Des dizaines d’experts et des heures de discussion sur les inondations du printemps et rien sur la gestion des barrages.

Et la gestion des barrages, elle?

CHRONIQUE / Comment peut-on prétendre faire un bilan des inondations du printemps dernier, à Gatineau, sans analyser la gestion des barrages ? Je vous l’avoue, ça me dépasse.

Pourtant, c’est à peine si on a effleuré le sujet mardi à Québec, alors que des dizaines d’experts, d’élus et de sinistrés dressaient un nouveau bilan de la crue printanière.

Plus de cinq heures de discussions et pas un mot, ou presque, sur la gestion des barrages pendant la crise. 

D’accord, le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, a abordé timidement le sujet à la toute fin des échanges. Il a demandé à Québec de fournir des explications sur le rôle des barrages, sur ce qu’ils peuvent faire et ne pas faire pour éviter des inondations printanières. 

Visiblement, l’intervention tardive de M. Pedneaud-Jobin n’a pas ébranlé le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux. En tout cas, celui-ci n’a pas cru bon de relever l’allusion du maire, quelques instants plus tard, au moment de résumer sa compréhension des discussions de la journée. 

Pourtant, bien des sinistrés se demandent si une meilleure gestion des barrages aurait permis de réduire les dommages causés par la crue printanière à Gatineau.

Lors des discussions à Québec, quelqu’un a donné l’exemple de Rio Tinto, au Saguenay-Lac-Saint-Jean. L’entreprise a géré ses barrages de façon à éviter que des inondations énormes touchent la région. A-t-on eu le même souci de limiter les dégâts en Outaouais ?

On l’ignore.

Il me semble que le gouvernement du Québec et Hydro-Québec devraient répondre aux questions tout à fait légitimes des citoyens sur cet enjeu.

Les gens ont été traumatisés par les effets dévastateurs de la crue. Tant qu’on ne répondra pas de manière satisfaisante à leurs questions, ils surveilleront d’un œil inquiet les variations du niveau de la rivière. 

En mettant le couvercle là-dessus, Québec a l’air de couvrir les fesses d’Hydro-Québec. Ça ouvre la porte à toutes sortes de théories du complot.

Pas besoin d’une enquête publique pour faire la lumière sur la question. Juste d’un bon rapport qui explique la manière dont les barrages ont été gérés le printemps dernier.

Est-ce si compliqué ?

Le pire, c’est que le gouvernement du Québec détient une partie des réponses.

Vous vous souvenez de cette pétition lancée par le Gatinois Jason Leblanc ? Il réclamait une enquête publique sur la gestion des barrages pendant la crue printanière. Okay, la pétition a fait chou blanc. Elle a recueilli à peine 621 signatures… moins que pour la chasse à l’écureuil. Sauf que M. Leblanc, lui-même un sinistré de Gatineau, a obtenu une réponse écrite de la part du ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Moreau.

Une belle lettre pédagogique où le ministre explique que les mesures qu’Hydro-Québec peut prendre contre la crue printanière ont un « impact limité ». Il précise que les 4 principaux réservoirs d’Hydro-Québec et de ses partenaires situés sur le bassin de la rivière des Outaouais permettent de contrôler seulement 40 % des apports en eau.

« Cela laisse donc 60 % des précipitations et de l’eau provenant de la fonte des neiges s’écouler de façon naturelle vers Gatineau ou Montréal », écrit le ministre Moreau.

Il ajoute que les réservoirs sont déjà à leur plus bas niveau à la fin de l’hiver, précisément pour faire de la place aux crues printanières. Mais bon, quand tu as des précipitations records ET une fonte rapide de grosses accumulations de neige, il y a so much que tu peux faire.

C’est déjà un début de réponse. N’empêche que si la gestion des barrages a été à ce point impeccable, pourquoi Québec se montre-t-il si réticent à aborder le sujet ?