Isabelle Légaré
Le Nouvelliste
Isabelle Légaré
Marie-Claude Miron aimerait qu’un mémorial soit consacré à la mémoire des six militaires, dont son fils Maxime, décédés en avril lors de l’écrasement d’un hélicoptère des Forces armées canadiennes, au large de la Grèce. La vente à venir de coquelicots d’acier permettra de financer une partie de ce projet qui lui tient à coeur.
Marie-Claude Miron aimerait qu’un mémorial soit consacré à la mémoire des six militaires, dont son fils Maxime, décédés en avril lors de l’écrasement d’un hélicoptère des Forces armées canadiennes, au large de la Grèce. La vente à venir de coquelicots d’acier permettra de financer une partie de ce projet qui lui tient à coeur.

En souvenir de Maxime

CHRONIQUE / «Ne t’inquiète pas, il n’y a pas vraiment de danger. Il n’y a pas de conflit en ce moment. On patrouille.»

Maxime Miron-Morin a bien tenté de rassurer sa mère qui n’a pas sauté de joie en apprenant que son fils était sur le point de participer à une mission de l’OTAN, sa première. C’était à quelques semaines de son départ, en janvier dernier.

Dans six mois, il allait être de retour. Elle ne verrait même pas le temps filer, a-t-il ajouté, sensible à l’inquiétude de celle qui savait au fond d’elle-même que son garçon avait hâte de vivre cette nouvelle aventure durant laquelle il mettrait à profit ses vastes connaissances.

Maxime avait terminé avec succès ses études universitaires en génie aéronautique et en océanographie. L’officier des systèmes de combat aérien faisait partie de l’équipage rattaché à la frégate NCSM Fredericton.

Le capitaine Miron-Morin était prêt, mais la suite donne tristement raison à sa mère angoissée à l’idée de le voir partir au loin.

Le jeune homme de 29 ans a perdu la vie lorsque l’hélicoptère des Forces armées canadiennes dans lequel il prenait place s’est abîmé en mer le 29 avril, au large de la Grèce.

Maxime et ses collègues revenaient d’un exercice militaire quand l’appareil a sombré non loin du navire. Les six personnes à bord du Stalker 22 ont toutes péri. L’enquête pour déterminer la cause de l’accident n’est pas terminée.

Novembre 2020. Six mois ont passé depuis que le temps s’est arrêté pour Maxime et qu’il s’écoule au ralenti pour ses proches.

Sa mère, Marie-Claude Miron, et son épouse, Kathryn Bowen, ont accepté cette entrevue virtuelle à l’approche du jour du Souvenir. L’une habite à Saint-Étienne-des-Grès, l’autre, à Halifax.

Militaire aussi, Kathryn a mis ses études en pharmacie sur pause. Il lui faut du temps pour encaisser le choc et prendre soin d’elle.

«Un jour à la fois», lui rappelle doucement à l’écran Éric Désaulniers, le conjoint de Marie-Claude et beau-père de son amoureux.

En couple depuis 2011, Kathryn et Maxime étaient mariés depuis 2014.

«Il me manque vraiment beaucoup... C’est comme un grand trou.»

Soudaine et tragique, la mort de Maxime plonge sa famille dans un deuil impossible à imaginer lorsqu’on n’a pas vécu soi-même un tel traumatisme.

Deux jours avant sa mort, l’aîné de cinq enfants s’est entretenu avec sa mère. Une belle et longue conversation durant laquelle le jeune homme avait exprimé sa reconnaissance pour une vidéo que lui avait acheminée un ami avec qui il a grandi, à Bécancour.

Celui-ci avait eu la bonne idée de demander à l’entourage de Maxime d’enregistrer des messages d’affection et de soutien. La première moitié de sa mission était accomplie. Trois autres mois encore et il allait être de retour parmi eux.

«On lui avait envoyé une grosse dose d’amour pour lui dire qu’il nous manquait et qu’on l’aimait fort!»

Attachant et brillant, le capitaine Maxime Miron-Morin ne laissait personne indifférent. «Il avait la capacité rare d’enseigner des concepts complexes et de nouvelles compétences. Max avait un enthousiasme et une patience incroyables!», soulignent sa mère et son épouse.

Maxime avait bien rigolé en voyant sa mère, qui se définit elle-même comme une «straight de nature», apparaître dans cette vidéo avec un masque de plongée lui recouvrant le visage. Avec humour, Marie-Claude tenait à lui prouver qu’elle était prête à affronter l’ennemi invisible, la COVID-19.

Le 29 avril, la femme de Saint-Étienne-des-Grès était dans le stationnement d’une clinique vétérinaire où elle était venue pour son chat. Il était très exactement 15 h 40 lorsqu’une notification est apparue sur son cellulaire.

Abonnée à différents médias, Marie-Claude a jeté un rapide coup d’oeil. Son cœur s’est mis à battre à tout rompre en lisant le titre annonçant la disparition d’un hélicoptère des Forces armées canadiennes entre la Grèce et l’Italie.

Elle a aussitôt appelé son conjoint qui lui a répondu ce qu’elle ne voulait pas entendre. La mission de Maxime se déroulait justement en mer Ionienne. Paniquée, Marie-Claude a contacté Kathryn pour la mettre au courant.

«Je vais aux nouvelles!», lui a dit la jeune femme jetée à son tour dans le désarroi. Avec un peu de chance, ce n’était peut-être pas l’équipage de Maxime qui était à bord de l’hélicoptère ce jour-là?

Dix minutes plus tard, Kathryn a rappelé, anéantie. «Max n’est pas sur le bateau...»

Les deux femmes ont raccroché en pleurs. Il était donc en vol.

«Un et un font deux. C’est clair», se souvient d’avoir pensé Marie-Claude qui, aux alentours de 18 h, a reçu un appel de l’armée.

«Madame Miron, il y a eu un accident...»

Elle le savait déjà. Une agence de presse avait été plus rapide que cette voix officielle pour annoncer la tragédie.

La dame au téléphone a cherché à se montrer rassurante tout en lui précisant que l’hélicoptère était disparu à 50 milles nautiques (93 kilomètres) des côtes.

«Ne vous en faites pas. Maxime est entraîné pour cela. Il est jeune, il est fort. Nous sommes en mode recherche.»

Deux heures plus tard, la porte-parole a rappelé Marie-Claude Miron pour l’informer que le «point d’impact» avait été localisé, que les recherches pour retrouver les occupants de l’appareil se poursuivaient.

«Maxime est entraîné, jeune et fort...» a-t-elle répété à celle qui a de nouveau appris par l’entremise des médias qu’un premier corps avait été repêché.

Ne sachant pas s’il s’agissait de celui d’un homme ou d’une femme, Marie-Claude et Kathryn ont passé la nuit devant leur ordinateur respectif, à fouiller sur tous les sites de journaux grecs, italiens ou autres, en quête du moindre indice leur permettant de garder espoir.

L’appel tant redouté est venu le lendemain matin. C’est Kathryn qui a avisé Marie-Claude.

«Par sa voix, c’était final...»

Le cube Rubik n’avait plus de secret pour Maxime Miron-Morin. Un excellent moyen de s’évader du quotidien, disait le militaire à son entourage.

La route du deuil sera longue.

«Il faut apprendre à vivre avec...»

Avec la douleur de l’absence de Maxime.

Responsable d’un service de garde en milieu familial, Marie-Claude Miron est en arrêt de travail. Elle dort peu.

Croyant bien faire, des amis lui disent qu’il faut laisser le temps au temps.

Ça ne peut pas être aussi simple. La mort imprévisible et brutale de son enfant est contre nature.

Le déni, la colère et les «Pourquoi?» partent et reviennent. Cette mère n’a pas pu dire un dernier au revoir à son fils. Il lui a également été impossible de voir son corps rapatrié en juin.

«Ce qu’on a de Maxime, ce sont des restes... On a vu le cercueil, mais ce n’est pas comme un accident où tu peux voir que c’est la fatalité.»

Marie-Claude appréhende le jour de Noël. «Je pense que je vais le réaliser, l’avoir en pleine face.»

Maxime ne sera pas avec eux à la maison, à mi-chemin entre Halifax, son port d’attache, et sa belle-famille en Ontario.

Les funérailles du fier capitaine ont été reportées à plus tard, lorsque tous ceux et celles qui l’ont aimé pourront se réunir pour célébrer sa vie, sans contrainte liée à la pandémie.

«On ne veut pas avoir à choisir entre qui viendra et qui ne viendra pas. Et puis, que ses funérailles soient demain ou dans un an, Maxime se repose en ce moment.»

Ce samedi 7 novembre, Marie-Claude Miron se rendra au cénotaphe de Nicolet où se tiendra une brève cérémonie en hommage aux vétérans. Elle s’y recueillera à la mémoire de Maxime en attendant la création d’un mémorial en l’honneur des six disparus du Stalker 22.

C’est l’idée de Marie-Claude qui peut compter sur la complicité du forgeron Stéphane Chénard. Elle a d’abord fait appel à lui pour façonner un support pour l’urne de Maxime. L’artisan de Deschambault a proposé de le fabriquer à l’effigie de l’hélicoptère et du navire militaires.

Touché par l’histoire de cette femme, il s’est ensuite entouré d’une vingtaine de forgerons d’un peu partout au Québec qui participent depuis quelques années à l’activité «Forger pour la cause».

Ces derniers jours, ils ont fabriqué entre 100 et 150 coquelicots décoratifs en acier qui seront éventuellement vendus en ligne. Les fonds ainsi amassés s’ajouteront à la campagne de financement initiée par une amie de Kathryn.

Si tout se déroule comme souhaité, le mémorial sera élevé en Mauricie, quelque part en 2022. La mère et l’épouse de Maxime Miron-Morin unissent leurs forces pour mener à bien ce projet.

En couple depuis 2011, Maxime Miron-Morin et Kathryn Bowen coulaient des jours heureux à Halifax.

«Ça va être impressionnant.»

Marie-Claude Miron est, elle aussi, en mission. Se mettre en action pour ce monument lui apporte un peu de réconfort. Maxime n’est pas très loin.