François Charette (à droite) est agent de prévention en santé et sécurité sur le chantier Zibi, à Gatineau. Il est en compagnie de Wayne Locey et Bryce Haord, devant leur récolte de canettes et de tiges de métal.

Recycler pour aider

CHRONIQUE / Est-ce une première au Québec et au Canada ? Difficile à dire. Mais c’est ce genre d’idée géniale qui nous porte à dire qu’il suffisait d’y penser.

François Charette, 58 ans, est agent de prévention en santé et sécurité sur le chantier Zibi, dans le secteur Hull. En juillet dernier, il a décidé sur un coup de tête — ou sur un coup de cœur, devrais-je dire — de venir en aide à l’organisme Moisson Outaouais.

« J’étais dans ma voiture, arrêté à un feu rouge, lorsque j’ai vu deux jeunes en fauteuil roulant passer devant moi, raconte-t-il. Et alors qu’ils passaient, je les ai entendus parler de leurs conditions difficiles. Je me souviens que l’un d’eux avait beaucoup de difficultés avec son fauteuil roulant. Cette scène m’a touché. Et peu de temps après, j’ai entendu à la radio l’appel à l’aide des banques alimentaires, notamment de Moisson Outaouais qui manquait de denrées alimentaires. Alors j’ai décidé d’aider. »

M. Charette a décidé de récupérer les canettes et goupilles d’aluminium sur le chantier de construction. Des dizaines de travailleurs ont embarqué et c’est à coup de centaines de canettes de soda à la fois qu’il apportait le tout au recyclage en retour d’une certaine somme d’argent.

Mais François Charette a vu plus loin. Ce père de deux enfants a décelé un grand potentiel de recyclage qui était inexploité sur le chantier de construction, soit des matériaux tels que des tiges de métal, d’aluminium ou de cuivre excédant des panneaux électriques. Et avec l’accord de son employeur, il a décidé de récupérer et recycler tous ces matériaux qui auraient autrement été jetés ou simplement donnés à une compagnie de recyclage.

« En premier, les travailleurs ici sur le chantier n’étaient pas convaincus que mon idée allait fonctionner, se souvient-il. Mais lorsqu’ils ont vu qu’on pouvait remplir un énorme bac en quelques jours, ils ont commencé à y croire. Et ils ont tous contribué. »

Puis des entrepreneurs de la région sous-traitants au chantier ont aussi embarqué et contribué à son projet. M. Charette nomme Démo Plus, Drycore Électrique, AIM recyclage, qui loue les immenses bacs de métal à une fraction du coût, Armature ABF, Deconti-Milestone, Excavation BGP, Outaouais Sanitaire et le maître d’œuvre Ledcor/Brunet LP.

Ce projet dure depuis un an. Et ce midi, sur le site Zibi, François Charette remettra la somme de 15 000 $ à Moisson Outaouais.

« Je voulais démontrer qu’on peut faire bénéficier la communauté et faire une différence en recyclant plusieurs matériaux, raconte M. Charette. Et je voulais aussi démontrer qu’on peut toujours trouver une façon d’aider, peu importe dans quel domaine on travaille. Mes parents étaient des gens très généreux. Pour eux, tout le monde était sur un pied d’égalité. Il n’y avait pas de riches, pas de pauvres. Tout le monde était égal à leurs yeux. J’ai hérité de ça. Et ce que j’ai fait pour aider Moisson Outaouais, je l’ai fait avec mon cœur.

« Mais je n’aurais jamais pu le faire seul. Et je remercie tous les travailleurs et toutes les compagnies qui ont contribué à ce projet et qui m’ont appuyé. Et pour les remercier, j’ai acheté un défibrillateur en guise de trophée. C’est quelque chose qu’il nous fallait sur le chantier», ajoute l’agent de prévention en santé et sécurité.

Reste maintenant à voir si d’autres travailleurs d’autres chantiers de construction de la région et de la province l’imiteront. Parce que c’est une excellente idée. Il suffisait d’y penser…