Paul Caron est propriétaire de l’érablière familiale J. B. Caron, qui a 17 000 entailles à Gracefield.

Du sirop dans les veines

CHRONIQUE / Paul Caron était fonctionnaire à l’ancienne Ville d’Aylmer, un poste qu’il a occupé pendant une dizaine d’années. Son épouse, Monique Arsenault, était enseignante.

En 1999, ils ont dû faire un choix. Rester à Aylmer. Ou déménager avec leurs trois jeunes enfants à Gracefield, en Haute-Gatineau, afin que Paul puisse prendre la relève de l’érablière familiale. Ils ont choisi Gracefield.

Et depuis, l’érablière J.B. Caron est passée de 1 500 entailles à près de 17 000.

Une salle de réception de 120 places a été construite sur le terrain de l’érablière qui s’étend sur 600 acres. Et les produits de Paul Caron sont vendus dans plusieurs commerces, notamment dans certains Métro de Gatineau.

« Mais notre plus grande réussite, dira-t-il, c’est que nos trois enfants sont aujourd’hui titulaires d’un baccalauréat universitaire. »

Paul Caron, 59 ans, est né à Gracefield et a grandi sur la terre où se trouve l’érablière familiale.

Cette érablière a été construite en 1936 par son grand-père, Jean-Baptiste Caron. Et lorsque ce dernier est décédé dans un accident de voiture, au début des années 1950, c’est son père, Gérald Caron, qui a pris la relève de l’entreprise.

« Mon père travaillait à l’époque dans les mines en Abitibi, raconte-t-il. Lorsque mon grand-père est décédé, mon père est revenu à Gracefield pour prendre la relève sur la terre. Mais juste avant de quitter l’Abitibi, il a rencontré celle qui allait devenir son épouse. Et les deux sont déménagés à Gracefield. Je suis né sur la ferme familiale et je suis le huitième de neuf enfants. »

Son père a rendu l’âme en 1985. Ses trois frères et lui se sont donc occupés de la terre et de l’érablière pendant les années qui ont suivi. Mais ils avaient tous des emplois à temps plein et la terre à Gracefield rongeait tous leurs temps libres et leurs fins de semaine.

« Je devais donc prendre une décision, raconte Paul Caron. Ou bien on vendait la terre et l’érablière à Gracefield. Ou bien je déménageais là-bas avec ma famille. Ce n’était pas une décision facile. Mon épouse enseignait, nous avions une garderie à la maison, j’avais un bon emploi à la Ville d’Aylmer, et notre fille aînée débutait son secondaire dans le programme d’éducation internationale. Et ma plus grande inquiétude était que mes enfants n’obtiennent pas à Gracefield une éducation à la hauteur de leurs capacités. Mais mes craintes se sont dissipées avec le temps.

«Dans ma tête, poursuit-il, il n’était pas question de vendre la ferme familiale, là où j’étais né et où j’avais grandi. Et en 1999, ma femme, mes enfants et moi avons décidé de déménager. On a vendu notre maison en ville, fermé la garderie, laissé nos emplois, et nous nous sommes lancés dans l’aventure. Ce ne fut pas une décision facile à prendre à l’âge de 40 ans, et je prenais un grand risque. Mais je rentrais à la maison.»

Ses trois enfants sont aujourd’hui professionnels en comptabilité, en gestion et en communications. Et son épouse enseigne toujours dans une école de Lac-Sainte-Marie.

Mais y aura-t-il une relève lorsque Paul Caron devra un jour accrocher ses chaudières à un mur plutôt qu’à un érable ? Ou est-ce que ce sera la fin de l’érablière familiale des Caron après 82 années d’existence ?

«Mes enfants veulent continuer à exploiter la terre et l’érablière, répond fièrement M. Caron. Et mon gendre travaille avec moi. Donc c’est certain qu’il y aura une relève. Le sirop d’érable coule dans nos veines.»

L’Érablière J.B. Caron : www.erablierejbcaron.ca