Doug Ford

Ford brouille le débat Couillard-Legault

CHRONIQUE / Philippe Couillard n’est pas prêt à faire des prédictions sur les intentions de Doug Ford de retirer l’Ontario de la Bourse du carbone, mais il n’attendra pas les élections ontariennes pour mettre François Legault au défi de se commettre sur ce point.

«Je n’ai jamais entendu de discours très enflammés de sa part sur les changements climatiques, je ne l’ai jamais entendu confirmer qu’il fallait faire une tarification du carbone», a expliqué le premier ministre en entrevue au Soleil. Il réagissait à ma chronique de jeudi dernier sur la promesse de Doug Ford de retirer l’Ontario de la Bourse du carbone s’il prend le pouvoir le 7 juin. Un tel retrait ferait du Québec la seule province à participer à ce marché avec la Californie, ce qui pourrait inciter François Legault à s’en retirer également s’il devient premier ministre. M. Legault a déjà mis en doute la valeur du marché du carbone même avec la participation de l’Ontario. La semaine dernière encore, la position officielle de la Coalition avenir Québec (CAQ) était qu’elle n’est pas contre la Bourse du carbone, mais qu’elle n’est pas d’accord avec la gestion qu’en fait le gouvernement. 

«Il y a une grosse différence entre ne pas être contre et être favorable», a fait valoir Philippe Couillard. «Contrairement à ce que l’on peut penser, M. Legault n’a jamais pris fermement position sur la lutte aux changements climatiques et la méthode de tarification du carbone.»

Le premier ministre entend mettre le chef de la CAQ au défi. «Est-ce qu’il croit aux changements climatiques, il va dire oui parce qu’il faut dire oui, n’est-ce pas? Deuxièmement, est-ce qu’il croit que le carbone doit être tarifé, et troisièmement, de quelle façon? Une taxe sur le carbone ou un marché du carbone? Nous on a choisi le marché du carbone.»

M. Couillard reproche à M. Legault de ne jamais se prononcer : «C’est un peu comme le fédéralisme, le même genre de position à califourchon sur une clôture. On se donne comme mission de définir ça au cours des semaines à venir.»

Même s’il est éveillé à la possibilité de voir Doug Ford retirer l’Ontario du marché du carbone, Philippe Couillard n’est pas impressionné par les sondages qui prédisent la victoire des conservateurs ontariens aux élections du 7 juin. «L’élection en Ontario est loin d’être jouée malgré ce qu’on voit actuellement dans les sondages. Mme Wynne fait toujours de très bonnes campagnes électorales.»

Et même dans le cas d’une victoire de M. Ford, le premier ministre fait valoir que «c’est loin d’être aussi simple que ça de se retirer du marché du carbone. C’est un traité qui lie trois États». Il signale aussi que dans le cas d’un tel retrait, la taxe fédérale annoncée par Justin Trudeau s’appliquerait, «ce qui est à mon avis un scénario très défavorable pour l’Ontario».

Il conclut que dans une telle situation «très hypothétique, on ferait des représentations auprès de l’Ontario pour leur montrer le bien-fondé du mécanisme et son aspect supérieur par rapport à d’autres options. Moi j’ai toujours considéré que le marché du carbone était supérieur à une taxe sur le carbone».

Les événements récents sur la scène politique ontarienne ne sont pas les seuls à soulever des doutes sur la capacité du Canada de respecter ses engagements contre les changements climatiques. L’Alberta a accepté le principe d’une taxe sur le carbone, mais en retour de l’accord fédéral au projet de pipeline Kinder Morgan vers le Pacifique. Mais la Colombie-Britannique bloque ce projet. Le gouvernement Trudeau tente de dénouer l’impasse, mais le litige a atteint un tel point que les Albertains menacent de boycotter le vin de la province voisine. C’est dire l’ampleur de la chicane…