Sébastien Lévesque
Le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge
Le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge

Éthique et culture religieuse 2.0

CHRONIQUE / La semaine dernière, nous avons appris que le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, avait l’intention d’abolir le cours d’éthique et culture religieuse (ECR) pour le remplacer par un nouveau programme dont le contenu exact reste à déterminer. À y regarder de plus près, on constate cependant qu’il ne s’agit peut-être pas d’une abolition à proprement parler, mais davantage d’une refonte ou d’une révision en profondeur. En effet, le cours ne portera plus le même nom, mais certains de ses éléments de contenu demeureront vraisemblablement au programme.

Pour tout dire, on a l’impression que cette démarche vise essentiellement à réviser à la baisse la place de la religion dans le corpus scolaire. Globalement, je crois que c’est une bonne chose, mais encore faut-il garder à l’esprit que la religion a toujours été et continue d’être un fait anthropologique et sociologique important. Pour le meilleur et pour le pire, en effet, les religions maintiennent leur emprise sur de nombreuses personnes un peu partout à travers le monde. Ne serait-ce que pour cette raison, il apparaît incontournable que les jeunes acquièrent certaines connaissances à propos du fait religieux.

Mais ce qui fait surtout défaut au cours d’ECR, c’est son manque flagrant de recul et de perspective par rapport aux croyances et aux pratiques religieuses. Enseigner le respect et la tolérance est certainement une bonne chose, mais encore faut-il se garder de sombrer dans le relativisme ambiant. À bien des égards, les croyances religieuses et irrationnelles n’ont rien d’admirable et devraient être au contraire soumises à l’examen critique. Bref, en matière de culture religieuse, il importe de trouver un juste équilibre entre complaisance et mépris.

Aussi, il n’est pas rare que les manuels dédiés au cours d’ECR enferment certaines communautés dans des stéréotypes fâcheux. La femme musulmane, par exemple, y est presque systématiquement représentée avec un voile, comme si ce dernier était intrinsèquement lié à son identité religieuse. Cela est évidemment faux et de nombreuses musulmanes, ici comme ailleurs, ne portent pas le voile. Par ailleurs, il ne faut pas négliger le fait que plusieurs femmes le portent davantage par obligation que par choix. Ici encore, il s’agit de trouver l’équilibre afin, d’une part, de ne pas stigmatiser celles qui décident de le porter et, d’autre part, de ne pas renforcer les stéréotypes et les pressions communautaires dont certaines femmes sont l’objet.

Dans un autre ordre d’idée, je dirais que dans les dernières années, en raison de tous ces débats sur la laïcité et les accommodements raisonnables, la religion en est venue à occuper une place démesurée et inhabituelle dans l’espace public, comme si elle était toujours un fait structurant de notre société. Or, ce n’est évidemment pas le cas. Pour autant, il n’est pas question de dire que la liberté de religion n’est pas importante, mais simplement de reconnaître que la religion est d’abord et avant tout une affaire personnelle – qui relève du domaine privé – et qui devrait le moins possible interférer avec la chose publique.

Bref, bien qu’elle mérite d’être revue à la baisse et articulée autrement, il n’en demeure pas moins que la religion a toujours sa place à l’école. Le ministre de l’Éducation a pour sa part déterminé huit thèmes qui guideront l’élaboration du nouveau cours, et personnellement, ils me semblent tous très pertinents. Il s’agit de la participation citoyenne et la démocratie, de l’éducation juridique, de l’écocitoyenneté, de l’éducation à la citoyenneté, du développement de soi et des relations interpersonnelles, de l’éthique, de la citoyenneté numérique et de la culture des sociétés.

Mais quelle place pour la religion dans tout ça ? La place qui lui revient, tout simplement. Depuis la Révolution tranquille, en effet, la religion n’est plus un fait structurant de la société québécoise. Pour autant, elle continue de rythmer certaines de nos relations sociales et interpersonnelles. Pour le meilleur et pour le pire, donc, le fait religieux doit être enseigné dans nos écoles, et ce, afin que chacun puisse en disposer librement, sur la base d’un examen critique.