L'enseignement était une passion pour Bernadette Tremblay.

Pour le meilleur et pour le pire

CHRONIQUE / Bernadette a dit « oui pour la vie » à son Florian en 1965. Elle avait 19 ans.

Elle était enseignante dans une école élémentaire de son village natal de Ramore, à une soixantaine de kilomètres de Timmins dans le nord de l’Ontario. Et lui était directeur de cette même école. « Mais on ne se chicanait jamais », laisse-t-elle tomber à la blague.

Florian et Bernadette Tremblay ont eu quatre enfants, quatre filles. Mais pour Bernadette, il n’était pas question de devenir une « maman à la maison » comme la majorité des femmes de l’époque seraient devenues. Elle avait des élèves à éduquer. Une carrière à poursuivre. Des rêves à réaliser. Peu importe ce qu’en pensaient la société et Monsieur le curé.

« L’enseignement, pour moi, était une passion, dit-elle, Et j’ai toujours vécu de passion en passion. »

Florian et Bernadette étaient heureux. Ensemble, tant au travail qu’à la maison, ils s’étaient forgé une belle vie pour eux et leurs quatre filles.

Puis en 1984, tout a basculé.

Florian se trouvait à l’Université d’Ottawa d’où il venait d’obtenir une maîtrise en éducation lorsqu’il a été victime d’une rupture d’anévrisme cérébral. Il avait 41 ans. Sa plus jeune fille n’avait que sept ans.

Et ce n’est qu’après huit mois de soins dans un hôpital d’Ottawa qu’il a pu rentrer chez lui auprès des siens, à Ramore.

Mais la vie n’allait plus jamais être la même pour Bernadette Tremblay et ses filles.

« Il a fallu un an pour que Florian réapprenne à marcher, se souvient Mme Tremblay. Et il avait perdu la mémoire immédiate. Il se souvenait qu’il était directeur d’école. Mais deux heures après avoir dîné, il ne pouvait se souvenir de ce qu’il avait mangé. Et parfois il oubliait de se laver ou de manger. »

Bernadette a tout de même continué à enseigner. Par passion, certes. Mais aussi parce qu’elle avait maintenant six bouches à nourrir et que les factures n’allaient pas se payer par elles-mêmes.

« Nous avions de l’aide de la Croix-Rouge, dit-elle. Nous avions une aide — Emma qu’elle s’appelait — qui a mis tout son amour à tenter de sortir mon mari du trou dans lequel il était. Emma était une femme de cœur qui a travaillé chez nous pendant 16 ans. Elle nous a sauvé la vie. Donc pendant que j’étais à l’école, elle était là pour Florian. Et je prenais la relève à mon retour à la maison. »

Mais Emma a quitté après 16 ans de services. « Et la Croix-Rouge a commencé à trouver que ça coûtait un peu trop cher de nous donner ce service à la maison, affirme Mme Tremblay. La Croix-Rouge voulait que je place mon mari (dans un centre de soins de longue durée). Mais ce n’était pas une option. Florian avait horreur des hôpitaux. Et même s’il avait perdu la mémoire, il était un homme gentil, facile et reconnaissant. Il ne se plaignait jamais. Et j’en ai pris soin avec amour pendant 26 ans. »

Mais y a-t-il eu des périodes de découragement pendant ces 26 années à être à la fois mère de quatre filles, enseignante et « infirmière » ?

« Non, répond-elle. Parce que j’espérais un miracle. Je priais avec ferveur pour un miracle. J’ai souvent vu des améliorations chez mon époux. Mais j’ai aussi vu un plafonnement. Et j’avais assez vécu pour me rendre compte que lorsque le plafonnement arrivait, ça ne donnait rien d’essayer d’aller plus loin. J’ai fait mon possible toute ma vie. Mais une maman ne remplace pas un papa et une maman. »

Bernadette Tremblay a dû quitter l’enseignement en 2007. « Et ce fut très difficile, dit-elle. Mais je n’avais plus le choix. Mon mari était trop malade et la Croix-Rouge ne voulait plus aider et elle insistait pour que je le place. Donc j’ai quitté l’école pour être auprès de lui.

«Nous sommes déménagés à Ottawa en décembre 2009 pour être plus près de nos filles et de nos petits-enfants. Et Florian est décédé à l’Hôpital Montfort en mars 2012. Il avait 69 ans.»

Mme Tremblay vit toujours à Ottawa. Elle est présentement à la recherche d’une maison d’édition qui accepterait de publier un livre qu’elle a rédigé et dans lequel pratiquement toutes les familles qui ont colonisé et habité son village natal de Ramore s’y retrouvent.

Et aujourd’hui, en cette Journée de la femme, que compte-t-elle faire pour célébrer ou souligner cette journée ?

«La même chose que je fais tous les jours, répond-elle. Je vais être grand-maman à temps plein de mes sept petits-enfants. C’est ma nouvelle salle de classe», conclut-elle dans un éclat de rire.