Si on veut ramener de la vie sur Saint-Joseph, il faut compter sur l’apport de tout le monde, y compris des cyclistes.

Des beaux discours à la réalité

CHRONIQUE / Gatineau se targue de vouloir redevenir une capitale du vélo, mais elle refuse de faire de la place aux cyclistes sur le boulevard Saint-Joseph. Cherchez l’erreur !

Un moment donné, les beaux discours sur l’importance du transport actif à Gatineau, sur la place du vélo utilitaire et sur ce fameux concept de «rues complètes» ne suffisent plus.

Il faut joindre le geste à la parole.

Comment Gatineau peut-elle aspirer à devenir une ville de vélo quand elle ne prend pas en considération les besoins des cyclistes dans le réaménagement d’une des plus importantes artères du secteur Hull ?

Le conseiller municipal Daniel Champagne, qui insiste depuis des années pour que Gatineau fasse plus de place au vélo utilitaire, était en furie en prenant connaissance des plans de réaménagement du boulevard Saint-Joseph.

Il a raison quand il dit que ça dépasse l’entendement.

Malgré le discours ambiant en faveur du transport actif, le concept présenté ne prévoit pas de piste cyclable sur Saint-Joseph. On enverrait plutôt paître les cyclistes dans les rues avoisinantes. Sans doute pour qu’ils ne dérangent pas trop le trafic !

«C’est comme si les demandes que nous faisons, au conseil, depuis des années, ont encore été complètement mises de côté», a-t-il confié à mon collègue Mathieu Bélanger, en déplorant que l’administration municipale continue de réfléchir surtout en fonction des automobilistes.

Peut-être que le problème est là. Il y a encore bien des gens qui voient les cyclistes comme des emmerdeurs encombrant les rues. Pourtant, si on veut ramener de la vie sur Saint-Joseph, il faut compter sur l’apport de tout le monde, y compris des cyclistes qui sont nombreux dans la région.

Ce n’est pas en leur faisant faire mille détours par les petites rues des alentours qu’on les convaincra de revenir magasiner sur Saint-Joseph.

Quand ils sortent en masse, comme dans certaines grandes villes d’Europe, les cyclistes utilitaires représentent une force économique importante.

À Copenhague, j’ai vu un centre commercial avec un immense stationnement rempli exclusivement de vélos. Personne ne se plaignait, comme ici, du manque de stationnement pour les voitures devant les commerces.

Je ne dis pas que Gatineau peut devenir Copenhague, Amsterdam ou Berlin. Mais déjà, si elle s’inspirait de ce qui se fait à Ottawa, notamment de cette piste cyclable dédiée sur la rue Laurier, ce serait pas mal.

Ces jours-ci, le maire Maxime Pedneaud-Jobin et plusieurs conseillers municipaux nous ramènent le concept des «rues complètes» qu’ils veulent implanter à Gatineau.

Un des points centraux de cette politique des «rues complètes», c’est l’inversion de la preuve. La rue n’est plus destinée, de facto, à l’automobile. Mais aussi au piéton, au cycliste et à l’utilisateur du transport en commun.

C’est un beau discours en théorie, mais on ne l’a pas appliqué très fort dans le cas du boulevard Saint-Joseph. Ni d’ailleurs dans le cas du boulevard Gréber qui a été réaménagé sans qu’on juge nécessaire d’y intégrer une piste cyclable. Sur Gréber aussi, on a préféré envoyer les cyclistes rouler sur Saint-Antoine, une rue parallèle.

Si les concepteurs du réaménagement du boulevard Saint-Joseph ont vraiment soumis leurs plans à la grille d’analyse des «rues complètes», ils ont manqué d’imagination.

Quel aurait été le résultat, m’a fait remarquer quelqu’un, si on avait dessiné les pistes cyclables et les trottoirs en premier, pour ensuite adapter le transport routier sur l’espace restant ? Le résultat final aurait été très différent, j’en suis convaincu. Et certainement plus en accord avec les beaux discours sur la place à donner au transport actif et au vélo utilitaire.