Sylvain St-Laurent
Luke Richardson a lancé la fondation Do It For Daron en février 2010.
Luke Richardson a lancé la fondation Do It For Daron en février 2010.

Dix ans avec Daron

CHRONIQUE / Les dernières semaines nous ont permis de découvrir qu’il y a des limites à ce qu’on peut accomplir dans le monde «virtuel».

Les événements de course à pied qui offrent des médailles à ceux qui complètent leurs demi-marathons en solitaire, chez eux? Je ne sais pas pour vous. J’ai du mal à embarquer.

Un festival de musique en ligne? Même chose. Ça ne peut pas remplacer l’original. Des prestations musicales acoustiques, il y en a déjà des milliers, sur YouTube.

Chez nous, on a même fini par se lasser des «5 à 7 virtuels». Ils ont fait leur temps.

Je vous parle ce matin d’un événement qui conservera toute sa pertinence.

Si ça se trouve, il sera peut-être plus pertinent, en cette année complètement pourrie.

Le Royal, centre de soins en santé mentale solidement implanté dans la capitale, convie ce mercredi les adolescents (et leurs parents) à une conférence, en ligne.

Si les choses étaient «normales», le Royal et ses intervenants organiseraient ces temps-ci une série de conférences regroupées sous la bannière «Est-ce que c’est juste moi?» (Is It Just Me?, en anglais) Dans ces conférences, des ados débarquent par dizaines sur leur campus. Pendant les heures qui suivent, on leur parle de dépression, d’anxiété, de toxicomanie. On les encourage à échanger sur les autres problèmes de santé mentale qui pourraient affecter les gens de leur entourage.

Cette année, rien n’est normal. Les gens du Royal ont donc décidé d’organiser une variante. Is It Just Us? se déroulera en ligne, ce mercredi, en matinée. Aux dernières nouvelles, plus de 500 personnes s’étaient inscrites.

Les conférenciers mettront l’accent sur les problèmes qui semblent plus importants, en 2020. Ceux qui sont liés à l’isolement.

Encore une fois, notre ami Luke Richardson et son épouse, Stephanie, seront appelés à témoigner.

Le couple ne pourra probablement jamais se détacher des initiatives en santé mentale visant la jeunesse, dans leur ville d’origine.

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C’est magnifique. C’est aussi infiniment triste.

«Est-ce que c’est juste moi?» célèbre, cette année, son 10e anniversaire. Do It For Daron (DIFD), la fondation des Richardson, existe aussi depuis 10 ans.

Cette famille, très unie, n’a jamais réussi à se remettre du départ prématuré de leur fille cadette, en 2010.

Je l’ai senti, mardi encore, quand j’ai passé un coup de fil à Luke, pour lui parler de tout ça.


« Aujourd’hui, on ne le fait plus uniquement pour Daron. On le fait pour un peu tout le monde »
Luke Richardson

«Au départ, les gens ne savaient pas trop quoi nous dire quand ils nous abordaient, m’a-t-il expliqué. Nous ne savions pas trop comment réagir, non plus. Quand nous avons commencé à parler publiquement de notre histoire, même quand ce n’était pas facile, nous avons facilité les contacts. C’est pourquoi on continue, aujourd’hui. On se dit qu’on pourrait toujours changer le destin d’autres personnes. Même s’il est trop tard pour nous.»

DIFD a été lancée rapidement, après le départ de la jeune Daron. Personne ne pouvait vraiment savoir à quoi ça rimait. «Au départ, le mouvement était mené par les amies de Daron et par les amies de sa grande soeur, Morgan. Nous avons décidé de suivre parce que nous étions les parents. Nous avons été chanceux. Le Royal nous a rapidement offert sa collaboration et toute son expertise.»

Le mouvement n’a pas fait que survivre, dans la dernière décennie. Il a pris de l’ampleur.

«Morgan et ses amies ont fini l’école secondaire. Elles ont pris le chemin de différentes universités. Elles ont emmené DIFD avec elles. Les amies de Daron ont fini le secondaire à leur tour. Elles ont emmené DIFD à l’université à leur tour.»

«Les 67’s d’Ottawa et Jeff Hunt nous ont organisé de belles soirées, au fil des ans. Le monde du hockey nous a bien aidés. DIFD m’a suivi durant mes années à Binghamton. Quand je me suis retrouvé sur Long Island, les Islanders de New York nous ont organisé une belle soirée. Dans les dernières années, le Canadien de Montréal a eu la générosité de nous associer à la campagne Bell Cause.»

«Nous avons malheureusement perdu beaucoup trop de jeunes gens, au fil des ans. Dans le monde du hockey, beaucoup de gens ont souffert de problèmes de santé mentale. C’est sans doute pourquoi les choses ont évolué si vite. Aujourd’hui, on ne le fait plus uniquement pour Daron. On le fait pour un peu tout le monde.»

Luke Richardson n’a pas détesté les dernières semaines, en confinement. Morgan a profité de la pause pour rentrer à Ottawa. Elle occupe un poste d’enseignante en sciences, dans un high school de Boston. L’école n’est pas située dans un des secteurs les plus fortunés de la région. La jeune femme s’est donné le mandat d’y créer un programme de hockey féminin. On lui souhaite bonne chance.