Face à l’adversité au tournoi pee-wee de Québec, les joueurs de l’Intrépide benjamin de la polyvalente Nicolas-Gatineau se sont serré les coudes.

Dix-neuf cubes de glace

CHRONIQUE / Dans plusieurs années, quand ils vont se retrouver, les joueurs de l’Intrépide benjamin de la polyvalente Nicolas-Gatineau auront d’extraordinaires souvenirs à se raconter.

Ils sont devenus la première équipe de l’Outaouais en près de 20 ans à remporter le prestigieux tournoi pee-wee de Québec. Gagner une finale dans un aréna digne de la LNH, devant 12 000 spectateurs... Ce n’est pas quelque chose qui s’oublie facilement.

On commence cette chronique en vous parlant du Centre Vidéotron et de son extraordinaire foule, parce que ce sont les images qui sont le plus souvent associées au plus grand tournoi de hockey mineur sur la planète.

En réalité, pour les 19 jeunes garçons qui forment l’Intrépide, c’est juste la cerise sur le sundae.

Tout ce qui a précédé ce match. Tout ce qu’ils ont fait pour en arriver là. Toute cette histoire est nettement plus intéressante.

Quand ils seront grands, les joueurs de l’Intrépide sauront peut-être qu’il a fallu un petit miracle pour que l’équipe se rende à Québec.

Au départ, la candidature de leur équipe avait été rejetée par le comité organisateur du tournoi pee-wee.

Une décision dure à comprendre, puisque le club dirigé par Stéphane Bertrand dominait outrageusement le Réseau du sport étudiant du Québec (RSEQ) dans sa catégorie.

On a le droit de croire qu’il s’agissait d’une décision un peu arbitraire. Des candidatures d’équipes moins fortes avaient été retenues.

Une décision arbitraire, avec une toute petite teinte de favoritisme.

On m’a dit qu’un « supporter » aux allures d’ange gardien s’est manifesté au bon moment. On ne veut pas nommer cette personne, mais on me dit que ce n’est pas un entraîneur. Ni un parent. Ni même un dirigeant du hockey mineur en Outaouais. « C’est peut-être le grand-père d’un de nos joueurs. Un homme qui est bien branché dans le milieu », a fini par me dire M. Bertrand.

Toujours est-il que cette personne a été capable de trouver les bons arguments. Il a su appliquer juste assez de pression pour convaincre les dirigeants de renverser leur décision.

Les joueurs de l’Intrépide se souviendront sûrement de leur pénible voyage, durant le blizzard monstre du 13 février, pour jouer leur premier match.

Tandis que tous leurs camarades de classe profitaient d’une journée de congé à la maison, les garçons et leurs entraîneurs ont affronté des autoroutes glacées pendant six heures. À leur arrivée à Québec, le gigantisme Centre Vidéotron a eu raison d’eux. Ils ont subi une rare défaite. Le revers de 5-2 a eu pour effet de les reléguer au second plan. Dans le groupe de la seconde chance, l’Intrépide devait poursuivre son chemin sur la patinoire secondaire du tournoi, celle du Pavillon de la jeunesse. Pour revenir dans le « gros » building, une seule solution possible. Il fallait gagner tous les matches et atteindre la grande finale.

Une grosse commande.

Les adultes qui côtoient les garçons voyaient un gros problème, à ce moment-là. L’Intrépide n’avait pas souvent eu à composer avec l’adversité, depuis le début de l’année. Au premier obstacle, les joueurs les plus talentueux de l’équipe ont le réflexe naturel de s’en remettre à leurs habiletés naturelles.

L’individualisme, au hockey, est rarement gage de succès.

Il fallait trouver une façon d’expliquer aux jeunes qu’ils devaient à tout prix s’unir pour s’en sortir. Le responsable du programme scolaire de l’Intrépide, André Cayer, a trouvé un moyen original et efficace de les rejoindre.

Avant le match numéro deux du tournoi, dans le vestiaire, les entraîneurs ont remis un petit cube de glace à chacun de leurs joueurs.

« Qu’est-il en train d’arriver à vos glaçons, les gars ? », leur a-t-on demandé après quelques secondes.

« Ben, coach... Ils sont en train de fondre », a sans doute répondu un petit vite.

Les entraîneurs ont ensuite placé un gros bloc de glace bien en vue, sur la table, au milieu du vestiaire.

« Le bloc va finir par fondre, les gars. Mais ça va prendre du temps. Tout seuls, les gars, vous n’irez pas loin. Ensemble, vous pouvez survivre. »

L’Intrépide a gagné ses trois matches suivants. Avant le match de la finale, alors qu’un bloc de glace trônait au centre du vestiaire, Stéphane Bertrand a offert un dernier conseil à ses joueurs.

« Ne commencez pas à penser à ce qui se passe au-delà des baies vitrées. »

Il parlait des milliers de spectateurs qui étaient sur place, pour assister au duel ultime contre les Diabolos de l’école Lucille-Teasdale.

« La glace d’ici ressemble en tous points à celle de Branchaud-Brière. C’est la même glace qu’on retrouve à l’aréna Cholette », a-t-il insisté.

Le message a été entendu. Le plan de match a été suivi. Les entraîneurs avaient tellement confiance aux 19 « cubes de glace » qu’ils ont procédé à un changement de gardien au beau milieu du match. L’idée, c’était que tout le monde mette l’épaule à la roue.

Quand les jeunes se raconteront l’histoire de ce match, qu’ils ont remporté 4-2, ils se souviendront sans doute de la performance d’un de leurs coéquipiers.

Simon-Pier Brunet, un défenseur, a été victime d’un accident assez sérieux, l’été dernier. Il a failli perdre un œil.

Il est revenu au jeu en novembre. Ses efforts ont culminé, au moment parfait, quand il a complété son tour du chapeau dans un filet désert.