Sylvain St-Laurent
Quinton Byfield
Quinton Byfield

Des bons prix de consolation

CHRONIQUE / Elle risque de faire mal très longtemps, celle-là.

Les partisans des Sénateurs d’Ottawa ont l’habitude d’encaisser des coups. Ceux qui continuent à suivre les activités à l’équipe de façon quotidienne, après tout ce qui s’est passé au cours des trois dernières années, sont de véritables guerriers. Pour ces gens, gérer la déception, c’est devenu une seconde nature...

Mais là, celle-là, elle pince au coeur pour vrai. Parce que les partisans rêvaient à ce tirage au sort depuis des mois. Avec l’aide des Sharks de San Jose, ils détenaient 25 % des billets. Même les pessimistes endurcis, conditionnés au pire, avaient le goût de croire que c’était possible.

Je vous le dis, ça va faire mal longtemps, parce qu’il y aura d’autres vagues.

Dans quelques semaines, on va arrêter de parler de tout ça. Et puis, un beau jour, la ronde de qualifications des séries de la coupe Stanley va prendre fin. Elle va organiser une autre émission spéciale pour couronner les «heureux» perdants.

Après, il faudra vivre avec.

Un jour, Alexis Lafrenière disputera son premier match à Ottawa, dans un autre uniforme.

Un jour, on suivra de loin ses performances. On le verra devenir le joueur d’impact qu’il doit devenir. Ailleurs. Dans un amphithéâtre bien entretenu. Dans un centre-ville animé. Au sein d’une organisation qui est prête à investir les ressources nécessaires pour connaître du succès...

Oui. Celle-là sera dure à digérer.

Heureusement, le grand livre d’histoire de la LNH est pleine de beaux prix de consolation.

Je pense à l’une d’entre-elles, en particulier. C’est l’histoire du repêchage amateur de 2004. Le premier que j’ai couvert, sur le terrain. Ça se passait à Raleigh, en Caroline du Nord.

Cette année-là, les Capitals de Washington avaient eu plus de chance que les autres équipes de fonds de classement. Ils avaient remporté le gros lot, et c’était tout un gros lot. Une jeune machine à marquer venue de Russie, Alexander Ovechkin, était l’espoir numéro un.

On ne parlait que de lui.

Les Penguins de Pittsburgh, l’équipe de dernière position qui s’étaient fait chiper le dernier choix, n’étaient pas trop malheureux. Eux, ils disaient ce que toutes les équipes disent, quand elles s’apprêtent à repêcher au deuxième rang.

On va quand même repêcher un bon joueur.

Les vrais spécialistes du repêchage, ceux qui prennent le temps d’étudier tous les espoirs, nous parlaient d’un autre jeune Russe de talent. Un centre. Gros gabarit. Un dénommé Malkin. Il n’était pas aussi spectaculaire que son compatriote, mais il se montrait plus constant.

Finalement, avec ses 1000 points, ses deux trophées Art-Ross, son trophée Hart, son Conn-Smythe et ses trois bagues de la coupe Stanley, on peut dire que ce «prix de consolation» a bien fait paraître tous ceux qui croyaient en lui.

Evgeni Malkin

Précision importante. Alexis Lafrenière ne sera pas le prochain Alexander Ovechkin. Si les dépisteurs voient juste, le Québécois deviendra un bon joueur d’impact, un peu comme Jonathan Huberdeau. Il pourrait connaître une très belle carrière, sans nécessairement s’approcher du record de buts marqués de Wayne Gretzky.

Deuxième précision. Il n’y a pas d’Evgeni Malkin en puissance, dans le repêchage de 2020.

Mais il y a un type qui lui ressemble un peu.

Quinton Byfield joue au centre et il est costaud. Il mesure six pieds et quatre pouces. Quand il aura atteint sa pleine maturité physique, il devrait peser au moins 225 livres.

Et son gabarit n’est pas un obstacle paralysant. Il est assez rapide pour briller dans la LNH.

Il pourrait fort bien utiliser sa charpente pour s’imposer, dans la circulation dense, chez les professionnels.

Les Sénateurs ont déjà un jeune spécialiste en la matière. Il joue à l’aile gauche.

Si jamais Byfield et Brady Tkachuk devenaient complices, ils pourraient donner aux Sénateurs un premier trio assez particulier.

Un entraîneur allumé pourrait compléter ce trio en y insérant un joueur plus frêle. Vitaly Abramov nous vient en tête.

Avec deux colosses, le jeune Abramov aurait soudainement plus d’espace, pour s’exprimer, sur la patinoire.

Je sais, je sais. On commence à parler de choses qui pourraient bien ne jamais se matérialiser.

Mieux vaut rêvasser que passer son temps à penser à ce qui aurait pu se produire, et qui ne se produira jamais.

On risque de parler souvent de trucs hypothétiques, dans les prochains mois. Il faudra bien trouver un moyen de passer le temps. Le prochain match, dans le meilleur des scénarios, sera disputé dans sept mois.