Pour le président du Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec, Richard Perron, pas question de s’asseoir sur ses mains en attendant la fin d’une procédure de grief.

Êtes-vous Louis Robert?

CHRONIQUE / Sans le vouloir, le gouvernement caquiste de François Legault donne un précieux coup de main à l’UPA (Union des producteurs agricoles) et aux syndicats, plus particulièrement au Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ).

Comment? Simplement par le traitement qu’il réserve à l’agronome Louis Robert.

Si cet employé du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ)  n’avait pas été congédié de façon aussi cavalière et maladroite en janvier, qui s’inquiéterait des lacunes de la loi  sur les lanceurs d’alerte et de la protection qu’elle offre aux employés qui osent dénoncer une situation dans un ministère, dans le cas de M. Robert, l’ingérence du privé dans la recherche publique sur les pesticides?

Qui mettrait de la pression sur Québec pour la tenue  d’une commission parlementaire sur les impacts sur la santé et l’environnement, de l’utilisation des produits chimiques, tels que les pesticides, dans le secteur de l’agriculture et de l’alimentation?

Cet enjeu n’est pas nouveau, mais il prend une dimension nouvelle avec le congédiement de l’agronome qui était à l’emploi du ministère depuis 32 ans. L’indépendance des chercheurs devient un sujet de préoccupation supplémentaire.

Le gouvernement se retrouve à devoir traiter ces dossiers par sa propre faute.

Le congédiement pousse aussi une réflexion plus large sur  l’agriculture et l’environnement, des thèmes qui jusqu’à maintenant ne figuraient pas dans la liste de priorités du gouvernement.

Si François Legault  et son ministre André Lamontagne ont cru que l’histoire de Louis Robert et les appuis qu’elle suscite s’essouffleraient après une semaine, c’est raté.

Le SPGQ a organisé pour ce mardi dans la capitale une manifestation d’appui pour  Louis Robert. La pétition lancée à la mi-février sur Change.org dépasse les 28 000 signataires. 

Le syndicat envisage de plus la possibilité d’une poursuite pour diffamation contre le ministre Lamontagne et le premier ministre  Legault pour avoir avancé que la dénonciation publique n’était pas le seul motif du congédiement de M. Robert. 

Pour le président syndical Richard Perron, pas question de s’asseoir sur ses mains en attendant la fin d’une procédure de grief. Le gouvernement veut jouer dur, il monte dans le «ring». 

Le syndicat n’a pas l’intention de patienter d’un à trois ans pour que l’agronome Robert touche un salaire et soit réintégré à son poste.

Il bâtit un rapport de force pour conclure une entente avec Québec. Des syndicats de professionnnels de l’Ontario, de la Colombie-Britannique et de la fonction publique fédérale viennent  d’accorder leur soutien au SPGQ et à l’agronome.

Mieux vaut trouver une voie de passage, sinon le dossier risque de venir hanter à tout bout de champ le gouvernement s’il attend les conclusions de la Protectrice du citoyen ou la décision d’un arbitre ou d’un juge.

Ceux qui se demandent parfois, comme le faisait Yvon Deschamps, les «unions qu’ossa donne» et pourquoi payer des cotisations syndicales, ont une partie de la réponse avec le cas de M. Robert.

Comment un employé pourrait-il faire face seul à son patron? Comment un fonctionnaire oserait-il dénoncer une situation contraire à l’intérêt ou à la santé du public s’il risque le congédiement? 

Le gouvernement Legault se retrouve de plus à devoir avancer plus vite que prévu en matière d’agroenvironnement.

L’Union des producteurs agricoles (UPA) a déjà saisi que le contexte actuel lui était favorable. La semaine dernière, elle a profité d’un rapport du ministère de l’Environnement dévoilant la présence de pesticides dans divers cours d’eau du Québec pour réclamer un «véritable plan vert agricole».

Il n’est pas superflu de rappeler les demandes formulées par l’UPA durant la dernière campagne électorale. 

L’UPA souhaite notamment que Québec hausse les fonds octroyés aux centres de recherche afin d’accroître la connaissance dans chaque production et de bonifier les outils de lutte aux ennemis des cultures (insectes, maladies, mauvaises herbes).

Elle veut aussi que le gouvernement fasse la promotion et qu’il soutienne adéquatement la production biologique.

L’UPA demande également à Québec d’assurer l’accompagnement des producteurs (formation) et d’améliorer l’offre de services-conseils neutres. 

«Neutres», le terme est important. Si ce sont les agronomes embauchés par les vendeurs de pesticides qui donnent les conseils, il ne faut pas s’étonner que les agriculteurs utilisent beaucoup ces produits.

«Le privé occupe l’espace que le MAPAQ lui laisse», souligne un conseiller de l’UPA.

La nature a en effet horreur du vide. Si l’État se désengage et ferme les yeux, les producteurs ne peuvent plus se tourner vers le MAPAQ pour obtenir une expertise.

Nous verrons dans le prochain budget si le gouvernement Legault est  prêt à consacrer des sommes supplémentaires pour corriger cette situation. Se dire ouvert à la tenue d’une commission parlementaire et formuler de belles intentions ne suffit pas.