Sylvain St-Laurent
Le Droit
Sylvain St-Laurent
Le commissaire de la LNH, Gary Bettman
Le commissaire de la LNH, Gary Bettman

Entre ce qui est «humain» et ce qui sera «nécessaire»...

CHRONIQUE / J’ai regardé, une fois de plus, la grande entrevue de Ron MacLean, avec Gary Bettman, la semaine dernière.

J’ai accroché sur cette déclaration, un peu sortie de nulle part, du commissaire.

«Notre ligue a une tradition centenaire. Nous n’allons quand même pas disparaître du jour au lendemain!»

C’était une curieuse déclaration, dans la mesure où MacLean n’avait jamais parlé de la santé financière à moyen ou long terme de la Ligue nationale de hockey.

Dans cet entretien, qui dure un peu plus de 20 minutes, et qui est facile à trouver en ligne, MacLean reste dans le moment présent. Il essaie simplement d’en savoir plus long sur ce qui se passe maintenant. Il s’intéresse au reste de la saison 2020-21 et au prochain repêchage. Il pose de nombreuses questions, mais ne s’aventure jamais plus loin que ça.

Bettman n’est pas tout à fait le même. Son aura de confiance – pour ne pas parler d’arrogance – brille un peu moins que d’habitude.

On a le droit de penser que le grand patron s’inquiète, sincèrement, pour l’avenir du circuit auquel il vient de consacrer 27 longues années.

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En surface, l’idée de compléter la saison 2019-20 de la LNH n’a pas beaucoup de sens.

Il y a des tas d’obstacles à surmonter. Les défis logistiques sont énormes. Et le temps joue contre les dirigeants du circuit.

Le plus gros des problèmes a probablement été soulevé pour la première fois, mardi, dans une discussion entre le centre Phillip Danault et les médias montréalais.

Phillip Danault

Les joueurs ne sont pas tous chauds à l’idée de passer deux, trois ou quatre mois cloîtrés, loin des leurs, pour terminer leur saison.

«Ce n’est pas humain», a déclaré Danault.

Et il n’a pas tort.

Alors que la planète au grand complet traverse eut-on vraiment séparer des familles, comme ça, pendant d’aussi longues périodes?

La LNH ne peut fonctionner sans ses joueurs, c’est évident. Les deux derniers conflits de travail orchestrés par Bettman ont eu pour but de mieux définir les cadres du partenariat entre les propriétaires des équipes et leurs plus importants employés.

Jusqu’à maintenant, tout semblait fonctionner à merveille.

La COVID-19 a tout changé. Et elle risque de continuer à tout changer.

Gary Bettman répète, chaque fois qu’on lui en donne la chance, que l’argent n’est pas son principal facteur de motivation. Il veut préserver l’intégrité de sa ligue centenaire. Et sa ligue centenaire décerne la coupe Stanley, année après année, à son club champion. Son mandat, à titre de commissaire, consiste à explorer toutes les avenues possibles pour que ça continue.

Des chiffres commencent à circuler, depuis quelques jours. Certains donnent le vertige.

Dans son entrevue, la semaine dernière, Ron MacLean a lancé un chiffre. Selon ses estimations, la LNH perdra 200 millions $ si elle doit renoncer aux ventes de billets, durant les séries éliminatoires.

«Ce serait un peu plus que ça», a réagi Bettman.

La LNH reçoit 400 millions $, sur une base annuelle, en vendant ses droits de télédiffusion nationaux à Rogers, pour le Canada anglais. Pour un contrat équivalent, aux États-Unis, NBC débourse 200 millions $.

Si les séries sont annulées, la LNH devra rembourser ces partenaires. Et ça coûtera très cher.

Dans les pages du Toronto Sun, mardi, le chroniqueur Steve Simmons parle de pertes éventuelles de 500 millions $US, en droits de télédiffusion ainsi qu’en commandites, dans l’éventualité d’une annulation complète des séries.

Simmons souligne que tous les clubs de la ligue en ressentiraient les impacts et va même jusqu’à dire que «certains» auraient du mal à s’en remettre.

Quand quelqu’un dit quelque chose comme ça, on pense naturellement à ceux qui sont déjà fragiles. On en connaît au moins un, qui existe tout près de nous, et qui a réduit ses dépenses au strict minimum depuis quelques années.

On pense aux Sénateurs d’Ottawa, qui filaient déjà un mauvais coton, avant la pandémie.

Quand on regarde tout ça, on se dit que les joueurs n’auront peut-être pas le choix de sacrifier une partie de leur été. Même si ça veut dire qu’ils devront s’éloigner.

Si les dirigeants de la LNH trouvent la bonne formule, la tenue des séries pourrait permettre aux joueurs de ne pas perdre ce qu’ils ont mis des années à bâtir. Elle pourrait éventuellement sauver des emplois.