« Il y a beaucoup de personnes qui aimeraient avoir un petit couteau ou une lame pour se faire les ongles ou pour différentes raisons et c’est accepté partout dans le monde à l’exception des États-Unis. (...) Ça ne représente pas une menace pour la sécurité », a déclaré le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau.

Six centimètres de trop

CHRONIQUE / Prendre l’avion est devenu plutôt compliqué depuis les attentats du 11 septembre 2001.

On nous a d’abord interdit d’être en possession d’un briquet, puis on nous a obligés à retirer nos chaussures avant de monter à bord. Juste au cas où l’histoire se répétait et qu’un passager dissimulerait une bombe dans ses godasses.

Pas question d’être en possession d’une bouteille d’eau non plus. Ni de poudre à bébé. Puis d’autres objets interdits à bord des avions se sont ajoutés à la liste d’année en année. Si bien qu’on a parfois l’impression qu’il faudra bientôt prendre l’avion à poil.

Mais toutes ces mesures ont été mises en place pour assurer notre sécurité. On le sait. Alors on se déchausse, on retire notre ceinture, on vide nos poches, on ouvre et on allume notre portable, on tend les bras pour se faire « scanner » de la tête aux pieds, on ronge notre frein, on bougonne et... on arrive à destination sain et sauf.

Mais on apprenait récemment que Transports Canada autorisera, à compter du 27 novembre, le port du kirpan à bord des vols intérieurs et internationaux. Seront aussi autorisées les petites lames de couteau de six centimètres ou moins, ainsi que des petits ciseaux et couteaux suisses.

Une bouteille d’eau dans un avion, c’est non. De la poudre pour bébé ou des sels de bain, pas question non plus. Mais un couteau muni d’une lame de six centimètres, « bienvenue à bord et merci d’avoir choisi Air Canada ».

C’est d’une incohérence incompréhensible.

Et petite question comme ça en passant : combien mesuraient les lames des couteaux rétractables utilisés par les terroristes qui ont détourné quatre avions le 11 septembre 2001 et tué 2977 personnes ? 

A-t-on déjà oublié ? Semble-t-il...

Certains parlementaires et observateurs ont affirmé que cette nouvelle mesure a été mise en place par le fédéral pour accommoder certains groupes religieux, notamment les sikhs pour qui le kirpan, ce couteau cérémonial, est l’un des cinq symboles religieux qu’ils doivent avoir sur eux en tout temps.

Mais le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, rejette cette affirmation. Selon lui, il s’agit d’un accommodement pour tous les passagers. Voici ce qu’il a déclaré il y a quelques jours lors d’une mêlée de presse :

« Il y a beaucoup de personnes qui aimeraient avoir un petit couteau ou une lame pour se faire les ongles ou pour différentes raisons et c’est accepté partout dans le monde à l’exception des États-Unis. (...) Ça ne représente pas une menace pour la sécurité. »

Eh bien... si l’astronaute Garneau le dit. Et c’est vrai que de me limer les ongles à bord d’un avion bondé m’a toujours tenté. C’est d’ailleurs la première chose qui me vient en tête lorsque je prends place dans un avion : « Maudit que j’aimerais pouvoir me faire les ongles ». Et dorénavant, je pourrai !

Et je pourrai aussi me munir d’un petit couteau de poche et gosser du bois pour passer le temps durant le vol. Bien que mon morceau de bois serait sûrement confisqué à la sécurité, parce qu’on craindrait que je me gosse un couteau...

Mais blagues à part, cette décision de Transports Canada ne tient pas la route. Un couteau suisse ou un petit kirpan muni d’une lame de six centimètres représente, à mon avis, une arme potentielle et un danger réel à bord d’un avion. 

Et tout ce débat n’est pas une question de religion ou d’accommodements raisonnables. Mais pas du tout.

C’est une simple question de sécurité pour tous, pour toutes religions, confessions, races, et langues parlées confondues. On n’apporte pas un couteau à bord d’un avion, point. Le gros bon sens le dicte. 

La Terre appelle Marc Garneau...