Des ados dans la ouate

CHRONIQUE / On attendait dans la file du Urban Planet aux Outlets de Bromont depuis un trop long moment pour payer deux paires de shorts en jeans 50 % Off quand ma grande a réussi à enterrer la musique qui me tapait sur les nerfs en me demandant si, dans mon temps, il existait des boutiques du genre. Des fois, j’ai l’impression qu’elle pense que je suis née en 1872.

— Euh... aussi grosses ? Pas tant, non, que je lui ai annoncé.

Sa question et ses shorts-mom-en-denim-vintage-à-taille-haute-avec-revers m’ont ramenée à son âge. À mes 15 ans. Au début des années 90.

Dans le temps, moi aussi je portais le short en jeans. D’ailleurs, je regarde aller les ados d’aujourd’hui et je nous revois tous, il y a 30 ans. Dire qu’ils se trouvent originaux...

Parlant d’originalité, quelle ne fut pas ma surprise, la semaine dernière, d’apprendre le grand retour de la marque québécoise Original Au coton. Dans la liste des boutiques que j’ai dressée à ma fille, debout entre le maquillage qui donne des boutons et les bouteilles d’eau réutilisables avec des chats dessus, elle en faisait partie.

Dans le temps, cette boutique se trouvait aux Galeries de Granby.

Je ne pense pas avoir déjà porté un de leurs chandails au logo surdimensionné, mais leurs pantalons aussi larges que mous, oui.

Plutôt à la recherche d’un style digne de ce nom à l’époque, la seule chose qui était claire dans ma tête, c’est que je ne voulais pas avoir l’air « commanditée ». J’étais du genre à aimer mon uniforme au secondaire, pour éviter de me casser le pompon.

Vous voyez le genre ?

Les gros logos, je ne voulais rien savoir. Une valeur un peu élastique, car je me rappelle clairement avoir enfilé jusqu’à l’usure un chandail bleu et blanc en tricot de la marque Freedom avec le mot FREEDOM, justement, écrit en majuscules sur la verticale le long de mon corps, jusqu’aux genoux. J’aimais tellement ce chandail. C’est moi qui l’avais choisi.

Car voyez-vous, dans ma jeunesse, j’ai longtemps porté les vêtements de ma cousine Annie, de sept ans mon aînée. J’aimais tellement ça revenir de l’école et découvrir les gros sacs de poubelle (les sacs réutilisables n’existaient pas en 1875 !) pleins de linge, signe que ma tante Jaco était passée livrer la marchandise. En plus d’être toujours beaux et de me faire comme un gant, les vêtements sentaient toujours super bon.

Les dons ont pris fin quand Annie a arrêté de grandir. Ce qui est tout à fait normal. C’est là que j’ai commencé à magasiner dans ce qui s’offrait alors à nous. J’aimais beaucoup la boutique Faust, toujours aux Galeries de Granby, même si c’était hyper cher là-bas. Même chose pour Tristan et Iseut. Une place intimidante, à l’époque, mais où j’aimais aller zieuter. J’aimais le style.

Dans le temps, il y avait aussi Croteau. La place où tout le monde allait, parce que pas cher, mais que personne n’osait avouer. Et, souvent, je fouinais dans les friperies.

— Non, les grosses boutiques, quand j’avais ton âge, c’était plus Zellers, La Baie, Sears... C’était des magasins à rayons, en fait. Y’avait pas de Simons, de Old Navy ou de Forever 21 gros comme des terrains de football ! Avant, ici, c’était un champ », que j’ai lancé à ma grande.

Avec la planète comme centre commercial (les ados sont dans la ouate de nos jours), difficile pour elle de s’imaginer n’avoir qu’une poignée de lieux où aller dépenser le pourboire qu’elle empoche en faisant des petites molles à’vanille.

Pourtant, même si l’offre n’était pas si grande quand j’étais ado, cela ne m’a pas empêchée d’avoir du style. Bon, mon style, mais du style quand même.

Un soir, j’étais en secondaire 1, alors que je me préparais à aller à la-danse-du-Mont, je me revois devant le miroir, on ne peut plus fière dans mon kit. Je portais, attention ça fesse : un coton ouaté vert gazon, des jeans Buffalo « califourchon-bas » (c’est exactement ce que j’avais demandé à la vendeuse au magasin : un jeans avec le califourchon bas. Elle m’avait répondu, un peu passive-agressive, même si cette expression n’existait pas en 1876 : « t’as juste à les prendre plus grands ! ») et mes espadrilles neuves Reebook d’un blanc immaculé. Ah oui, mes jeans, je les avais roulés à la cheville, histoire d’être encore plus dans le vent. Je me sentais exactement comme devaient se sentir les grandes vedettes sur le tapis rouge du MET Gala en mai dernier : parfaite !

Comme quoi avoir du style, ça se passe souvent là où il n’y a normalement pas de tissu, soit dans la tête ! C’est une question d’allure générale. D’énergie. Et de confort.

C’est d’ailleurs sur ce dernier point, l’ode au mou, qu’Original Au Coton a axé son grand retour. Renaissance qui s’est faite sur le web pas plus tard qu’hier, le lundi 24 juin, en pleine Saint-Jean. On parle quand même d’une marque montréalaise.

Comme tout est dans tout, depuis l’annonce de cette grande nouvelle, j’ai dans la tête une toune qui tourne en boucle : Coton ouaté, de Bleu Jeans Bleu. Un groupe québécois mené par un chanteur qui porte aussi bien le col roulé qu’il roule ses R.

Allez l’écouter, ça vaut vraiment le détour.

Bien sûr, mettez le volume au coton.