Marc St-Hilaire

Faisons comme les poissons

ÉDITORIAL / Depuis l’émergence du coronavirus et de la maladie COVID-19, nous assistons à un spectacle déroutant où s’amalgament la panique et l’insouciance, les craintes et le cynisme, la peur et la désinvolture. Une tempête de commentaires s’est abattue sur les réseaux sociaux, comme autant de théories absurdes venues de nulle part et teintées d’incrédulité. Comme si tout le monde était devenu microbiologiste du jour au lendemain. C’est pourtant lors d’un épisode comme celui-ci que la cohérence et l’unité de corps prennent tout leur sens et que nous devons éviter à tout prix la désorganisation.

Jeudi, peu avant le coup de midi, le premier ministre François Legault a demandé l’annulation de tous les événements regroupant plus de 250 personnes au Québec. Il est rarissime qu’un gouvernement décrète ainsi une interruption dans les activités courantes de notre société. Or, lorsque la nouvelle est tombée, combien ont cessé de parler — ou d’écrire — et ont réfléchi quelques instants quant à leur responsabilité individuelle ?

Personne ne doit banaliser ce qui se passe en ce moment. Personne. Quand un chef d’État, par la voie officielle, invite non seulement à l’annulation de tout rassemblement d’importance, mais demande également à tous les Québécois qui rentrent de voyage de s’isoler pendant 14 jours, peu importe le pays qu’ils ont visité, on se tait et on obtempère. La consigne est d’ailleurs obligatoire pour tous les employés de l’État et ceux des grands réseaux de services. C’est raide un peu, dit comme ça, mais l’heure n’est plus aux commentaires idiots sur Facebook. Soyons responsables, individuellement et collectivement !

La seule façon d’avoir le dernier mot devant une telle pandémie est de passer en mode colonie, c’est-à-dire se regrouper tel un banc de poissons qui puise sa force dans sa capacité à nager ensemble. En rejetant les mesures proposées par le gouvernement pour des motifs individualistes, les récalcitrants nuiront à l’effort collectif pour enrayer la montée du virus. N’hésitez pas à leur dire, ce sont eux qui sont dans l’erreur.

Parce que, sachez-le, beaucoup de choses vont changer dans notre quotidien.

Jeudi, peu avant le coup de midi, c’est une bombe qui a frappé le Québec et son écho résonnera encore plusieurs semaines, voire des mois.

Rarement a-t-on vu, ici au Québec, un tel chapelet de mises en garde à l’approche d’une maladie. À quel point sera-t-elle répandue ; à quel point sera-t-elle létale ? Nul n’est en mesure de répondre à ces questions. Par contre, il y a une variable immuable dans l’équation : prendre tous les moyens nécessaires pour freiner une éventuelle propagation, en attendant que la science développe des antiviraux et comprenne mieux la COVID-19.

Spontanément, on pense aux spectacles, aux événements sportifs, aux festivals et aux voyages annuels dans le Sud. On se lave les mains au savon et on s’isole en cas de rhume, mais ensuite ? Plus le temps passera entre aujourd’hui et un retour à la normale, plus les moyens de prévention se multiplieront. Les écoles, les centres commerciaux et les restaurants sont autant d’endroits où les gens circulent en masse et où le nouveau virus est susceptible de se transmettre d’un anonyme à l’autre.

Au travail, quelle sera votre réaction si un collègue tousse aux cinq minutes ? Et dans l’autobus ? Au marché ? Et si c’est vous qui démontrez des symptômes grippaux, serez-vous suffisamment responsable pour rester à la maison et protéger les autres ?

L’idée n’est pas de modifier notre mode de vie pour vaincre le nouveau coronavirus, des spécialistes sont déjà à l’œuvre pour ça. Non, notre rôle à nous, c’est de ralentir le plus possible sa propagation. Parce que si 25 000 personnes sont atteintes en même temps dans une nation où l’on ne compte que 5000 lits en soins intensifs, que se passera-t-il selon vous ?

Alors, nageons ensemble comme les poissons afin d’être plus forts que la pandémie.