François Boileau est encore sous le choc de la décision du gouvernement Ford d’abolir son poste et le bureau qu’il dirige depuis 2007.

«Tout ça m’attriste beaucoup»

CHRONIQUE / Le Commissariat aux services en français de l’Ontario a été créé en 2007. François Boileau est à la tête de ce bureau depuis le premier jour. Le 15 novembre 2016, on renouvelait le mandat de M. Boileau pour cinq autres années.

Mais jeudi, à la stupéfaction générale, le gouvernent de Doug Ford a décidé d’abolir ce commissariat et de transférer d’ici quelques mois les 13 employés qui y œuvrent sous la direction de l’ombudsman de l’Ontario, Paul Dubé.

François Boileau a été sonné par cette décision. Et il ignore ce que l’avenir lui réserve.

« Je ne sais pas ce qui adviendra de moi, dit-il. Mais je sais que je ne transférerai pas avec l’équipe de Paul Dubé. Je suis cependant content de savoir que mon équipe sera transférée au bureau de l’ombudsman. C’est un baume pour moi. Mon personnel est tellement dévoué et compétent. Paul et moi, nous sommes parlés. Il est aussi surpris que moi. Il n’a pas demandé ça. Mais on va travailler ensemble pour une transition harmonieuse. »

Ce qui « attriste » le commissaire Boileau au plus haut point, c’est le recul que subit la communauté franco-ontarienne en perdant le Commissariat aux services en français.

« C’est un énorme recul, il n’y a aucun doute là-dessus, lance-t-il. Parce que Paul Dubé, avec toute sa bonne volonté, ne pourra pas faire ce qu’un commissaire fait. J’entends entre les branches (à Queen’s Park) qu’on ne reçoit pas tant de plaintes que ça (au commissariat). Qu’on pourrait être plus efficient. Mais attention ! Comprenez-vous notre rôle ? Nous ne sommes pas en attente de plaintes. On va au-devant de ça. Nous sommes proactifs, on fait de la promotion et de la prévention. Paul ne peut pas faire ça, il est ombudsman. Moi, je suis commissaire aux services en français. C’est mon rôle d’avoir un parti pris.

«Jim Watson (le maire d’Ottawa) n’était pas content que je prenne position dans le dossier Ottawa ville bilingue. Premièrement, je suis commissaire aux services en français pour la province de l’Ontario et les municipalités sont de compétence provinciale. Ça entre dans ma juridiction. Deuxièmement, s’il fallait qu’un commissaire aux services en français ne prenne pas position sur un dossier comme celui-là, la communauté se demanderait : que fait-il, lui ? Je suis là pour promouvoir l’esprit de la loi sur les services en français. Le développement de la communauté francophone est dans mon mandat. C’est dans mon ADN de le faire. L’ombudsman ne pourra pas faire ça.

«Maintenant, parlons de prévention, poursuit le commissaire Boileau. Dès le jour un de l’entrée en scène de Doug Ford et de son gouvernement, ils ont créé un site web où l’on pouvait postuler pour des emplois politiques aux bureaux du premier ministre et des ministres. Tout ça était en anglais seulement. Discrètement — on n’a pas fait appel aux médias —, on est intervenu avec rigueur et fermeté pour leur dire : on va mettre ça bilingue, on ne va pas commencer un mandat de la mauvaise façon. Et des changements ont été apportés à ce site dans les heures qui ont suivi. J’aurais pu appeler les médias et avoir beaucoup de plaisir avec vous, les journalistes. Mais ça n’a pas été mon approche. Mon approche a été de laisser une chance au coureur, de les prévenir et de leur dire comment ça marche. Ça, c’est de la prévention. On n’avait pas besoin d’attendre une plainte.»

François Boileau affirme avoir visité toutes les communautés francophones en province au cours des 11 dernières années, et à plus d’une reprise. Il se demande bien comment l’ombudsman de l’Ontario pourra poursuivre cette mission.

«J’ai été à la rencontre des gens, dit-il. Je les ai écoutés. Et ils se sentent moins seuls et moins isolés en sachant qu’il y a quelqu’un à Toronto qui est à leur écoute et qui est là pour eux. C’est aussi ça le rôle d’un commissaire. Paul Dubé, avec tout le respect que j’ai pour lui, n’aura pas le temps d’aller à la rencontre des Franco-Ontariens. Tout ça m’attriste beaucoup. C’est une perte directe pour la communauté.»

— Avez-vous espoir que la communauté pourra se rallier comme elle l’a fait lors de la lutte pour l’Hôpital Montfort et sauver à la fois le Commissariat aux services en français et l’université de l’Ontario français ?

«J’ai toujours espoir en la communauté. Mais je suis un officier du gouvernement, je ne pourrai pas faire partie de ce mouvement-là. Je suis nommé par le Parlement, je dois garder une certaine distance. Mais ça ne veut pas dire que je ne suis pas intéressé !

— Croyez-vous que le premier ministre Doug Ford, par les décisions qu’il a prises jeudi, se fiche un peu de la communauté franco-ontarienne ?

«Je dirais qu’il a une incompréhension de la communauté francophone. J’aurais aimé qu’il prenne le temps de mieux nous connaître. Parce que s’il nous connaissait mieux, je ne peux pas imaginer qu’il aurait pris les mêmes décisions.»