Jean-Marc Salvet
Avant que le premier ministre du Québec ordonne de fermer les centres commerciaux à partir de minuit lundi, ceux-ci étaient déserts comme celui-ci dans le centre-ville de Montréal.
Avant que le premier ministre du Québec ordonne de fermer les centres commerciaux à partir de minuit lundi, ceux-ci étaient déserts comme celui-ci dans le centre-ville de Montréal.

Détresses domestiques et autres

CHRONIQUE / Les mesures de restriction allant jusqu’au confinement sont nécessaires en ces temps de pandémie galopante. Mais combien de temps seront-elles tenables socialement, humainement et économiquement? Tenables, c’est-à-dire, vivables.

Combien de temps? C’est la question qui nous tiraillera de plus en plus. La réponse est assez simple : le temps qu’il faudra. Jusqu’à la résorption de la contagion, autrement dit.

On sait qu’on passera un jour à autre chose. Ça se voit déjà ailleurs, en Asie. Tenir bon, donc. Tenir.

Mais il est plus facile pour certains de tenir que pour d’autres. Ces nécessaires mesures de restriction sont plus difficiles à vivre pour certains que pour d’autres. On ne loge pas tous à la même enseigne. On n’a pas tous les mêmes avantages.

Les personnes aux prises avec des difficultés en temps normal sont déjà fortement happées.

Tout le monde n’a pas la possibilité de faire du télétravail. Des milliers et des milliers de personnes obligées de demeurer chez elles en raison des circonstances exceptionnelles, et qui ne peuvent travailler à distance, ne sont pas payées.

Pensons aux employés des commerces en général, de l’hôtellerie, des restaurants; autant de gens qui bénéficiaient déjà de peu de protection et dont les revenus étaient souvent faibles pour beaucoup d’entre eux. Songeons à des travailleurs et à des travailleuses de toutes sortes d’industries qui ont fermé ou fermeront leurs portes. Ou dont les activités agonisent.

L’insécurité économique se répand comme un sale virus. Les demandes pour obtenir de l’assurance-emploi ont explosé la semaine dernière. Ce n’est pas terminé.

Les gouvernements du Québec et du Canada ont lancé de substantiels programmes d’aide et de soutien. Il y en aura d’autres.

Une des difficultés de nos gouvernements sera de faire en sorte que les sommes dégagées soient acheminées jusqu’aux citoyens plus tôt que tard. C’est une chose de les annoncer, c’en est une autre de les livrer aux destinataires. Surtout dans le contexte actuel.

Et même lorsque ces montants d’argent chemineront, que la mécanique sera en place et à peu près efficiente, de très nombreuses personnes passeront à travers les mailles du filet. Tout comme de très nombreuses petites entreprises.

À la clé, un appauvrissement certain pour toutes les personnes touchées. 

Plus l’économie sera paralysée longtemps, plus elle deviendra exsangue. Et plus les conséquences socio-économiques seront lourdes pour des individus.

La lutte contre l’épidémie doit être la priorité. D’abord, l’ennemi. Mais ne fermons pas les yeux.

Des murs trop collés

Jusqu’à la résorption de la contagion, les mesures de restriction allant jusqu’au confinement affecteront les moins bien logés — ceux pour qui les murs de leur chez eux sont trop rapprochés les uns des autres; ceux qui ne jouissent d’aucun espace vert.

Aussi incontournables soient-elles, les mesures de restriction affecteront de plus en plus durement tous ces enfants et ces jeunes pour qui les services de garde et l’école constituent une parenthèse dans une existence familiale faite d’intimidation, de cris, de menaces, de violence.

Elles affecteront aussi particulièrement bien des femmes en difficulté.

On ne compte plus les organismes d’aide — d’aide alimentaire, par exemple — qui ont déjà dû fermer leurs portes faute de bénévoles. Beaucoup de ces organismes fonctionnent grâce à des personnes âgées, lesquelles sont confinées chez elles.

Ici

Il vaut mieux être au Québec et au Canada qu’à peu près partout ailleurs dans le monde pour faire face à cette épidémie.

Les programmes gouvernementaux, le filet social général et les mesures lancées depuis le début de la crise sanitaire amortiront la chute et le choc. Ils permettront mieux qu’ailleurs de faire face à la possible crise sociale qui pourrait suivre.

Plus vite l’ensemble des Québécois se conformeront aux consignes des autorités publiques, moins graves seront les conséquences économiques et sociales.

La COVID-19 frappe et frappera néanmoins chez nous sur plusieurs fronts. Les plus précaires économiquement et socialement sont et seront happés plus durement. Ne perdons pas de vue ce fait.

Le rétablissement général pourrait être long. Et plus pour certains que pour d’autres.