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Sylvain St-Laurent
Le Droit
Sylvain St-Laurent
Quand on repense à la carrière d’athlète de Derek Aucoin, un quart de siècle plus tard, on ne s’attarde pas à la façon dont elle a pris fin.
Quand on repense à la carrière d’athlète de Derek Aucoin, un quart de siècle plus tard, on ne s’attarde pas à la façon dont elle a pris fin.

Derek le titan

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CHRONIQUE / Ma mémoire fonctionne d’une curieuse façon.

Dans une conversation, si quelqu’un me parle d’un nombre à retenir, je dois immédiatement le noter sur un bout de papier. Sinon, en moins de 30 secondes, je l’aurai déjà oublié. Le nombre va entrer dans une oreille et tout de suite sortir de l’autre.

C’est comme ça.

Par contre, si vous me faites une confidence, je n’oublierai rien. Même si c’est un truc anodin. Je vais me souvenir des mots exacts utilisés et du contexte. Et le souvenir ne va pas s’étioler au fil des ans.

Je vous prie de continuer à lire. Je veux vraiment parler de Derek Aucoin.

J’ai juste besoin de compléter ce préambule, ce ne sera pas long.

Je retiens aussi, avec précision, des extraits de textes que je lis.

Je me suis toujours souvenu, par exemple, d’une super entrevue qu’Aucoin avait accordée à mon collègue Jean-François Plante, alors qu’il jouait pour les Lynx d’Ottawa, en 1997.

Derek Aucoin dans l'uniforme des Lynx d'Ottawa

Jeune diplômé en journalisme, je n’avais pas encore réussi à me trouver un emploi dans le monde des médias. Dans mon emploi d’étudiant, quand je me tournais les pouces, je pouvais dévorer deux ou trois journaux par jour.

J’enviais Jean-François, un type que je connaissais de loin parce que je l’avais croisé dans deux ou trois partys. Lui, il faisait déjà le plus beau métier du monde.

Et JF était déjà très bon. Comme je vous disais, plus haut, il avait réalisé une entrevue marquante avec Aucoin.

Je cite le lanceur québécois :

« Je n’ai plus de confiance. Quand les Expos m’ont renvoyé subitement à Ottawa l’an dernier, je venais de passer la plus belle journée de toute ma vie. En l’espace de quelques heures, j’apprenais que mon rêve se terminait. J’ai mis six semaines à m’en remettre. »

« Ma grand-mère m’a toujours dit de faire attention à ce que je souhaitais dans mes rêves parce qu’ils pouvaient se réaliser tels quels. Toute ma vie, j’ai rêvé de lancer UNE fois au Stade. Maintenant que mon rêve s’est réalisé, j’ai l’impression que peut-être, il ne reviendra plus. »

Aucoin n’a, effectivement, plus jamais lancé dans les ligues majeures. La saison 1997 a été sa dernière dans l’organisation montréalaise. Il a finalement accroché ses crampons après avoir passé la saison 1998 avec des clubs affiliés aux Mets de New York.

***

Le temps change les perspectives.

Au moment d’accorder cette entrevue, Derek Aucoin avait 27 ans. Il n’était pas resté assez longtemps à son goût avec l’équipe favorite de son enfance. Il aurait donné n’importe quoi pour faire durer le plaisir.

Dans les dernières années de sa vie, il avait l’air beaucoup plus serein. Il avait réussi à se réinventer de belle façon. Il avait une famille, d’abord. Il avait trouvé sa place, à l’animation de l’émission de radio Bonsoir les sportifs.

Il doit être drôlement difficile de s’installer dans le fauteuil de Ron Fournier.

Aucoin avait réussi, avec un style complètement différent. Il était calme, posé. Il ne s’emportait pas.

Quand on repense à sa carrière d’athlète, un quart de siècle plus tard, on ne s’attarde pas à la façon dont elle a pris fin.

On se dit simplement qu’Aucoin a trouvé le moyen de se rendre jusqu’au monticule du Stade olympique.

Combien de Québécois peuvent en dire autant ?

Pour lui, comme pour ses proches, il fallait que ce soit une immense source de fierté.

***

Il y aura du baseball de fort calibre à Ottawa, l’été prochain.

L’équipe a récemment été baptisée.

Les Titans.

Les propriétaires de l’équipe n’ont pas vraiment expliqué leur choix. Ils ont simplement indiqué avec fierté que le nom est bilingue et on apprécie cette délicatesse.

Sinon, on a beau chercher un lien entre les géants de la mythologie grecque et la région de la capitale fédérale...

Il n’y en a pas.

Sauf, peut-être...

Le petit parc de balle situé tout près de l’autoroute 417 a accueilli plusieurs joueurs canadiens de renom, depuis son ouverture.

Érik Bédard, Denis Boucher, Joe Siddall et Matt Stairs ont, à l’instar d’Aucoin, porté les couleurs des Lynx.

Mike Kusiewicz a complété sa carrière avec les immémorables Rapidz.

Phillippe Aumont et Sébastien Boucher ont été les deux plus grandes vedettes des Champions. Et il ne faudrait pas oublier qu’Éric Gagné a très brièvement appartenu à cette équipe, lui aussi. Au dernier jour de la saison 2016, à 40 ans, il a lancé cinq solides manches.

Ça commence à faire beaucoup de monde.

Si les Titans parviennent à se tailler une place dans le paysage sportif de la capitale, ils continueront par la force des choses à offrir des opportunités aux meilleurs athlètes d’ici.

Rendre hommage, rapidement, aux héros du passé pourrait rappeler de bons souvenirs aux spectateurs qui ont soutenu ces « titans » au fil des ans. Ça pourrait aider à bâtir des ponts, avec la communauté, pour bien préparer l’avenir.