Dominick Viau-Bissonnette, 19 ans, et ses parents, Andréanne Viau et Stéphane Bissonnette, forment un trio d’étudiants qui ne passe pas inaperçu au Cégep de Shawinigan. -

Étudier au cégep avec fiston

CHRONIQUE / Quand Dominick, alors âgé de 17 ans, leur a annoncé qu’il souhaitait amorcer des études collégiales en techniques de l’informatique, ses parents ont trouvé que c’était tellement une bonne idée qu’ils ont décidé de s’inscrire... avec lui.

Jamais trop tard pour oser se lancer dans le vide.

Deux ans plus tard, le trio n’entend pas en rester là une fois son diplôme en main, au printemps 2020.

Prochaine étape: l’université. Pour quatre ans cette fois. En génie de la production automatisée. Toujours à trois, cela va de soi. On ne change pas une équipe qui réussit.

Fiston, son père et sa mère ont une tondeuse robotisée à mettre au point. Et bien d’autres choses encore.

«Oublie ça maman. Tu n’y penses même pas.»

C’est la réaction de mon fils, un cégépien de 18 ans, en apprenant que je venais de faire une entrevue avec un jeune homme de 19 ans et ses parents qui étudient dans le même programme, au Cégep de Shawinigan.

Me connaissant, il ne m’a jamais laissé le temps de lui demander: «Aurais-tu aimé cela que je m’inscrive avec toi? Comme eux, on aurait pu faire nos travaux ensemble? C’est génial, non?»

«Non m’man.»

Dominick, lui, a dit oui sans hésiter.

Ce bollé en informatique – qui étudie également la trompette au Conservatoire de musique de Trois-Rivières - y a vu l’occasion parfaite de s’entourer de deux compagnons de classe expérimentés en matière d’organisation et de planification, le principal défi des étudiants qui arrivent du secondaire et de son encadrement douillet.

Respectivement âgés de 45 et de 46 ans, Andréanne Viau et Stéphane Bissonnette sont passés par là il y a près de trente ans. Devenus parents de quatre enfants, dont des jumelles de 16 ans, ils s’y connaissent en matière de gestion de temps. Qui plus est, ils se passionnent depuis longtemps pour tout ce qui touche les ordinateurs.

Un et un font deux, s’est dit Dominick qui n’avait aucun problème à ce que ses parents évoluent dans le même environnement scolaire que lui. Bien au contraire.

«On connaît nos forces et nos faiblesses. C’est plus facile de se partager les tâches et de s’entraider. On a les mêmes objectifs de performance.»

Ceci étant dit, le cégep, ce n’est pas seulement la théorie. C’est aussi le passage de l’adolescence à l’âge adulte, une étape où le besoin d’autonomie, d’indépendance et de liberté s’exprime généralement avec les amis, sans la présence des parents.

Aucun problème avec ça, soutient encore Dominick, un jeune homme plutôt réservé de nature. Si je me fie à ses parents, c’est également le cas de la plupart des étudiants de sa cohorte. Pour tout dire, ce n’est pas dans ce programme qu’on organise le plus de partys après les cours.

Quoi qu’il en soit, Andréanne et Stéphane assurent qu’à la moindre réticence de leur fils, ils se seraient abstenus de s’inspirer de son choix de carrière pour réorienter la leur en retournant sur les bancs d’école avec lui.

«On n’est pas des parents parapluies», tient à préciser Stéphane. Ou des parents «hélicoptères», si vous préférez.

On surnomme ainsi ceux et celles qui ont le réflexe de se tenir ou de «survoler» au-dessus de leur progéniture. Ce n’est pas toujours conscient et mal intentionné. Ainsi juchés, ces parents veulent prévenir les obstacles que leur petit ou plus grand est appelé à rencontrer.

Technicien en éducation spécialisée de formation, Stéphane Bissonnette sait pertinemment que ce n’est pas la meilleure chose à faire pour aider quelqu’un à s’adapter.

«On ne demande pas à Dominick de faire ce qu’on lui dit. On a développé un partenariat avec lui. Chacun fait ses affaires et on se débrouille très bien tous les trois. Quand on est au cégep, la notion de parents n’existe plus. Nous sommes trois collègues de travail.»

Originaires de Notre-Dame-du-Mont-Carmel, les Viau-Bissonnette récoltent d’ailleurs de très bonnes notes, voire les honneurs au Cégep de Shawinigan où les enseignants et étudiants n’ont pas caché leur étonnement en les voyant arriver dans la classe, à la session d’automne 2017.

Andréanne et Stéphane pouvaient très bien deviner ce que ces regards sur eux voulaient dire.

«Voyons donc! C’est quoi ça, maman et papa qui viennent étudier avec leur gars? Il a 17 ans. Il est assez vieux pour se débrouiller.»

Andréanne ajoute que ces sceptiques ont rapidement réalisé qu’elle et son mari n’étaient pas là pour surprotéger leur grand garçon. Ni pour essuyer des échecs.

Leur premier passage au cégep et à l’université (en histoire) ne date pas d’hier, mais ces étudiants-parents sont parfaitement capables de suivre les explications pointues des professeurs. Au besoin, Dominick est appelé en renfort à la maison où on ne compte plus le nombre d’ordinateurs, d’écrans et de câbles d’alimentation éparpillés ici et là.

La conciliation famille-études-travail, c’est leur spécialité. Stéphane est particulièrement doué dans le domaine puisqu’il étudie le jour au cégep et est intervenant, le soir, au Centre Roland-Bertand, un organisme qui vient en aide aux personnes démunies.

Le trio ne voit pas passer les heures. Coder, c’est créer. «C’est comme l’écriture et la peinture!», image Stéphane avant de me parler de la souffleuse intelligente que lui et ses deux partenaires sont également à peaufiner.

Dominick et ses parents étaient fascinés par le domaine de l’informatique bien avant de se retrouver dans la même classe. Ça a toujours été leur sujet de conversation principal.

C’est maintenant leur mode de vie.