Denis Gratton
Le poste de chef du Bureau du protocole à la Ville d’Ottawa a été attribué à une personne qui ne parle pas le français.
Le poste de chef du Bureau du protocole à la Ville d’Ottawa a été attribué à une personne qui ne parle pas le français.

Une autre embauche, un autre Anglo

CHRONIQUE / Une autre journée, une autre embauche d’une personne unilingue anglophone dans un poste de direction à la Ville d’Ottawa.

Cette fois-ci, c’est le poste de chef du Bureau du protocole qui a été attribué à une personne qui ne parle pas le français, mais qui, dit-on, suit des cours pour l’apprendre. Il s’agit de Arnold McLean, un conseiller en matière de protocole à la Ville depuis 2015. Cette semaine, M. McLean a été promu de conseiller à chef. « Congratulations Sir ».

Ça fait quoi, un Bureau du protocole ? Voici ce qu’on peut lire sur le site web de la Ville d’Ottawa :

« Le Bureau du protocole est chargé d’assurer le leadership et la coordination des activités protocolaires, des cérémonies et des événements diplomatiques de la Ville qui visent à la représenter de façon positive et respectueuse de la réalité politique et culturelle. (…) Le Bureau aide à résoudre des questions d’ordre diplomatique concernant les ambassades étrangères et les hauts-commissariats à Ottawa. Le Bureau fournit aussi de l’aide pour les différentes questions concernant les gouvernements fédéral et provinciaux en maintient un contact permanent avec les associations nationales et provinciales qui représentent les intérêts collectifs des municipalités ».

Voilà ce que ça fait, en gros, un Bureau du protocole. Voilà ce que fera, en gros, le nouveau chef unilingue anglophone de ce bureau.

Mais attention. Je ne veux pas vous induire en erreur, amis Francos. Dans cette récente embauche, la Ville d’Ottawa a respecté sa politique de bilinguisme. Parce que le poste en question est classé L4. Et selon la politique de bilinguisme en vigueur à Ottawa, seuls les postes classés L1, L2 et L3 doivent être occupés par des personnes bilingues, ou par des personnes unilingues qui s’engagent à apprendre l’autre langue officielle.

Des postes tels celui du directeur général de la Ville, bien entendu, tels ceux de chef des finances et de directeur des soins de longue durée aussi, pour ne nommer que ceux-ci. Trois postes qui, soit dit en passant, sont présentement occupés par des… anglophones unilingues. Trois personnes qui, dit-on, suivent des cours de français. Comme moi je suis des cours de ballet, quoi…

Cela dit, le nouveau chef du Bureau de protocole à la Ville d’Ottawa, celui qui devra, entre autres fonctions, « maintenir un contact permanent avec des associations nationales et provinciales qui représentent les intérêts des municipalités », et celui qui sera appelé à « résoudre des questions d’ordre diplomatique concernant les ambassades étrangères » qui se trouvent à Ottawa — ville dite bilingue et capitale d’un pays officiellement bilingue — ne parle pas le français. Cherchez l’erreur.

Je me demande parfois ce que les anglophones d’Ottawa diraient SI…

SI… la Ville embauchait une personne unilingue francophone dans un poste de gestion classé L1, L2 ou L3.

Si… au cours des quatre années suivantes, la Ville embauchait quatre autres cadres unilingues francophones, dont le directeur général de la Ville.

SI… on embauchait ces personnes pourvu qu’elles suivent une formation linguistique obligatoire offerte par la Ville, comme le stipule la politique de bilinguisme.

SI… ces cinq cadres unilingues francophones ne tenaient pas vraiment compte de cette obligation en ne consacrant en moyenne que 36 heures par année à leur cour d’anglais, soit moins d’une heure par semaine (!).

SI… presque quatre ans après son embauche, le directeur général ne pouvait toujours pas parler l’anglais.

SI… malgré tout ça, la grande majorité des élus s’en lavaient les mains.

Je me demande parfois ce que les anglophones d’Ottawa en diraient.