Le DG des Sénateurs, Pierre Dorion, a « fort bien travaillé » pour obtenir Matt Duchene.

Dorion pense à long terme

CHRONIQUE / Dans le brouhaha de ce lundi très occupé, au Centre Canadian Tire, Erik Karlsson y est allé d’une déclaration importante. Personne, ou presque, n’y a porté attention.

Il était question du dernier voyage que les Sénateurs ont effectué en Suède. C’était en 2008. Karlsson, qui était alors âgé de 18 ans, portait les couleurs d’un club européen, les Indians de Frölunda. Il avait affronté ses futurs coéquipiers dans le cadre d’une partie hors-concours.

« Je ne me souviens pas grand-chose de ce match. J’étais trop jeune, trop excité pour comprendre ce qui se passait. J’espère simplement qu’il s’agira de mon seul et unique match en carrière contre Ottawa », a-t-il déclaré.

Karlsson vient donc d’affirmer, publiquement, qu’il souhaite passer le reste de sa carrière chez les Sénateurs.

À ma connaissance, c’est une première.

Dans la vie, il n’y a pas de hasards. La transaction monstre que vient de compléter Pierre Dorion lui permettra, entre autres, de libérer des fonds qui l’aideront à renouveler le contrat de son défenseur d’exception.

Vous me suivez ? 

Non ?

Je m’explique. Les exigences de Kyle Turris, son désir de signer un pacte d’une durée de six à huit ans, ont peut-être fait en sorte qu’il s’est sorti de la structure salariale d’Ottawa.

Dorion prépare l’avenir. Il sait fort bien qu’il devra, d’ici le 1er juillet 2019, négocier avec ses deux meilleurs joueurs. Karlsson et Mark Stone seront eux aussi à la recherche de contrats de longue durée.

Karlsson pourrait facilement devenir un des cinq joueurs les mieux payés de toute la LNH. Il commandera un salaire annuel supérieur à 10 millions $ US.

Stone passera également à la caisse. On le voit facilement gagner plus de six millions $ US par saison.

Dorion doit continuer à vivre avec les généreux pactes qui ont été consentis à Dion Phaneuf ainsi qu’à Bobby Ryan.

Ces quatre vétérans pourraient, ensemble, gagner une trentaine de millions par saison.

C’est des bidous, ça, mes amis.

Pour la première fois depuis longtemps, les Sénateurs ont de la relève de qualité au centre. Colin White, Logan Brown et – possiblement – Filip Chlapik ont le potentiel de piloter dans un trio offensif dans les prochaines années. À moyen terme, un de ces jeunes espoirs devrait remplacer le vétéran qui vient d’être sacrifié.

En attendant l’éclosion des jeunes, Matt Duchene sera là.

Dorion vient donc de compléter une transaction qui lui permet de mieux se positionner en prévision de l’avenir. Il a payé un fort prix, mais il a réussi à protéger ses plus beaux espoirs. Il n’a surtout pas affaibli son équipe dans l’immédiat.

Il a, en somme, fort bien travaillé.

Matt Duchene ne compte pas que des fans dans le monde du hockey. On m’a déjà dit qu’il pouvait parfois se montrer têtu, égoïste, un peu réfractaire à se plier aux systèmes de jeu contraignants.

On a écrit et dit de bien vilaines choses à son sujet, dans la dernière année, alors qu’il attendait la transaction qui le sortirait du Colorado.

Je choisis quand même de donner la chance au coureur. Je me souviens trop bien qu’en décembre 2011, on croyait que les Sénateurs avaient fait l’acquisition d’un autre jeune centre capricieux. 

Kyle Turris ne traînait pas la meilleure des réputations à son arrivée.

Et pourtant...

Au cours des six dernières années, Turris aurait pu écrire un livre sur la façon dont un athlète professionnel doit se comporter.

Il a choisi très tôt de s’installer en permanence à Ottawa de manière à travailler, 12 mois par année, avec le préparateur physique Chris Schwarz. Passer ses étés loin de sa famille lui aura permis de devenir un joueur complet.

Turris aura été un modèle de persévérance. Sa décision de jouer une demi-saison avec une cheville complètement détruite, en 2016, nous en a dit long sur sa force de caractère.

Malgré sa timidité maladive, il a toujours trouvé le temps de s’impliquer dans la communauté. Les Capital City Condors, club qui réunit des jeunes hockeyeurs aux besoins spéciaux, n’ont pas manqué de saluer celui qui fut pendant quelques années leur capitaine honoraire.

Ottawa, ce petit village qui possède un club sportif des ligues majeures, n’oubliera pas de sitôt sa grande générosité.