Doug Ford «promet mer et monde, mais refuse de s’expliquer en détail sur les moyens qu’il prendra pour y parvenir», déplore notre chroniqueur Patrick Duquette.

Doug Ford, le beau parleur

CHRONIQUE / Je me suis toujours méfié des beaux parleurs.

Des gars qui veulent te vendre le meilleur char au monde. La meilleure assurance. Le meilleur système d’alarme sur le marché.

C’est un réflexe de journaliste, mais je réponds toujours la même chose à ces vendeurs de rêve qui ont l’air de parler franc et de dire les « vraies affaires ».

Je leur dis que je n’en ai rien à cirer des belles paroles.

Prouve-moi que c’est le meilleur char. La meilleure assurance. Le meilleur système d’alarme. Fournis-moi des preuves. Explique-moi. Je suis assez intelligent pour comprendre. Pour décider si tu es sérieux ou si tu essaies de me passer un sapin.

C’est ce qui m’horripile le plus de la campagne de Doug Ford en Ontario.

Voilà un gars qui promet de rendre le gouvernement de l’Ontario plus responsable, plus imputable s’il est élu, mais qui refuse lui-même de rendre des comptes aux électeurs. Il promet mer et monde, mais refuse de s’expliquer en détail sur les moyens qu’il prendra pour y parvenir.

Regardez-moi bien aller, dit-il aux Ontariens. Je vais mettre fin à la culture du gaspillage et de la mauvaise gestion des fonds publics. Je vais « scraper » la taxe sur le carbone, réduire le prix du litre d’essence, en plus de baisser les taxes de la classe moyenne et des entreprises. Je vais aussi couper la facture d’Hydro de 12 %.

C’est bien beau, M. Ford, mais vous allez vous y prendre comment pour réaliser vos belles promesses qui priveront fatalement le gouvernement de l’Ontario de milliards de dollars en revenus ?

Où allez-vous récupérer tout cet argent, alors que vous promettez aussi de réduire la taille de la fonction publique sans couper un seul poste, en plus de ramener l’Ontario à l’équilibre budgétaire ?

Comment allez-vous résoudre la quadrature du cercle, M. Ford ? Où sont vos calculs, vos échéanciers, vos prévisions détaillées pour les 4 prochaines années ?

Ce sont des questions de base, des questions auxquelles tout candidat sérieux à un poste de premier ministre d’une province comme l’Ontario devrait accepter de répondre en long et en large.

Mais Doug Ford, par calcul politique, refuse de s’y soumettre.

À moins d’une semaine du vote, le chef progressiste-conservateur refuse toujours de présenter une plate-forme chiffrée de ses engagements électoraux malgré les appels du pied de ses adversaires qui se sont tous soumis à cet exercice périlleux.

Parlez-en à Andrea Horwath. Plus tôt dans la campagne, la chef néo-démocrate a dû expliquer une erreur de 1,4 milliard dans sa plate-forme chiffrée. Un faux pas embarrassant de la part d’un parti qui tente de faire oublier les déficits de l’ère Bob Rae. Au moins, elle s’est soumise à l’exercice, par respect pour les électeurs.

Dans le cas de Doug Ford, le plus inquiétant est qu’il ne semble pas avoir une bonne idée de ce qu’est une plate-forme électorale chiffrée, comme le remarquait Kevin Page, ancien directeur parlementaire du budget à la Chambre des communes.

On pensait que plus rien ne pourrait nous surprendre après l’élection de Donald Trump aux États-Unis. Qui sait si le pire n’est pas à venir.

Doug Ford, qui promet à tout vent de responsabiliser davantage le gouvernement, de le rendre plus imputable, refuse lui-même de rendre des comptes.

Il demande un chèque en blanc aux électeurs et il est bien possible qu’il l’obtienne jeudi prochain au mépris des règles démocratiques les plus élémentaires.

De quoi accroître encore un peu plus le cynisme à l’endroit des politiciens et de la politique en général.