Denis Gratton
Le Droit
Denis Gratton
Les enseignants franco-ontariens et le gouvernement n’arrivent pas à s’entendre sur plusieurs questions comme l’augmentation de la taille des classes et le financement à l’enfance en difficulté.
Les enseignants franco-ontariens et le gouvernement n’arrivent pas à s’entendre sur plusieurs questions comme l’augmentation de la taille des classes et le financement à l’enfance en difficulté.

Pour l’avenir de nos enfants

CHRONIQUE / Ce sera une autre journée de grève jeudi dans toutes les écoles francophones de l’Ontario. Et l’Association des enseignantes et enseignants franco-ontariens (AEFO) a annoncé vendredi que ses membres débraieront dorénavant une fois par semaine si les négociations entre elle et le gouvernement n’aboutissent pas.

La belle affaire. Nous en sommes rendus là.

Qui a raison ? Qui a tort ? Difficile de trancher.

Selon le président de l’AEFO, Rémi Sabourin, le gouvernement Ford et le ministre de l’Éducation laisseraient entendre que les négociations ne portent que sur les salaires et les avantages sociaux, alors que les enseignants qui ont à cœur le succès de leurs élèves demandent aussi une réévaluation de certaines décisions. Des décisions comme l’augmentation de la taille des classes, l’obligation de suivre des cours en ligne, et le refus du gouvernement d’octroyer le même financement qu’en 2017 à l’enfance en difficulté et aux élèves ayant des besoins particuliers.

Personnellement, je penche du côté des enseignants.

J’ai eu la chance de visiter plusieurs écoles de langue française d’Ottawa et d’ailleurs en Ontario depuis le début de ma carrière au Droit. J’ai aussi eu le plaisir de collaborer à des projets scolaires – tant du côté catholique que public – qui m’ont souvent emmené à passer beaucoup de temps dans nos écoles, parfois des journées entières.

Nos enseignantes, nos enseignants, je les ai vus à l’œuvre. Souvent. Et lorsqu’ils disent qu’ils ont le succès de leurs élèves à cœur, je les crois. Ils aiment profondément ces enfants qu’on leur confie.

Je crois cependant que leur charge de travail deviendrait quasi insupportable si on augmentait la taille des classes et si on n’octroyait pas un financement adéquat à l’enfance en difficulté et aux élèves ayant des besoins particuliers.

Je vous donne un exemple. Il y a cette classe que j’ai visitée il y a quelque temps. Je ne vous nomme pas l’école ni le conseil scolaire. Parce que je devine que la situation est souvent semblable dans plusieurs autres écoles francophones en province, de Hearst à Windsor, en passant par Sudbury, Cornwall, Penetanguishene et Toronto.

Dans la classe en question – une 3e année de l’élémentaire – on comptait un certain nombre d’élèves en grande difficulté d’apprentissage, d’autres en difficulté d’apprentissage moins prononcée, mais qui nécessitaient tout de même un appui constant, une poignée de nouveaux arrivants inscrits au programme d’actualisation linguistique du français (ALF), et des élèves qui se présentaient à l’école chaque matin sans avoir pris un petit-déjeuner.

C’était à se demander quand l’enseignante trouvait le temps d’enseigner avec tous ces besoins différents à combler.

Vrai, les élèves en difficulté d’apprentissage recevaient l’appui d’un enseignant spécialisé trois périodes par semaine. Mais trois périodes sur… 35. Même chose pour les nouveaux arrivants du programme ALF, trois périodes sur 35.

Et on veut couper dans le financement à l’enfance en difficulté et aux élèves aux besoins particuliers ? En plus d’augmenter la taille des salles de classe ? Cherchez l’erreur.

Certains diront : « Bof ! Ils sont chanceux ces profs, ils ont l’été de congé ! »

C’est vrai. Ils ont deux mois de congé l’été. Et heureusement ! Sans ces vacances, je pense qu’ils seraient probablement tous en congé de maladie prolongé… ou en train de pratiquer un autre métier.

Et souvent, vous remarquerez, ces gens qui envient l’été de congé des enseignants ajouteront : « Mais je ne pourrais jamais faire leur job. »

Moi non plus. Mais eux, les enseignantes, les enseignants, la font « leur job ». Ils la font bien.

Mais jeudi, plutôt qu’être en classe, ils seront dehors, pancartes en mains. Pour un meilleur salaire ? Possiblement. Pour de meilleures conditions de travail ? Sûrement. Pour une éducation de qualité ? Certainement.

Mais surtout pour l’avenir de nos enfants.