels. Ou choisir de repousser aux calendes grecques tout en les gardant dans «l’environnement» du PQI. On ne sait jamais, un projet en latence peut toujours servir en période électorale. Parfois même pour plus d’une élection. Ça s’est déjà vu.

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Alors pourquoi cet empressement à gonfler la colonne «verte» du Plan des infrastructures de transport et à faire valser les milliards vers de nouveaux sommets?

Par souci de «transparence», plaide le président du Conseil du trésor, Christian Dubé. Cela donne une idée, explique-t-il, de l’ampleur ou de la «fourchette» des projets mis à l’étude.

Les chiffres ne sont peut-être pas précis encore, convient-il, mais cela en dit plus long que la pratique traditionnelle qui consistait à inscrire au PQI uniquement les sommes dépensées pour les études.

Il est vrai qu’on est mieux renseigné ainsi sur les intentions du gouvernement et la portée des projets qu’il initie.

J’aurais envie de compléter la réponse en rappelant qu’un budget et un PQI ne sont pas seulement un exercice de planification économique et de reddition de comptes.

Ce sont aussi des exercices de relations publiques. Le gouvernement y met en évidence les chiffres et tableaux qui correspondent à l’image ou l’impression qu’il veut projeter. Les partis d’opposition font la même chose. C’est de bonne guerre.

La réalité est, comme souvent, quelque part entre les deux.

Les investissements officiels sont effectivement deux fois plus importants pour les projets routiers que pour le transport collectif. Cela semble aller à l’encontre de l’idée qu’on se fait d’un budget «vert».

Mais il importe de rappeler que les projets routiers sont souvent plus avancés car ils ont été lancés depuis plus longtemps que les projets de transport collectif. Leur financement est aussi plus simple. C’est le gouvernement du Québec qui les paie en totalité. 

Il faut voir aussi que les investissements prévus pour le réseau routier serviront à 83 % au maintien des infrastructures actuelles. C’est la proportion inverse pour les projets de transport collectif qui représentent à 76 % des ajouts ou bonifications. Il y a dans ces pourcentages l’indication d’un virage.

À mesure que les projets de transport collectif vont se préciser, on devrait les retrouver dans la programmation officielle du PQI. Et comme il s’agit de projets importants, «l’aiguille» pourrait bouger très vite, prédit M. Dubé.

Les investissements en transport collectif pourraient rejoindre ceux du transport routier dans un horizon de cinq ans, croit-il.

Et pour peu que ces projets et d’autres se concrétisent, le transport collectif pourrait passer devant.

Ce jour-là, le gouvernement pourra célébrer une révolution des transports. Pour l’heure, on n’y est pas encore.

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Il y a un an, la rumeur courait que l’appui du gouvernement au projet de tramway de Québec s’émoussait. Le budget 2019-2020 avait dissipé le doute par la mise en réserve de sommes consacrées au tramway.

Un an plus tard, on a l’impression par moments d’y être encore. À la radio et ailleurs, certains font courir le bruit que le gouvernement pourrait reculer.

Il est vrai que des élus du caucus de la CAQ à Québec s’inquiètent de la faible acceptabilité sociale du projet et redoutent le moment où les rues seront ouvertes pour le chantier du tramway.

L’appui du gouvernement n’est cependant pas remis en cause, bien qu’il vient de mettre (provisoirement) un verrou sur toute augmentation de coût. Le contexte a ici son importance. La clientèle «naturelle» de la CAQ vient pour beaucoup de la périphérie. Elle est plutôt opposée au tramway et très favorable au troisième lien.

Maintenir l’appui au tramway pour le gouvernement demande donc une certaine élévation. Voire du courage.

Cela n’apparaît pas dans les colonnes de chiffres du PQI, mais c’est un message qui a aussi son poids.