Un des meilleurs moyens de prévention serait de s’intéresser à ce que nos enfants regardent, ce à quoi ils s’intéressent.

Entre YouTube et Passe-Partout

CHRONIQUE/ À mon grand bonheur, mes filles tripent bin raide sur la nouvelle mouture de Passe-Partout. Mais à mon grand dam, elles lui préfèrent encore YouTube...

Maudit YouTube ! Source de beaucoup trop nombreuses crises lorsqu’on y met un holà et d’innombrables crêpages de chignon entre sœurs pour décider qui choisit la fameuse vidéo à regarder. Avoir su, il y a quelques années, on n’aurait jamais présenté la Chose à mademoiselle la plus grande pour l’aider à patienter dans la salle d’attente du médecin. (Si vous savez lire entre les lignes, comprenez bien ici qu’il s’agit d’un précieux conseil aux futurs parents : RETARDEZ AU MAXIMUM LE MOMENT D’INTRODUIRE LES ZINTERNET DANS LA VIE DE VOS ENFANTS !)

Outre l’alarme sonnée par plusieurs face au trop grand nombre d’heures passées devant les écrans, une autre chose m’indispose. Pour être franche, je ne comprends pas l’intérêt que mes filles trouvent à rerererererererereregarder les aventures de Kalys et Athena, parfois bien insignifiantes, avouons-le. Il faut toutefois croire qu’il y en a un auprès d’un jeune public puisque les deux petites youtubeuses françaises du Studio Bubble Tea ont plus d’un million d’abonnés à leur actif et leur chaîne se situe au deuxième rang des plus populaires auprès des enfants, juste devant Madame Récré.

Si les tests de produits, challenges et drôles de moments de vie des deux sœurettes peuvent encore passer, les vidéos de l’autre me font lever les cheveux sur la tête tellement elles sonnent comme de la publicité. Pour les non-initiés, sachez que la dame déballe sans cesse de nouveaux jouets et s’amuse avec eux en vantant à quel point c’est génial de jouer avec de la pâte à modeler Play-Doh, des poupées Corolle ou encore des œufs Kinder.

Pas de la publicité

Pourtant, il faudrait étudier le cas plus en profondeur, selon l’avocat Joey Zukran, habitué aux actions collectives. Il est notamment derrière le recours collectif contre McDonald et leurs Joyeux Festins. Pour qu’un message soit considéré comme une publicité, il faut qu’il incite une personne à utiliser un produit ou un service. « Il faut pousser à la vente », dit-il.

Or, dans le cas de Madame Récré, Me Zukran n’est « pas si sûr » qu’il s’agit de publicité. Même si n’importe quel enfant voudra lui aussi avoir la bébelle en question présentée sur YouTube. « Il faudrait prouver qu’il y a un but commercial. » « Mais le cas est certainement intéressant et il est vrai que la ligne est très mince », concède-t-il. 

Depuis 40 ans, le Québec interdit la publicité destinée aux moins de 13 ans parce qu’on considère qu’ils ne peuvent faire la distinction, avant l’adolescence, entre information et promotion. Il faut croire qu’elle fonctionne bien en général puisque, de l’avis de Me Zukran, il n’y a jamais eu si peu de publicité faite aux enfants au Québec.

Mais l’ère des réseaux sociaux vient compliquer la tâche de l’Office de protection du consommateur et, pire encore, rendent floues les limites à ne pas franchir, de sorte qu’on se retrouve aujourd’hui avec beaucoup de pubs indirectes, déguisées.

Le pire

Ce n’est cependant pas le pire des réseaux sociaux, comme on a pu le constater à plus d’une reprise cette semaine. Il me semble qu’il ne s’est pas passé une journée sans que n’apparaisse sur mon fil d’actualités Facebook une nouvelle alarmante concernant du contenu web.

« Des vidéos montrant aux enfants comment se suicider sur YouTube » ; « Des publicités retirées de YouTube, accusé de faciliter des agissements pédophiles » ; « Pédophilie : YouTube bannit les commentaires sous les vidéos mettant en vedette des mineurs » ; « Pornographie juvénile : une autre vedette du web arrêtée »...

« C’est dangereux », me confirme un ami informaticien, qui se dit lui aussi bien démuni parfois lorsque vient le temps de protéger ses enfants dans le cyberespace.

Si lui, le Dieu de l’informatique, le superhéros des bogues technologiques, n’arrive pas à arrêter tous les pas fins qui parviennent à déjouer les algorithmes youtubiens, comment moi, simple parent, puis-je y arriver ? D’autant plus que les jeunes en savent généralement beaucoup plus que leurs parents à ce niveau. TikTok, quossé ça ?

Pourtant, un des meilleurs moyens de prévention serait de s’intéresser à ce que nos enfants regardent, ce à quoi ils s’intéressent, disait Christine Thoër, professeure au département de communication sociale et publique de l’UQAM à La Presse en 2017. Pour mieux guider son jeune dans ses choix, le sensibiliser aux dangers, bref l’accompagner dans son éducation technologique, il serait donc préférable de passer par le partage plutôt que les restrictions. Car de toute façon, si c’est bloqué à la maison, ce ne le sera pas nécessairement chez des amis, sur les cellulaires, les tablettes ou autre.

Un avis que partage à 100 % Me Joey Zukran. « Les parents doivent absolument sensibiliser et responsabiliser leurs enfants afin qu’ils comprennent les enjeux de leur utilisation des médias sociaux », dit-il.

Mais tant qu’ils sont tout-petits, pourquoi ne pas les mettre devant Passe-Partout ? C’est tellement plus simple.