Des candidats régionaux ont pris part à un débat à l'UQO mercredi soir.

Des débats convenus

CHRONIQUE / L’élection fédérale ?

Je ne sais pas pour vous, mais j’ai de la misère à m’y intéresser. Moi, qui suis pourtant un passionné fini de politique.

C’est peut-être à cause de l’élection de 2015 qui avait été si passionnante. Vous vous rappelez ?

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Thomas Mulcair qui recentre le discours du NPD. Qui part résolument en tête. Avant de plonger, plombé par l’affaire du niqab. Stephen Harper, usé par 10 ans au pouvoir des conservateurs, qui fait du surplace.

Et Justin Trudeau, parti bon troisième, qui coiffe tout le monde au fil d’arrivée avec un discours d’ouverture et de belles valeurs. En se payant le luxe de dépasser le NPD par la gauche avec sa promesse de déficits « légers ». Qui n’ont finalement pas été si légers que ça.

Il y avait du suspense. De l’inattendu. Une vraie course avec une finale à la hauteur.

Alors que cette fois-ci…

J’écoutais le débat en anglais lundi. Et… bof. C’est comme si les chefs livrent chacun exactement le discours qu’on attend d’eux. Sans en dévier d’un iota. Et ils le font très bien. 

À la fin du débat, tout le monde est capable de placer Trudeau, Scheer, Singh, May et Bernier sur une ligne gauche-droite sans se tromper. Avec Yves-François Blanchet, le chef du Bloc québécois, dans une case à part. 

Tout le monde connaît son rôle. Chaque chef est capable de vous réciter par cœur ses lignes sur l’environnement, l’économie, l’immigration. Mais pour les surprises ? Les vrais débats ? On repassera.

Et j’ai eu l’impression de vivre un peu la même chose lors d’un débat organisé entre des candidats locaux à l’élection fédérale, mercredi, à l’Université du Québec en Outaouais. 

Prenez les échanges sur l’environnement. Les candidats devaient dire s’ils seraient prêts à taxer fortement le carbone pour atteindre les cibles de l’accord de Paris.

Oui, a dit la candidate bloquiste Geneviève Nadeau. « Les gens de droite essaient de me faire peur avec une carte de crédit bien pleine. Mais moi, ce qui m’inquiète, c’est une planète non viable ! »

Sur ce coup-là, et sur bien d’autres, Nicolas Thibodeau du NPD était d’accord avec la bloquiste. « Nous allons même créer un bureau de la responsabilité climatique qui fera rapport quant à l’atteinte des cibles », a-t-il renchéri. Sans surprise, la candidate verte Josée Poirier-Defoy, a aussi insisté sur l’urgence d’agir alors que le climat se dérègle à toute vitesse.

« Nous pouvons atteindre les cibles de Paris, et c’est ce que nous ferons », a promis le libéral Greg Fergus, la main sur le cœur, en rappelant la promesse de son chef de rendre le Canada carboneutre d’ici 2050.

Une promesse qui n’a pas impressionné son rival conservateur Dave Blackburn, inquiet pour les gens du Pontiac qui n’ont pas les moyens de troquer leur Ford F-150 pour une voiture électrique. « En plus, vous parlez des deux côtés de la bouche, a-t-il ajouté. Votre chef se promène avec deux avions de campagne. Et c’est vous qui avez le plus d’affiches électorales avec des tie-raps en plastique. »

À l’autre bout du spectre, il y avait Mario-Roberto Lam du Parti populaire du Canada. Un climatosceptique, tout comme son chef Maxime Bernier. « Vous savez, l’environnement, ce n’est pas mon fort », a-t-il glissé.

Vous voyez ce que je veux dire ?

Chaque candidat de chaque parti dit ce qu’on attend de lui. Ce n’est pas qu’ils sont mauvais. Au contraire. Geneviève Nadeau a été excellente. Nicolas Thibodeau aussi, avec ses répliques bien placées et ses traits d’humour. La candidate verte était très convaincue. Dans un registre plus sérieux, Greg Fergus et Dave Blackburn ont aussi été pertinents.

Mais quand le débat est convenu, c’est difficile de briller. Même pour le meilleur orateur au monde.