Kim Chartrand et Christian Gosselin relanceront mardi le « nouveau » journal de rue, Le Portail de l’Outaouais, qui sera vendu dans les rues de Gatineau par des itinérants.

Un journal pour se parler

CHRONIQUE / On les évite. On les ignore. On les juge, surtout. On leur donnera parfois quelques sous pour se donner bonne conscience. Puis, on poursuivra notre chemin sans même les saluer.

Ils sont un peu partout, les itinérants. Dans le Vieux-Hull. Le Vieux-Gatineau. Dans les secteurs défavorisés de la ville. Aux endroits, bref, où ils peuvent obtenir les services dont ils ont besoin. Comme de la nourriture, un lit, un peu de chaleur humaine.

Et savez-vous, eux aussi nous jugent. Sans trop comprendre pourquoi on les repousse, on les évite et on les ignore. Pourquoi craint-on leur main tendue ?

Pourquoi ne pouvons-nous pas leur offrir un simple sourire, un « bonjour », un « fait beau aujourd’hui » ?

Et si on se parlait, tous ensemble ? Si on tentait de se comprendre. Si on se donnait la main.

C’est un peu le but du Portail de l’Outaouais, un magazine mensuel qui reprendra vie le 3 avril prochain, après 11 mois d’arrêt. Un magazine dont les textes seront rédigés bénévolement par des acteurs sociaux, des intervenants, et parfois par des itinérants qui nous raconteront leur réalité.

Le retour
Fondé et dirigé par le Hullois Christian Gosselin, le Portail de l’Outaouais a été publié mensuellement de décembre 2015 à avril 2017. Puis, faute de financement, on a dû, à contrecœur, « fermer la boîte ».

Mais le Portail renaîtra mardi grâce à l’octroi d’un financement provincial récurrent, ainsi qu’au financement ponctuel de la Caisse Desjardins de Hull-Aylmer.

« Et cette fois-ci, explique M. Gosselin, nous aurons une intervenante responsable à l’accompagnement des camelots. C’est quelque chose que nous n’avions pas auparavant et qui nous aidera grandement cette fois-ci. »

Qui sont les camelots ? Ce sont les itinérants eux-mêmes. Ce sont eux qui vendront le journal dans la rue.

« Les camelots devront payer 1,50 $ la copie et le magazine se vendra à 3 $ la copie, explique M. Gosselin. Donc un profit pour le camelot de 1,50 $ par exemplaire vendu. Cette personne deviendra ni plus ni moins un travailleur autonome. Il achète ses copies, et à lui de les vendre. Être camelot permettra aussi à ces personnes d’entreprendre une démarche de réinsertion sociale dans un cheminement vers, l’espère-t-on, l’employabilité.

«Déjà quatre personnes ont démontré un intérêt pour devenir camelot, poursuit M. Gosselin. Ça peut sembler peu comme nombre, mais ce sont eux, ces camelots, qui inviteront d’autres itinérants à le devenir et à les imiter. C’est une belle alternative à la mendicité.»

Bref, ils ne vous tendront plus la main pour demander la charité. Ils vous tendront un journal par solidarité.

Ce serait bien de l’acheter une fois par mois. Pour aider, certes. Mais aussi pour se parler. Et surtout pour se comprendre.

À souligner que le Portail de l’Outaouais indiquera mensuellement sur sa page Facebook où se trouvent les camelots lors des journées de publication.