Yao Maurice Assamboa et Kommey Danielle avec leur fillette Grâce Divine au centre de dons situé dans l’ancien magasin Sears des Galeries de Hull.

Sinistrés errants

CHRONIQUE / On l’a entendu et réentendu depuis le passage de la tornade de vendredi dernier : les Gatinois sont généreux.

Et c’est vrai. Mon père dirait d’eux qu’ils ont le cœur à la bonne place. Il suffit d’aller jeter un coup d’œil dans l’ancien Sears des Galeries de Hull pour vous en convaincre.

Là-bas, les nombreuses tables débordent de vêtements, de nourriture, de produits d’hygiène, de jouets et le reste. Des dons. Des objets et des denrées offerts par les Gatinois (et par des Ottaviens je devine) pour venir en aide aux dizaines de sinistrés chassés de leurs logements par la tornade dévastatrice de vendredi dernier.

Ces derniers arrivaient une quinzaine à la fois. Ils s’approvisionnaient pendant une trentaine de minutes, puis ils remontaient à bord de l’autobus qui faisait la navette entre le centre pour sinistrés de la rue Bériault et l’ancien Sears maintenant occupé par des bénévoles de la Saint-Vincent-de-Paul et de Moisson Outaouais.

Ces gens chassés de leur chez-soi ne manquent de presque rien, vous diront-ils. Et ils sont reconnaissants envers ceux qui ont donné et qui leur ont tendu la main. « J’ai beaucoup lu sur le Canada avant de venir ici, de dire Yao Maurice Assamboa, un Gatinois originaire de la Côte d’Ivoire qui a immigré en Outaouais il y a deux ans. Je rêvais de vivre ici. J’ai lu que c’est un milieu multiculturel où les gens partagent tout et où il n’y a pas de discrimination raciale. J’en ai la preuve aujourd’hui. »

En fait, il ne leur manque qu’une chose : un toit. Un logement à long terme pour eux et leurs enfants. Parce que les gens rencontrés hier dans l’ancien Sears avaient tous la même réponse lorsqu’on leur demandait leur adresse. « La zone rouge, répondaient-ils. Nous habitons la zone rouge ».

La zone rouge, ce sont les immeubles à logements du secteur Mont-Bleu devenus inhabitables depuis le passage de la tornade historique. Les sinistrés doivent donc se tourner vers la Croix-Rouge pour trouver un lit, un toit, une nuit au chaud. Et l’exercice est exténuant. Pour eux, tout comme pour les bénévoles de la Croix-Rouge.

M. Assamboa habitait la zone rouge. Depuis la tornade de vendredi, lui, sa femme et leurs deux enfants âgés de deux et cinq ans sont transférés d’hôtel en hôtel. « Et hier (lundi), dit-il, il n’y avait pas de chambre d’hôtel de disponible. Ma femme et mes deux enfants ont couché chez une amie qui a un quatre et demi à Gatineau. Et moi j’ai couché au centre pour sinistrés, ajoute-t-il en me montrant un billet sur lequel on a inscrit : « B-60 ».

– Ça veut dire quoi, ce B-60 ?, que je lui demande.

– C’est le numéro de mon lit au centre pour sinistrés.

– Et où votre famille et vous coucherez-vous ce soir ?

– On ne le sait pas encore. La Croix-Rouge nous a offert une chambre pour trois nuits, mais l’hôtel en question se trouve à Saint-Jérôme (à 165 kilomètres de Gatineau). On ne peut pas aller là-bas, j’étudie à l’Université d’Ottawa et mon garçon de cinq ans fréquente la maternelle ici à Gatineau. Donc on ne sait pas encore où on couchera ce soir. On le saura plus tard aujourd’hui. On a tout ce qu’il nous faut ici, dit-il en faisant le tour de l’ancien Sears de ses yeux. Il ne nous manque qu’un toit. »

Robert Jacques Afiana, du Cameroun, est lui aussi sinistré de la zone rouge. Arrivé à Gatineau il y a un peu plus d’un an, il s’est soudainement retrouvé à la rue vendredi avec son épouse et leurs cinq enfants âgés de neuf, sept, cinq, trois et deux ans…

« Nous habitions un trois chambres à coucher de la rue Radisson, dit-il. Nous habitions la zone rouge. Mais depuis vendredi, mes cinq enfants, ma femme et moi couchons un peu partout.

«Vendredi soir, l’éducatrice de nos enfants nous a offert son salon. Donc on a tous couché là. Samedi soir, des amis camerounais nous ont offert leur sous-sol. Et eux, ils ont six enfants, c’est une famille de huit. Nous étions donc 15 personnes dans la maison.

« Dimanche, la Croix-Rouge nous a trouvé une chambre au Comfort Inn (de Gatineau). Nous l’avons acceptée parce que nous étions très fatigués. Mais hier (lundi), la Croix-Rouge voulait nous envoyer pour trois nuits dans un hôtel de Saint-Jérôme. Mais je suis étudiant à l’Université d’Ottawa et certains de mes enfants sont à l’école, c’était impossible d’accepter. Donc nous sommes retournés dans le sous-sol de la famille de huit du secteur Gatineau. Et nous y retournerons probablement ce soir (mardi). C’est très difficile. »