En éliminant des services offerts à sa minorité francophone, Doug Ford tente-t-il de donner raison à Denise Bombardier, qui réduit les francos hors Québec à une minorité en « survivance » ?

Doug et Denise

CHRONIQUE / Il y a de ces duos qui marquent l’histoire.

Boule et Bill, Sol et Gobelet, Laurel et Hardy, Dominic et Martin, les Denis Drolet, Dodo et Denise, Ding et Dong.

Parlant de Ding et Dong, deux autres cloches ont résonné fort ces derniers temps : Doug et Denise.

Contrairement aux autres duos, ces deux-là ne font toutefois pas rire.

Écrit tout petit, dans un énoncé budgétaire de sa mise à jour économique, on apprenait que par souci d’économie, le gouvernement ontarien mettait la hache dans le projet d’une université de langue française — alors qu’il s’était engagé à poursuivre le projet — et que le Commissariat aux services en français, qui s’assurait de l’application de la loi permettant aux citoyens d’être servis dans la langue de Molière, était aboli après une dizaine d’années d’existence.

« Pas en arrière », « claque dans la face », « citoyens de seconde classe », « recul effroyable », « régression inacceptable » : la décision a déclenché une pluie de critiques et d’inquiétudes. « Jour noir pour les Francos », titrait la une du Droit, qui avait noirci son bandeau-titre rouge, signature de Groupe Capitales Médias.

Imaginez si dans Brome-Missisquoi, ou plus largement dans les Cantons-de-l’Est, le gouvernement tentait de faire disparaître le fait anglais. Les montées aux barricades ne se feraient pas attendre, et avec raison.

Comme peuple, comme province, on peut choisir d’une langue commune, mais on ne peut nier l’existence d’une autre langue par souci d’économie.

Les Franco-Ontariens, qui représentent environ 4 % de la population de notre voisine de province, ont raison d’être en beau joual vert. C’est comme si leur gouvernement leur reniait leur droit de s’exprimer dans l’une des deux langues officielles du pays. Pour certains, c’est pratiquement un retour à l’Acte d’Union de 1840, qui avait entre autres objectifs d’assimiler les Français.

Doug Ford et Lord Durham : même combat !

Bref, laissez-faire la DeLorean, le premier ministre ontarien a réussi à nous ramener dans le passé sans l’aide de Doc et de Marty...

En y repensant, c’est comme si Doug voulait donner raison à Denise.

Mme Bombardier avait suscité un tollé en déclarant à Tout le monde en parle qu’il n’y avait pratiquement plus de francophones en dehors de la province de Québec et que ceux qui restaient vivaient une « culture de survivance ».

« Affirmer comme je l’ai fait que le français perd du terrain au Canada est un simple constat, ni un souhait, et aucunement une insulte », a-t-elle écrit sur son blogue affilié au Journal de Montréal pour se défendre de la pléthore d’insultes reçues en réaction à ses propos malheureux.

Disons qu’après ce qu’elle avait affirmé, les Franco-Canadiens des provinces de l’Ouest et des Maritimes l’ont bombardée, la Denise...

Mais ces deux événements, bien qu’ils semblent néfastes pour la francophonie canadienne, en apparence, auront plutôt eu un effet positif : celle de rallier tous les francophones ensemble et raviver le combat pour la survie de la langue française au pays.