Les balades en calèche sont bien plus populaires qu’on pourrait le croire auprès des touristes, surtout ceux qui souhaitent s’immerger dans l’ambiance Nouvelle-France que leur offre le Québec.

Engelures et scorbut

CHRONIQUE / La fin de semaine dernière, un cheval tirant une calèche est mort.

Pauvre cheval.

Chaque fois que cela se produit, on en entend inévitablement parler aux nouvelles. Il faut dire que l’exploitation du cheval à des fins touristiques, dans le Vieux-Montréal comme dans le Vieux-Québec, est dénoncé par les défenseurs des animaux.

D’ailleurs, la pratique sera interdite dans la métropole à compter de 2020. À Québec, où les cochers affirment que l’activité est encadrée beaucoup plus sévèrement pour le bien des ongulés, les calèches pourront continuer de circuler dans le secteur historique de la ville.

Étudiante, j’ai travaillé dans l’industrie touristique et souvent, les visiteurs s’informaient sur les balades en calèche. Celles-ci sont bien plus populaires qu’on pourrait le croire auprès des touristes, surtout ceux qui souhaitent s’immerger dans l’ambiance Nouvelle-France que leur offre le Québec.

Parce que c’est ça le but ; découvrir une ville et son patrimoine en même temps. Vivre quelque chose d’unique et de magique.

L’Histoire romancée.

Pour bon nombre d’étrangers, le Québec est le pays de l’hiver perpétuel, où des coureurs des bois affublés d’une ceinture fléchée côtoient encore des Amérindiens qui se déplacent les raquettes en babiche aux pieds tout en saluant des gentilshommes se baladant en calèche. Le tout à travers une forêt boréale où tous les arbres produisent de l’eau d’érable et où se promènent librement des hordes de caribous et des castors.

Ça me rappelle la visite d’une partie de ma parenté éloignée venue de France. Je devais avoir quatre ou cinq ans. Ils ont vivement insisté auprès de mes parents pour visiter la réserve huronne de Wendake, tout juste à côté de chez nous, dans l’espoir de voir des Amérindiens, des vrais ! Or, plutôt que de voir des Autochtones affublés de plumes et de peaux d’ours vivant dans des tipis ou des maisons longues, ils sont tombés nez à nez avec des gens modernes, vêtus de vestes de cuir, qui suivaient leur train-train quotidien. Le seul endroit où on pouvait voir des mocassins « en personne », c’était dans une boutique souvenir. Ou au défunt Festival du cuir, qui n’était pas une fête sadomasochiste, soit dit en passant.

Si on voulait vraiment faire vivre notre histoire comme il se doit aux touristes, il faudrait réinventer un peu notre offre.

Pourquoi ne pas proposer un hébergement sans eau courante ni électricité, afin d’affronter les rigueurs de l’hiver québécois ? On pourrait appeler ça le forfait « Engelures et scorbut ».

« L’épopée du chasseur » pourrait permettre aux voyageurs de poursuivre un lièvre dans le boisé — c’est bon pour la forme —, sinon ils devraient se priver d’un repas.

On pourrait même étendre le concept en offrant à nos cousins européens de s’en venir au Nouveau Monde à bord d’une bicoque flottante qui leur permettrait de traverser l’Atlantique comme au temps des colons... L’an dernier, Radio-Canada avait tenté le coup avec dix participants dans le cadre de l’émission La grande traversée.

Peut-être trouvez-vous que je fais de l’esprit de bottine ici. Vous avez raison, c’est ridicule... et assumé !

Bref, on peut aimer l’Histoire, sans toutefois chercher à la vivre comme la famille Trudeau l’a fait en Inde. Sinon, à quoi servent les musées et les centres d’interprétation ?

Voyager, c’est aller ailleurs. C’est s’imprégner d’une nouvelle culture qui, oui, est gorgée d’histoire, mais qui a aussi évolué.

Il est tout à fait possible de l’apprécier sans donner dans les clichés. Autres que ceux que vous prendrez avec votre appareil, évidemment.