L’entraîneur adjoint Martin Raymond et l’attaquant Matt Duchene étaient sur la même patinoire, mardi, lors de l’entraînement matinal de l’équipe à Kanata.

Du danger de prendre le taxi

CHRONIQUE / Non, je ne défendrai pas longtemps les joueurs des Sénateurs d’Ottawa qui ont été captés à leur insu par la caméra vidéo d’un chauffeur d’Uber, alors qu’ils déblatéraient contre le travail d’un de leur entraîneur.

Dans la vidéo qui s’est retrouvée sur les médias sociaux, on entend l’un des joueurs vedettes de l’équipe, Matt Duchene, dénigrer le travail d’un de ses entraîneurs, Martin Raymond. « Ça fait trois semaines que je ne porte plus attention à ce qu’il dit… », lâche-t-il.

Rien de très édifiant comme propos, d’autant plus que Duchene s’adresse à plusieurs jeunes recrues de l’équipe.

Non, je ne les défendrai pas longtemps. Ils se sont fait prendre à parler contre un entraîneur ? Tant pis pour eux. Au lieu de lui parler dans le dos, les petits gars auraient dû avoir le courage de s’adresser à lui en pleine face.

En même temps, qui sommes-nous pour juger ? Que celui qui n’a jamais bitché contre un patron, un ex, un voisin ou un collègue de travail leur lance la première puck ! Même si ce n’est jamais très vertueux, le bitchage a tout de même la vertu d’évacuer la pression quand elle se fait trop forte.

À leur décharge, les petits gars se croyaient entre eux dans le taxi d’Uber. Et je dois avouer que je me serais moi aussi senti à l’abri des regards et des oreilles indiscrètes dans l’habitacle d’un taxi. C’est un endroit privé, non ?

Si ça ne l’est pas, je connais des milliers de fonctionnaires, à Ottawa ou ailleurs, de même que des gens d’affaires, qui vont y penser à deux fois avant de discuter de dossiers confidentiels en taxi. Je vois déjà les directives gouvernementales exhortant hauts gestionnaires et ministres à se limiter à des conservations sur la pluie et le beau temps dès lors qu’ils prennent un taxi.

Quand j’aperçois une caméra au-dessus du rétroviseur d’un taxi, je me dis qu’elle est là pour des raisons de sécurité. Pas pour enregistrer les conversations des clients et les diffuser sur les médias sociaux. Le chauffeur d’Uber a clairement manqué de professionnalisme dans cette histoire. S’il n’a pas carrément enfreint le droit au respect de la vie privée de sa clientèle. Tout ça pour quoi ? Par vanité ? Pour en retirer une gloriole personnelle ?

Il reste que les médias sociaux sont en train de réduire le peu de vie privée qui nous reste. On a longtemps craint l’avènement d’un Big Brother, d’un État policier qui espionnerait nos moindres faits et gestes jusque dans notre plus stricte intimité.

Plus besoin d’un Big Brother avec tous ces Small Brothers qui se sentent le droit, dès qu’ils ont capté des images peu flatteuses de vous sur leur téléphone, à les jeter en pâture aux charognards qui rôdent sur les médias sociaux.