Lucie Bilodeau et Luc Laberge.

Pour le meilleur et pour le «pied»

CHRONIQUE / «Oh ! Un trou dans mon soulier. Vite chez le cordonnier...».

Cette chansonnette de mon enfance m’est revenue en tête mardi matin. Cordonnier. En voilà un métier en voie de disparition, me suis-je dit. Aujourd’hui, on chante plutôt :

« Oh ! Un trou dans mon soulier.

Vite aux Promenades Gatineau...».

C’est comme ça. Des souliers troués ou usés ? Pas de soucis. On les jette aux poubelles et on s’en procure une autre paire. Et « tchick-à-tchick » va la carte de crédit.

Mais les cordonneries se meurent-elles réellement ? Non. Loin de là. Parlez-en à Luc Laberge et Lucie Bilodeau.

Il y a 35 ans, Lucie était serveuse dans un restaurant Fuller’s de Hull. Son copain, Luc, travaillait à la Canada Packers, à Hull aussi. Mais quand cette compagnie a fermé ses portes, en 1983, Luc a dû réorienter sa carrière. Et il a décidé de suivre un cours en cordonnerie qui se donnait à l’époque à Buckingham. « Un cours de deux ans », se souvient-il.

Une fois diplômé, Luc s’est décroché un emploi dans une cordonnerie d’Ottawa. Et Lucie est passée du Fuller’s au Coq Rôti.

Puis en 1986, les deux tourtereaux, qui étaient alors âgés tous deux de 25 ans, ont fait le saut. Ils ont décidé d’ouvrir leur propre cordonnerie sur le boulevard Sant-Joseph, tout près de l’autoroute 5. « On a créé notre propre emploi », de laisser tomber Lucie.

Il y a 32 ans de ça. Et la « Cordonnerie et Plus » de Luc et Lucie est toujours là. Et eux aussi. En affaires, ensemble, depuis plus de trois décennies. Deux cordonniers unis pour la vie.

« Luc m’a tout enseigné de ce métier, de dire Lucie. J’ai eu le meilleur prof au monde. »

« Mais l’élève a dépassé le maître, de répliquer Luc. Et depuis plusieurs années. »

Leur clientèle est bien établie. Et leurs clients leur sont fidèles. « Il y a 32 ans, on affûtait les patins d’un client, de dire Luc. Puis ce même client est revenu plus tard avec son fils. Et aujourd’hui, c’est le fils qui emmène son fils à lui. On touche à toutes les générations. »

Oui, on affûte les patins à la Cordonnerie et Plus. On ne fait pas que réparer des souliers et des bottes dans cet atelier. On fait beaucoup... Plus.

Luc et Lucie offrent, par exemple, un service de couture, d’un sac à main à une tente de camping, en passant par de l’équipement de sports et des ensembles de valises. La fermeture éclair de votre manteau, de vos habits de motoneige ou de votre sac de couchage est brisée. Ils vont la réparer. Luc et Lucie offrent aussi un service de teinture pour le satin, le cuir et autres matériaux.

Disons qu’on est bien loin de cette image que l’on a d’un cordonnier, c’est-à-dire d’un vieux monsieur qui répare les souliers, et juste des souliers.

« On donne une deuxième vie aux objets, de dire Lucie. Et souvent, les gens nous confient des objets qui leur sont chers, qui ont pour eux une grande valeur sentimentale. Et lorsqu’ils reviennent et qu’ils voient l’objet réparé et remis à neuf, le «wow !» qu’ils lancent est notre trophée, notre paie. »

« Quand t’es confortable dans tes chaussures et tes accessoires, tu y tiens, d’enchaîner Luc. Tu veux les conserver. »

« Mais le monde achète tellement de plastiques de nos jours, de reprendre Lucie. Et il s’en va où, le plastique ?».

« Le monde achète, les souliers se brisent ou se déchirent, on creuse un trou et on les enfouit dans la terre, de renchérir Luc. Et un jour, nos petits-enfants mangeront des carottes qui vont sentir les pieds », d’ajouter le cordonnier sur un éclat de rire dans l’atelier.

Luc et Lucie sont heureux. Ça se voit. Ils travaillent fort. Du lundi au samedi et jamais de vacances.

Mais ces parents de deux enfants et grands-parents de quatre petits-enfants sont en affaires et en amour depuis plus de 30 ans. Et toujours cette étincelle dans leurs yeux quand leurs regards se croisent.

Comme quoi ils ont réellement trouvé chaussure à leur pied...