Jacques Desrosiers, retraité de la fonction publique fédérale, a aussi maille à partir avec Phénix. Plusieurs retraités vivent d’ailleurs de tristes moments à cause des ratés du système de paie.

Quand Phénix ne répond plus

CHRONIQUE / Après 35 années de services à la fonction publique fédérale, le Gatinois Jacques Desrosiers comptait bien profiter d’une douce retraite bien méritée.

Traducteur de profession, il a été embauché au gouvernement fédéral à l’âge de 35 ans. « J’ai étudié, j’ai été à droite puis à gauche et, à un moment donné, je suis devenu un bon petit garçon au milieu de la trentaine et j’ai débuté ma carrière au gouvernement, dit-il en souriant. C’est la raison pour laquelle j’ai pris ma retraite à l’âge de 70 ans. Mais j’ai donné 35 ans au gouvernement, c’est un gros morceau de ma vie. »

En décembre 2017, M. Desrosiers a finalement dit « bye bye boss » en croyant qu’il pourrait compter sur sa pension du fédéral et sur une indemnité de départ chiffrée à 58 000 $ pour vivre ses vieux jours.

Il y a deux ans de ça. M. Desrosiers est aujourd’hui âgé de 72 ans. Pour la pension, ça va. Il la dit même assez généreuse comparée à d’autres régimes de retraite. « Je ne suis pas riche, mais je ne me plains pas », affirme-t-il.

Par contre, l’indemnité de départ de 58 000 $ qui lui est due depuis deux ans, il ne l’a pas encore vue. Pas un sou noir. Et plus les mois passent, plus il se dit qu’il ne la verra peut-être jamais et qu’on lui devra toujours cette somme à son… « départ ».

Merci système de paie Phénix…

« Au début, raconte-t-il, je ne faisais rien puisque des collègues qui avaient quitté avant moi avaient reçu leur indemnité à peu près un mois après leur départ. Mais c’est à ce moment-là que le système (Phénix) a vraiment commencé à tomber en panne. Donc quelques mois plus tard, j’ai téléphoné au centre de rémunération du gouvernement et on m’a répondu de retéléphoner de temps en temps. Ce que j’ai fait pendant un bout de temps, j’appelais chaque mois, un peu naïvement. Chaque fois, je tombais sur quelqu’un qui allait vérifier dans le système voir si quelque chose avait bougé dans mon dossier, puis on me répondait : «on voit qu’on vous doit une indemnité, mais il n’y a rien qui s’est passé». Autrement dit, je n’apprenais rien. Je savais bien que rien n’avait bougé parce que la journée où on me dira «oui, on a vu un mouvement », j’imagine que je recevrai une lettre à la poste ou quelque chose. J’ai appelé pendant environ 10 mois et j’ai arrêté parce que ça me mettait trop en rogne.

«C’est comme si on tombait dans le vide lorsqu’on appelle, déplore M. Desrosiers. Tu ne sais plus à qui parler. C’est un truc kafkaïen un peu. Tu ne sais plus à qui t’adresser. Parfois, on me répondait que ça peut prendre jusqu’à trois ans avant que je reçoive mon indemnité. Nous sommes rendus à deux ans dans mon cas. Est-ce que ça ira jusqu’à trois ans ? Je serai peut-être rendu à l’âge de 80 ans et on me répondra alors que ça peut prendre jusqu’à 12 ans. Je commence à me demander si je verrai la couleur de cet argent de mon vivant.»

Jacques Desrosiers avait quelques projets qu’il comptait réaliser avec cet argent qu’on lui doit depuis deux ans. Peut-être un voyage avec sa conjointe, quelques petits achats, quelques rénovations à leur maison du secteur Hull.

«Lorsque j’ai pris ma retraite, dit-il, j’étais naïvement en train de planifier et budgéter ce montant-là. Je me disais que j’allais pouvoir payer ceci et cela, peut-être faire réparer mon balcon. Mais à un moment donné, tu te réveilles et tu réalises que tu ne l’as pas, ce montant-là. Et peut-être que tu l’auras jamais. Tu travailles pendant 35 ans et pendant les dix dernières années de ta carrière on te dit que tu recevras tel montant à ton départ. Puis rien. J’avoue que ça joue sur le système nerveux, laisse tomber le septuagénaire.

— Avez-vous songé à retenir les services d’un avocat, M. Desrosiers ?

— Je n’en suis pas encore là. Tout ça entraîne des frais et je n’ai pas envie de dépenser cette somme. Je suis resté sur la touche et je me sens plutôt impuissant face à tout ça.»