Patrick Duquette
Le Droit
Patrick Duquette

Dénoncer ou pas?

CHRONIQUE / Dénoncer ou ne pas dénoncer?

Je me suis posé la question, vendredi soir dernier.

Il était environ 18h30, je revenais chez moi en voiture.

Non loin de mon domicile, je débouche sur une petite rue de quartier.

Phénomène inhabituel, elle est encombrée de voitures en stationnement. J’en compte six, sept, huit? À tel point que je dois m’immobiliser derrière un véhicule à l’arrêt en plein milieu de la chaussée.

Le conducteur, un jeune homme en veston-cravate, débarquait trois passagères vêtues de robes chic. Peut-être revenaient-ils d’un mariage ou d’un enterrement? J’en ai déduit qu’ils vont rejoindre le reste de la bande dans une maison du quartier.

J’ai juré dans ma barbe.

Cou’donc, ils vivent sur quelle planète, eux autres? Ils ne sont pas au courant pour la pandémie? Ils n’ont pas entendu le ministre Dubé demander à tous d’éviter les contacts sociaux pour les 28 prochains jours?

Voyant que j’étais coincé derrière son véhicule, le jeune conducteur a vérifié si une auto arrivait dans l’autre sens. Puis il m’a fait signe de passer. Ce que j’ai fait, sans le remercier. Je me demandais plutôt si je devais signaler à la police ce rassemblement de toute évidence illégal.

C’était une affaire de rien, après tout.

L’après-midi, à la radio, j’entendais la porte-parole du Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG) encourager les gens à signaler les attroupements illégaux. Les policiers iront vérifier sur place, assurait une porte-parole, tout en garantissant l’anonymat des dénonciateurs. Ç’aurait été une affaire de rien d’empoigner mon cellulaire. J’avais encore frais en tête le numéro de téléphone général du SPVG…

Pourtant, je ne l’ai pas fait.

Pourquoi?

J’ignore si c’est une raison valable en période de pandémie - vous me jugerez là-dessus - mais d’abord et avant tout parce que je déteste dénoncer les autres. Ce n’est pas dans ma nature de jouer au délateur. J’ai grandi dans une société où on apprend à régler nos problèmes en se parlant. À vivre et à laisser vivre.

Je vous l’avoue, j’ai peur que ce maudit virus nous amène à moucharder. À créer une atmosphère digne de l’ex-Allemagne de l’Est où tout le monde se dénonçait, même au sein d’une même famille.

L’autre raison qui m’a découragé d’empoigner mon téléphone, c’est l’impression que la police ne ferait pas grand-chose. Une impression qui n’en est pas tout à fait une. Le SPVG a reçu 61 appels reliés à la COVID entre le 21 et le 27 septembre. Devinez combien de constats d’infraction ont été infligés?

Zéro.

Je comprends que, pour la police, l’important est de disperser les attroupements. Sans doute aussi qu’on veut éviter de créer des confrontations, voire des émeutes, dans un climat social fragile au Québec. Des policiers qui arrêtent un type sans masque au Tim Horton, ce n’est rien de très glorieux. Surtout si la vidéo de l’arrestation se retrouve sur YouTube…

En même temps, un attroupement illégal, s’il devient un foyer d’infection, risque fort de créer des morts. Pas tout de suite. Mais dans deux semaines, un mois, deux mois...

Dans les pays européens où la deuxième vague de COVID a pris de l’ampleur, les éclosions ont commencé chez les jeunes, comme ici. Ça a pris quelques semaines avant d’infecter les vieux et les plus vulnérables. Et de voir les hospitalisations grimper en flèche.

Et si les hospitalisations grimpent en flèche dans une région comme l’Outaouais, réputée pour la fragilité de son système de santé, ça risque d’être laid. Il sera trop tard pour donner des contraventions.