Le Gatinois Julien Fournier souhaite que ses prochaines années dans Ligue américaine et la Ligue East Coast lui serviront de tremplin pour atteindre la LNH.

Entre Nicolet et Greenville...

CHRONIQUE / Une recrue ne veut jamais rater son début de saison. Une recrue, par définition, c’est anxieux. Ça brûle d’envie de sauter sur la glace, ça veut faire ses preuves. Une recrue c’est impatient de réaliser son rêve.

Dans le monde de l’arbitrage, Julien Fournier est une recrue. Pour la première fois, cet automne, il travaillera à temps complet comme juge de lignes dans les ligues mineures du hockey professionnel.

Au moment où vous lirez ces lignes, le jeune Gatinois de 23 ans sera fort probablement en train de s’installer dans son appartement de Greenville, en Caroline du Sud. Un déménagement qui survient un peu tardivement. Il avait cependant une très bonne raison de rater les premières semaines du calendrier de la Ligue américaine et de la Ligue East Coast.

Il était retenu à Nicolet, où il complétait sa formation à l’École nationale de police du Québec.

« Ça m’a étonné beaucoup », m’a-t-il avoué, plus tôt cette semaine, quand il m’a accordé quelques minutes de son précieux temps.

Il était en train de boucler sa valise, à la veille de son road trip en direction de son nouveau lieu de travail.

Ses nouveaux patrons étaient disposés à lui offrir un contrat, l’été dernier, tout en lui donnant le temps de compléter sa formation professionnelle dans un autre domaine.

« J’essayais de me mettre à leur place. Ils avaient du choix. N’importe quel officiel au monde voudrait travailler à ce niveau ! Ils m’ont dit de prendre mon temps. Ils étaient très ouverts. Ils voulaient s’assurer que je termine complètement ma formation, pour que je puisse ensuite déménager la tête tranquille. Ils ont vraiment été corrects », raconte-t-il.

Fournier a pu compléter sa formation. Il a reçu un diplôme qu’il a choisi de remiser pour l’instant. Il n’est pas vraiment pressé de s’en servir.

« Quand j’étais jeune, c’était le métier de policier qui venait me chercher. Vers la fin de mes études secondaires, c’était ce que je voulais faire de ma vie. C’était vraiment clair. Je lisais beaucoup là-dessus. C’était un métier qui me passionnait beaucoup. C’est un métier qui me passionne toujours, aujourd’hui », me raconte le jeune homme qui, à six pieds et six pouces, a vraiment le physique de l’emploi.

L’arbitrage ?

« C’était juste un petit boulot pour gagner un peu d’argent quand j’avais 15 ans. Je n’étais pas obligé de flipper des burgers, ça faisait mon affaire ! »

Il me balance une autre confidence, à ce moment-là.

Arbitrer des matches impliquant de jeunes enfants, dans les catégories novice et atome, ce n’était pas vraiment son truc. « Je détestais ça », souffle-t-il.

Il a persévéré. Son père, Daniel, a l’arbitrage dans le sang. Aujourd’hui, encore, il peut enfiler son chandail rayé pour cinq ou sept matches par semaine, dans des ligues de garage en Outaouais.

En franchissant les échelons, le fils a fini par être contaminé.

Il dit aujourd’hui ressentir de « gros rushs d’adrénaline » quand il doit prendre des décisions importantes, dans des arénas remplis de spectateurs.

L’ironie le fait quand même sourire.

« Ça me fait un peu drôle. J’ai rêvé toute ma vie d’une carrière dans les forces de l’ordre. J’ai enfin mon diplôme en poche, à une période où plusieurs corps policiers cherchent à embaucher. »

Il se sent quand même prêt à mettre tout ça sur la glace. Littéralement.

La recrue se consacrera corps et âme à sa carrière d’officiel, pour l’instant. Pourvu que ça donne des résultats. Les arbitres, comme les joueurs, ne veulent pas travailler dans les mineures trop longtemps.

Travailler à Greenville, Charlotte ou Charleston, c’est bien beau... à condition d’aboutir à Montréal, Nashville ou encore Las Vegas éventuellement.

« Je me donne quatre ans », tranche Julien Fournier, avec l’assurance d’un gars qui a pris le temps de bien réfléchir à son affaire.

Les prochaines années de sa carrière ressembleront un peu à celui des joueurs qu’il côtoiera sur la glace. Il devra lui aussi livrer de bonnes performances lors des matches où les bonnes personnes seront présentes pour l’observer.

« Personne ne s’imagine atteindre la LNH comme arbitre. Tout le monde veut s’y rendre comme joueur. La vie m’a présenté un beau défi », dit-il.