Aux yeux d’Émilie Gingras, personne ne devrait avoir à renoncer à l’amour.

Et plus si affinités

CHRONIQUE / Émilie Gingras a un gars de 11 ans, elle le voit grandir, se demande comme toutes les mères ce que l’avenir lui réserve.

Et s’il trouvera l’amour.

On se pose tous la question comme parent, mais Émilie, elle y pense avec une pointe d’inquiétude. Diagnostiqué Asperger à quatre ans, son fils a un peu de misère côté aptitudes sociales.

Un défi de plus pour Cupidon.

Un soir, il y a un an et demi environ, elle regardait la série documentaire britannique Handicap amoureux, traduction de l’anglais The Undateables, qu’on aurait pu traduire par «Les Infréquentables» si ça n’avait pas cette connotation en français de mauvaises fréquentations.

L’émission suit des personnes qui ont un handicap et qui cherchent l’amour.

Qui le trouvent, parfois.

Les candidats sont choisis par une agence de rencontre, Flame Introductions, qui sert d’entremetteuse pour tout ce beau monde. «J’ai eu un déclic ce soir-là en écoutant l’émission! J’ai cherché si ça existait ici, je n’ai rien trouvé pour les personnes qui ont des handicaps ou qui sont différentes.»

Elle a planché sur un plan d’affaires et, le temps qu’elle passe à la prochaine étape, elle a découvert que deux femmes avaient eu la même idée à Saint-Jean-sur-le-Richelieu en 2017, l’agence s’appelle Rencontre adaptée. «Je les ai contactées, on s’est rencontrées et ça a cliqué! Darlène et Vanessa s’occupent de Montréal et de la Rive-Sud et moi, je suis à Lévis, je couvre une heure autour.»

C’est tout nouveau, elle a commencé le 12 août.

Tellement nouveau qu’elle n’a pas encore fait de «matchs», elle a été approchée par la télévision pour parler de son projet, «mais ils voulaient des couples». Il faut commencer par le commencement, pour avoir des couples il faut avoir une banque de personnes dans laquelle piger. «Quand les gens appellent pour avoir de l’information, ils hésitent à s’inscrire parce qu’il n’y a pas de monde…»

Il y a environ 70 membres à l’autre bout de la 20.

À ce bout-ci, quatre.

Deux hommes et deux femmes.

Mais Émilie n’est pas du genre à se laisser décourager, elle est en mode recrutement, elle organise une soirée d’ouverture officielle le 7 décembre où, qui sait, un premier couple sera peut-être formé. Elle fait ça bénévolement pour l’instant, en plus de son boulot. «Je donne tout mon temps, j’y crois tellement.»

À Montréal et autour, Darlène et Vanessa ont fait quelques paires, et le mot se passe. Il y a toutes sortes de profils, «quelques jeunes qui ont eu des accidents, des gens en fauteuils roulants, des déficiences intellectuelles légères, des trisomiques un peu, ça peut aussi être des gens qui ont eu un cancer qui a affecté leurs parties intimes.»

Des gens qui ne se voient pas magasiner l’amour sur Tinder.

Ni ailleurs.

Le seul point commun avec les autres agences de rencontre, c’est qu’il y a plus d’hommes que de femmes, à peu près trois ou quatre pour une. «Comme ailleurs, les femmes, c’est une denrée rare…»

Émilie n’écoute pas les mauvaises langues. «Il y en a qui disent qu’on met les gens à part. C’est le contraire, on les met ensemble. Et on les accompagne tout le long là-dedans, jusqu’à la rencontre.» Et elle sait que le besoin est là. «Les gens qui viennent chez nous, ça peut être pour trouver l’amour ou pour trouver l’amitié. On veut aussi ouvrir le cercle social des gens, ils nous disent qu’il n’y a pas grand-chose pour eux, pas beaucoup d’activités sociales, les gens sont abandonnés là-dedans.»

Elle rêve même. «Les filles et moi, on aimerait ça développer autre chose autour de l’agence… ça pourrait être des cafés, des activités, on aimerait que les gens aient une place le fun où aller, avec des tables de jeu. Tout peut se faire!»

«Fun» et handicap, deux mots qu’on ne voit pas souvent ensemble.

À ses yeux, personne ne devrait avoir à renoncer à l’amour. «Les gens sont seuls, il faut briser ça. Quand tu réussis à faire que des gens se rencontrent, tu les rends heureux. Et c’est déjà compliqué, dans le monde normal, de trouver l’amour…»

Pour plus d’infos : www.rencontreadaptee.com