Sylvain St-Laurent
Le Droit
Sylvain St-Laurent
Troy Mann dirige les Senators de Belleville depuis 2018.
Troy Mann dirige les Senators de Belleville depuis 2018.

Deux frères en or

CHRONIQUE / Lu sur Twitter, la fin de semaine dernière: les frères Mann sont à peu près les deux seuls atouts qui demeurent, au sein de la Direction des opérations hockey des Sénateurs.

Il est important de comprendre que ce tweet a été rédigé par un partisan. Et les partisans sont en train de sortir d’une longue traversée du désert. Toutes les épreuves les ont, disons, écorchés.

Ce jugement est donc un peu sévère, si vous voulez mon avis.

Les Mann ne sont pas les seuls employés de qualité qui restent à Ottawa. Il y en a bien quelques autres! Tout n’est pas si noir.

On peut quand même reconnaître que Trent et Troy sont de véritables trésors. Au sein d’une organisation aux moyens limités, qui aspire à demeurer compétitive en misant sur le développement constant de bons jeunes joueurs, ils valent leur pesant d’or.

Pour ceux qui l’ignoreraient, encore. Trent Mann est le directeur du recrutement depuis bientôt quatre ans.

Troy Mann dirige les Senators de Belleville depuis 2018.

C’est assez unique, comme concept, dans le sport professionnel. Le frère cadet est responsable de l’extraction de la matière première. Le frère aîné la transforme.

Mardi, durant sa visioconférence, Trent a laissé entendre qu’il n’y a pas tant d’interaction, entre les deux.

«J’essaie de ne pas marcher dans ses plates-bandes. Et il essaie de ne pas marcher dans les miennes», a-t-il résumé.

Il a tout de suite enchaîné, en affirmant que Mann essaie d’envoyer ses dépisteurs le plus souvent possible à Belleville, depuis quelques années. Comme ça, tout le monde suit d’un peu plus près le développement des espoirs.

Trent Mann est le directeur du recrutement des Sénateurs d'Ottawa.

«Parfois, un joueur très doué qui arrive des rangs juniors doit travailler sur certains aspects de sa personnalité pour briller dans les rangs professionnels. Le contraire est aussi vrai. Parfois, un jeune homme très travaillant doit comprendre qu’il doit améliorer certains aspects de son jeu pour passer au plus haut niveau.»

Au fond, il reconnaît que les dépisteurs et que les entraîneurs responsables du développement peuvent travailler ensemble, parce qu’ils ont des intérêts communs.

Si on pousse l’analogie un peu plus loin, c’est un peu comme si les Mann vivaient dans des maisons en rangées voisines et que leurs plates-bandes se rejoignaient, au centre.

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Trent Mann occupe le poste de directeur du recrutement depuis 2016. Il dirigera donc un quatrième repêchage consécutif.

Jusqu’à maintenant, il est difficile de critiquer son travail.

En 2017, il a d’abord sélectionné Shane Bowers. Ce dernier est ensuite devenu une pièce importante, dans la transaction qui a permis aux Sénateurs de mettre la main sur Matt Duchene. Dans les rondes qui ont suivi, il a réclamé Alex Formenton et Drake Batherson.

Alex Formenton

En 2018, il a eu l’audace de réclamer Brady Tkachuk. Plus tard, en première ronde, il semble avoir réalisé un autre bon coup avec Jacob Bernard-Docker. Jonathan Gruden et Kevin Mandolese, qui feront leurs débuts chez les pros la saison prochaine, pourraient devenir de bons acteurs de soutien.

Parmi les joueurs choisis en 2019, Shane Pinto et Maxence Guénette l’ont fait bien paraître, jusqu’à maintenant.

Troy Mann n’a pas eu la chance de travailler avec tous ces joueurs. Il a eu Batherson pendant deux ans. Formenton était une recrue l’hiver dernier.

Drake Batherson

Les résultats sont là.

Le premier a été retenu au sein de la deuxième équipe d’étoiles de la Ligue américaine.

«Je comprends que Troy est mon frère, mais il n’a pas besoin que je lui donne des petites tapes dans le dos», commente Trent.

«Vous n’avez qu’à parler à tous les joueurs qui ont évolué sous ses ordres. Il n’y a que des commentaires positifs.»

«Troy et son équipe ont fait un super boulot, jusqu’à maintenant, dans le développement des espoirs.»

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Trent Mann est apparu calme et bien reposé, durant sa visioconférence de mardi matin.

Dans le passé, il n’avait pas toujours eu l’air dans son élément, quand il devait faire face aux journalistes.

Les choses étaient peut-être différentes parce que ça se passait sur la plateforme Zoom. Il était souriant. Détendu. Très transparent, surtout.

Il est prêt pour le repêchage.

Il a parlé de l’expression «Death by meeting» qui était populaire, à l’époque où il était étudiant en administration.

Ça se traduirait, essentiellement, par les rencontres d’affaires répétitives qui s’enchaînent jusqu’à la mort.

Il dit que l’expression «Death by Zoom» collerait davantage à l’année 2020.

Il ne regrette pas. «On va même s’adapter et continuer d’utiliser Zoom dans les années à venir.»

La capacité d’adaptation dans des situations pas commode et la faculté de voir le positif partout. Ce sont de fichues belles qualités, dans le contexte qu’on connaît, à Ottawa.