Le port de Québec

«Est-ce qu’on a une promesse?»

CHRONIQUE / L'histoire que je m’apprête à partager avec vous m’a été racontée en 2003, je couvrais la campagne électorale, celle où Jean Charest répétait qu’il était prêt.

Où il disait que sa «première priorité» était la santé.

La même campagne où on a appris la signification de Audi alteram partem, écoute l’autre, quand Parizeau a mis Landry dans l’embarras.

Encore.

J’étais à bord de la «caravane» d’un des partis et, ce soir-là, nous volions vers l’Abitibi pour visiter une circonscription où le candidat avait besoin d’un sérieux coup de pouce. La promiscuité invitant à la confidence, l’homme politique nous a raconté une histoire sur l’importance de promettre.

Juste promettre.

L’anecdote remontait déjà à plusieurs années, lui et quelques autres personnes, de bons libéraux, étaient en route vers une municipalité de l’est du Québec à bord d’une camionnette. Ils s’en allaient tenir une conférence de presse pour présenter le candidat qui porterait les couleurs du parti.

Un des organisateurs planchait sur le communiqué de presse. «Est-ce qu’on a une promesse?»

Les autres autour ont été saisis par la question, ils avaient prévu vanter les belles réalisations du parti, la valeur du candidat, parler de quelques enjeux locaux pour montrer qu’ils étaient au courant de la réalité du coin.

Ça devrait suffire, non?

Non.

La fine équipe a fait un remue-méninges improvisé sur la 20, ils ont fini par accoucher d’une promesse. «On a eu l’idée de leur promettre un centre de peinture de véhicules gouvernementaux.» Je vous le raconte de mémoire, je n’ai pas réussi à retrouver dans les archives les détails de cette annonce.

Le candidat a fait sa campagne en assurant qu’un vote pour lui allait créer des emplois. Il a été élu.

Mais le centre de peinture n’a jamais vu le jour. Ce n’était qu’une promesse. «Le député est revenu avec ça une couple de fois, il demandait quand allait être créé le centre... les électeurs lui demandaient quand ça allait se faire. Ils ont fini par engager un gars qui a peinturé deux, trois chars...»

Ça m’a fait penser à Anacolor.

Le gouvernement de Philippe Couillard s’est toujours tenu loin du dossier jusqu’à ce que la soupe se réchauffe dans la circonscription de Louis-Hébert, que la candidate libérale Ihssane El Ghernati tentait de conserver dans le bastion. Visiblement, elle allait avoir besoin de plus que du sourire du premier ministre.

Les libéraux se sont engagés à déménager l’usine de peinture.

Ils pourraient l’envoyer dans le bas du fleuve, tiens, et remplir leur promesse du siècle dernier.

Sam Hamad, quand il était député, n’a jamais été bien combattif dans le dossier d’Anacolor, laissant son collègue à l’Environnement, David Heurtel, tenter de contraindre cette entreprise à réduire ses émissions nauséabondes. Jusqu’ici, toutes les tentatives ont fait chou blanc.

Et tout à coup, moins de 72 heures avant l’ouverture des bureaux de vote, alors que les citoyens réclament l’action du gouvernement depuis plus de deux ans, le déménagement de l’usine est devenu une priorité d’État.

Même si la Ville de Québec a déjà offert d’acheter le terrain à bon prix, 1,6 million $ et que la compagnie a refusé. 

Non, a juré Couillard, ça n’a rien à voir avec l’élection.

Mon œil.

Encore mardi dernier, un gros nuage de poussière rouge a été poussé par le vent. Dans l’indifférence totale.

Tant qu’à y être, si le gouvernement est à ce point déterminé à garantir un air de bonne qualité aux citoyens de la ville, et pas seulement aux gens de Cap-Rouge, on peut dépoussiérer le dossier du nickel et autres cochonneries que saupoudre la compagnie Arrimage depuis des années. 

Encore mardi dernier, un gros nuage de poussière a été poussé par le vent.

Dans l’indifférence totale. La mobilisation citoyenne, autrefois galvanisée par l’épisode de la poussière rouge de 2012, s’est essoufflée.

Les gens de Cap-Rouge, eux, n’oublieront pas, même s’ils ont envoyé un député de la CAQ au Salon bleu. Les promesses d’un premier ministre n’engagent pas seulement le parti, elles engagent le gouvernement.

Voilà qui s’appelle se peinturer dans le coin.