Rien n’aurait pu empêcher Pierre et Huguette Desjardins d’aller voter lors de l’élection municipale de dimanche.

Voter coûte que coûte

CHRONIQUE / On l’a dit et on l’a redit, seulement 38,7 % des Gatinois ont exercé leur droit de vote dimanche dernier. Seulement quatre personnes sur dix.

Mais il y a encore des gens pour qui voter est un devoir, une obligation, une responsabilité sociale. Huguette Desjardins et son fils Pierre sont de ce nombre. Et les deux se sont assurés d’aller inscrire leur « X » sur un bulletin de vote dimanche dernier.

Ils auraient tous deux eu toutes les excuses au monde pour rester à la maison par cette froide journée pluvieuse de novembre et laisser les autres élire le prochain conseil municipal de Gatineau.

Pierre Desjardins, 62 ans, habite le quartier Mont-Bleu avec sa mère depuis septembre 2015. « Mon père est décédé le 16 mars 2015 à l’âge de 87 ans, dit-il. Et je suis déménagé ici avec ma mère en septembre de la même année. Je ne voulais pas qu’on place ma mère dans un CHSLD. Parce que je sais qu’elle va mourir si on la place. Elle va se laisser aller. Alors je suis venu m’en occuper. »

Sa mère est âgée de 85 ans et elle est atteinte de la maladie d’Alzheimer. « Mais elle est encore très alerte et elle reconnaît toujours ses six enfants, explique son fils.

La maladie ne progresse pas autant parce qu’elle peut rester ici, dans sa maison où elle vit depuis plus de 55 ans. C’est le même encadrement, elle n’est pas perdue et dépaysée comme si on la plaçait. »

Pierre Desjardins prend donc soin de sa mère. Et elle, en retour, prend un peu soin de lui...

UN AN À VIVRE

M. Desjardins est atteint d’un cancer généralisé. La maladie a débuté par une tumeur cérébrale détectée en 2008. Et le cancer s’est propagé depuis dans ses os, son foie, son estomac et ses reins.

En janvier 2016, les médecins lui ont dit qu’il n’avait plus qu’un an à vivre. Il y a presque deux ans de ça. Vrai, M. Desjardins est visiblement affaibli et fragile, et il est passé d’un poids de 215 livres à 146 livres. Mais il n’abandonne pas la lutte. Parce que sa mère compte sur lui.

« Je suis de nature combative, laisse-t-il tomber. Je ne suis pas le genre à abandonner une lutte. Les médecins voulaient que je reçoive des traitements de chimiothérapie, mais je ne veux rien savoir de ça. C’est mon corps, c’est ma vie et j’ai été élevé dans la foi. Et je remercie le Seigneur tous les matins de me donner grâce. »

« Mon frère est mon héros, ajoute sa sœur, Lucie Desjardins. C’est grâce à lui si notre mère peut rester ici dans sa maison qu’elle aime tant. Elle est tellement chanceuse de l’avoir. Il s’occupe tellement bien d’elle, malgré sa maladie. Pierre veut que notre mère parte avant lui. Il ne veut pas la laisser seule. C’est sa raison de vivre. »

« Mon père n’aurait jamais laissé ma mère seule, poursuit Pierre. Et je vais faire comme lui, je ne la laisserai jamais seule. »

« Pierre me traite comme une reine, enchaîne leur mère. Je suis chanceuse de l’avoir et de pouvoir rester ici. »

DEVOIR DE CITOYEN

Dimanche dernier, Pierre et sa mère ont appelé l’équipe de la conseillère municipale Louise Boudrias, afin qu’un bénévole vienne les cueillir pour qu’ils puissent aller voter. Rien n’allait les empêcher. Ni la pluie, ni le froid, ni leur grave maladie, et ni l’effort physique que cela leur imposait.

« C’est notre devoir de citoyen, affirme M. Desjardins. C’est ce que notre père nous a enseigné. N’est-ce pas, Maman ? »

« Ah oui !, répond-elle. C’était très important pour mon mari et moi d’aller voter, oh my ! Et la sœur de Mme (Louise) Boudrias est venue nous chercher à la porte et elle nous a ramenés tout de suite après. Tout a bien été. »

« Mais le corridor à l’école où il fallait voter était un peu long, avoue Pierre. La marche a été un peu essoufflante. Mais c’est correct. On a fait notre devoir, c’est tout ce qui compte.

Et avez-vous gagné votre vote à la mairie ?

Ils se regardent et, en chœur, ils répondent : «Non, malheureusement. Mais notre conseillère a gagné !»